Solutions pour un développement durable

 Un plan de conservation et de lutte contre la dégradation exige une connaissance des ressources en sol et en eau. Cette connaissance à son tour permet d’élaborer, sur des bases rationnelles, des programmes efficaces tenant compte des caractéristiques du milieu et du maintien de la fertilité du sol.

Inventaire des ressources en sol.

- Les études d’inventaire et d’amélioration des sols ont été pour la plupart réalisé par l’ORSTOM (Institut français de la recherche scientifique pour le développement en coopération) et le CENAP (Centre National d’Agro-Pédologie).
Environ 300 études à petite, moyenne et grande échelles faites dans ce cadre par 60 pédologues couvrent tout le territoire national. Ces études cartographiques ont démarré en 1947. La classification génétique utilisée dans ces travaux est basée sur la filiation entre la roche mère et le produit d’altération issu de la pédogenèse.

- Les insuffisances de ces études

 Les études pédologiques qui couvrent tout le pays sont à petite échelle donc peu exploitable par les producteurs ; elles contiennent des informations obtenues à partir d’un nombre insuffisant d’observations. Les fermes ne peuvent pas arriver à se situer dans ces études.
 De plus, la classification génétique utilisée dans ces études ne prend pas en compte le niveau de fertilité des sols alors que la production de la plupart des cultures dépend de ce paramètre.
 Les études pédologiques à grande échelle (1/20 00 à 1/50 000) qui doivent normalement servir aux producteurs dans la répartition des cultures sur leurs sols, sont fragmentaires.
 Par ailleurs, les cartes pédologiques sont souvent trop techniques, et par conséquent, peu compréhensibles non seulement par les producteurs lettrés mais également par les agronomes.
 Toutes les études pédologiques menées jusqu'à nos jours sont peu reproductibles; car aucune d’elles n’a été numérisée. Elles disposent tout au plus de notice explicative permettant de comprendre le phénomène étudié mais les cartes sont difficilement reproductibles.

  
- Propositions et perspectives

1. Les études d’inventaire et d’évaluation des sols doivent être prises en compte par l’état qui doit, à l’instar de la culture du coton, en faire une préoccupation pour la durabilité de son agriculture.
 
2. La cartographie des sols doit évoluer vers une numérisation de façon à constituer des bases de données permettant de reproduire ou d’améliorer les cartes. Des essais déjà faits au Centre National d'Agro-Pédologie (CENAP) et au Centre National de Telédétection et de Surveillance du Couvert Forestier (CENATEL) promettent d’excellents résultats. En effet, pour pallier la situation cartographique devenue obsolète pour servir de base à  la gestion environnementale, le CENATEL a élaboré en 1993, avec l'appui du Projet de Gestion des Ressources Naturelles (PGRN), la carte de végétation de l'ensemble du pays à l'échelle 1/100 000e, (Annexe).
 
3. Les autorités politiques doivent développer une politique planifiée en matière de caractérisation des sols afin de parvenir progressivement à la cartographie numérique de tous les sols à moyenne échelle (1/50 000)
 
4. La cartographie des sols doit être faite sur la base de la classification Américaine ou de la FAO en faisant intervenir le niveau de fertilité.
 
5. Apport d’une aide financière aux exploitants agricoles qui décident de faire réaliser pour leur compte des études pédologiques à grande échelle.
 
6. Les domaines déjà étudiés à grande échelle doivent faire l’objet de vérification périodique dans le but de repréciser les niveaux de fertilité d’autant plus que l’exploitation des sols accélère la dynamique des éléments organiques et minéraux dont les teneurs chutent s’il n’y a pas compensation des prélèvements.

- Conservation des ressources naturelles pour une production durable

 Pour que cette conservation réalise à la fin les espoirs du peuple béninois, elle doit s’intégrer dans un programme national de conservation et de restauration des terres.
 Dans le cadre de l’exécution du Programme International de Conservation et de Restauration des terres en Afrique, le Programme du Bénin (PNCRT) dont l’élaboration a été confiée par la FAO au CENAP (Centre National d’Agro-Pédologie) en collaboration avec le GEPED (Groupement d’Experts en Projets d’Education et de Développement) a été mis au point et remis à la FAO depuis 1992.
Ce programme a connu la participation des paysans, des chercheurs et des vulgarisateurs et prend donc en compte la plupart de leurs préoccupations. Les principaux objectifs de ce programme se présentent comme suit :
 - mettre un frein au processus de dégradation des terres ;
 - restaurer les espaces et régions dégradées ;
 - protéger les espaces non encore touchés par le phénomène et leur rétablir ainsi un équilibre naturel ;
 - développer des systèmes d’exploitation et de production assurant une agriculture durable, performante et sans danger pour l’environnement;
 - améliorer le cadre de vie et les conditions économiques des populations des villes des campagnes.
 La stratégie de mise en œuvre du programme est basée sur :

. la responsabilité des autorités politiques de faire de la conservation des sols et des eaux une priorité nationale pendant une longue période et d’allouer conséquemment les ressources nécessaires à la mise en œuvre d’une politique adéquate dans ce cadre ;

 . et l’implication totale et responsable de toutes les couches sociales participant au développement du pays.

 Dans l’identification participative, des systèmes et modèles technologiques appropriés pour remédier à la dégradation des terres, l’accent doit être mis sur des modèles technologiques ayant de fortes chances d’adoption par les paysans  ayant peu ou pas d’appui financier et technique extérieur.
 Ces modèles doivent par conséquent être peu coûteux, compter des mesures qui assurent à court terme des bénéfices tangibles au producteur, être relativement simples, peu contraignants et reproductibles.
 A ce titre, nous citerons en exemple deux technologies dont les résultats de recherche, aussi bien en station qu’en milieu paysan, dans de nombreux pays tropicaux se sont révélés satisfaisants, voire spectaculaires. Ce sont :
- La régénération des sols par des plantes de couverture légumineuses notamment, l’association - rotation Mucuna/maïs
- le système de culture.
 En dehors de ces technologies, le programme doit entre autres :
- Développer des systèmes culturaux à compensation efficace des exportations d’éléments nutritifs du sol, en s’intéressant aux études sur la valorisation et l’utilisation des résidus végétaux, des déjections animales et des gisements naturels de phosphate (phosphate de la Mékrou) .

- Développer des modes de travail et d’utilisation des terres qui gèrent au mieux les eaux de pluies en favorisant un maximum d’infiltration et réduisant le ruissellement.

- développer un système cultural sédentarisant  l’igname (cette culture s’étant révélée la principale responsable des défrichements) dans les régions septentrionales du pays.

- Développer des sources d’énergie autres que le bois ou son charbon dont les besoins croissants dans les villes sont une cause importante de la dégradation du couvert végétal.
- Développer une méthode de classification du risque érosif des exploitations agricoles en fonction de leur couverture végétal.
- Intégrer des lois de conservations des sols lors des travaux d’améliorations foncières.
- Etudier les raisons d’adoption ou non-adoption des innovations par les populations rurales. Une telle étude évitera de retomber dans les travers du passé et assurera de meilleures chances de réussite au Programme.
 Ce programme dont nous n’avons pu citer que quelques aspects prend largement en compte les préoccupations suivantes :
 - résoudre le problème des disponibilités en terres pour un développement durable.
 - Développer les politiques en faveur d’une utilisation judicieuse des ressources eaux, sols et forêts.
 - Développer des systèmes d’utilisation durable des terres
 - développer des systèmes de conservation des ressources génétiques et de la biodiversité.

 Aujourd’hui, une proportion d’environ 40% de la superficie totale du pays connaît de manière notable ces phénomènes. Autrefois, ces phénomènes étant peu préoccupants pour les décisions politiques et techniques, très peu d’actions ont été menées. Mais depuis une dizaine d’années, grâce à la prise de conscience internationale face à ce problème, des actions ont vu le jour et continuent d’être initiées.
 Une plus grande prise de conscience nationale est aujourd’hui indispensable pour créer les institutions, mettre en place le personnel, concevoir et mettre en œuvre un Programme National de Conservation et Restauration des Terres. Ce programme est le moyen approprié pour inverser les tendances négatives actuelles de l’environnement et assurer la sécurité alimentaire des populations.
 

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