FAO.org

Accueil > Region_collector > Proche-Orient et Afrique du Nord > Nouvelles > Detail
Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord

Vers une nouvelle génération de politiques et d'investissements dans l'eau agricole

La région des États arabes, terrain fertile pour l’innovation

Dans la région des États arabes, la pénurie d’eau constitue un problème séculaire. Mais la croissance démographique, l’urbanisation rapide, l’évolution des régimes alimentaires, les déplacements forcés et le changement climatique posent de nouveaux défis urgents qui menacent le développement durable, la sécurité alimentaire et la stabilité.

Simultanément cependant, des innovations technologiques et financières émergentes lui offrent une opportunité unique de relever ces défis avec succès.

Les éléments ci-après font partie des conclusions d’une nouvelle étude de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FA0) et de l'Institut international de gestion des ressources en eau (IWMI) intituléeTowards a new generation of policies and investments in agricultural water in the Arab region: fertile ground for innovation (Vers une nouvelle génération de politiques et d’investissements en faveur des eaux agricoles dans la région des États arabes : un terrain fertile pour l’innovation).

Préparé en vue d’une réunion ministérielle de haut niveau sur les politiques et les investissements en faveur des eaux agricoles convoquée dans le cadre des Journées Terre et Eau pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord organisées au Caire, ce rapport fournit des orientations stratégiques générales à l’intention des décideurs, des institutions financières internationales, des partenaires de développement et du secteur privé.

Edoardo Borgomeo, chercheur à l'IWMI et l’un des auteurs de l’étude, a insisté sur l’importance d’accélérer la transformation agricole de la région compte tenu du poids du secteur dans le soutien de l’emploi et le produit intérieur brut.

« Investir dans les eaux agricoles peut présenter des bénéfices importants en termes de création d'emplois, de redynamisation des zones rurales et de renforcement de la résilience face à la pénurie d'eau », a-t-il affirmé.

Une nouvelle génération de politiques et d’investissements

Associée à la hausse des revenus et à l’évolution des styles de vie, la croissance démographique de la région des États arabes entraînera une augmentation de la demande alimentaire dans les années à venir, y compris de produits gros consommateurs d’eau.

L’étude estime qu’il sera difficile d’atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030, notamment celui d’éradication de la faim, sans s’attaquer à la gestion des eaux agricoles et sans accomplir de progrès dans les ODD liés à l’eau.

Elle plaide en faveur d’une nouvelle génération de politiques et d’investissements reposant sur les principes de cohérence, de développement durable, d’innovation, d’inclusion et de participation active du secteur privé.

Pour les appliquer, elle suggère trois axes stratégiques pour l’avenir.

Premièrement, valoriser l’eau : profiter des innovations et des technologies pour protéger l’eau en vue de multiples usages, envisager une réforme de l’allocation de l'eau, ajuster les redevances des services liés à l’eau, moderniser les systèmes d’irrigation existants et investir dans leur flexibilité.

Deuxièmement, accélérer la transition du secteur agricole : promouvoir des chaînes de valeur agroalimentaires efficientes et résilientes face au climat, réduire les pertes et les déchets alimentaires, renforcer les capacités et encourager la concurrence sur les marchés. L’étude insiste sur la nécessité de renoncer aux instruments de politique qui déforment les marchés agricoles et empêchent la mise en place d’environnements économiques favorables à l’investissement dans une agriculture moderne à forte valeur ajoutée.

Troisièmement, cibler des mesures de protection sociale efficaces : transferts monétaires fondés sur des dispositifs de protection sociale plutôt que sur des interventions déformant les prix. L’étude montre que les politiques actuelles axées sur la baisse des prix à la consommation de produits alimentaires spécifiques tardent à livrer les résultats escomptés, à savoir assurer des régimes alimentaires sains tout en s’attaquant aux taux élevés de malnutrition et d’obésité constatés dans la région.

Parmi ses aspects novateurs, l’étude appelle les gouvernements de la région des États arabes à utiliser des instruments de politique efficaces pour s’attaquer aux questions de protection sociale et contribuer à la sécurité alimentaire.

« Une telle stratégie nécessitera d’élargir la vision du lien entre eau et alimentation et de comprendre que les institutions gouvernementales supervisant les dispositifs et les programmes de protection sociale doivent faire partie de la solution. Elle va plus loin qu’un simple centrage sur les politiques agricoles sectorielles », assure Nuno Santos, économiste principal à la FAO et l’un des auteurs de l’étude.

« À l’inverse, nous observons aujourd’hui des tentatives de fourniture d’un accès à l’eau bon marché non durable afin d’abaisser artificiellement le prix à la consommation de certains produits, tout en soutenant le revenu des agriculteurs. Ce type d’approche accélère souvent la dégradation de l’environnement et génère des problèmes nutritionnels et sanitaires très onéreux pour la société », ajoute-t-il.

Vers un secteur plus respectueux de l’environnement

L’étude cite des travaux existants suggérant que les gains de bien-être estimés découlant de l’amélioration des modes de stockage et de fourniture de l’eau aux utilisateurs d’irrigation pourraient représenter 7 à 10 milliards de dollars par an, soit environ 0,5 % du produit intérieur brut de la région.

Des efforts élargis de transformation et de prise en compte de l’écologie dans le secteur agricole de la région pourraient également ajouter 10 millions de nouveaux emplois agricoles aux 33 millions existants actuellement.

L’étude invite à explorer des technologies innovantes. La réutilisation des eaux usées, la désalinisation et la collecte de l’eau pourraient constituer de nouvelles sources d’eau. Le recours à l’énergie solaire pour le pompage des nappes phréatiques, quant à lui, pourrait augmenter la productivité de l’irrigation et réduire les émissions, mais sa mise en œuvre requiert des mécanismes de gouvernance adaptés.

Certains pays arabes, notamment dans le Golfe, prennent déjà des mesures pour renforcer la résilience face à la pénurie d’eau. Ils sont en train d’améliorer des pratiques intelligentes face au climat et économes en eau et d’adopter des technologies agricoles en environnement contrôlé qui réduisent les besoins en terres et en eau, telles que la culture hydroponique.

Mais selon l'étude, la modernisation de l’infrastructure d’irrigation de la région requiert d’augmenter les investissements du secteur public.

Bien que les dépenses publiques constituent la principale source de financement des eaux agricoles, elles sont souvent insuffisantes. Il convient de promouvoir des mécanismes financiers novateurs tels que les dispositifs de financement mixte et d’élimination des risques pour soutenir les efforts de la région en faveur de l’amélioration de la gestion des eaux agricoles. L’inclusion d’aspects écologiques dans les investissements dans les eaux agricoles et l’exploitation du développement du financement de l’action climatique peuvent s’avérer une stratégie payante.

Mohamed Manssouri, Directeur du centre d’investissement de la FAO, note la sensibilisation croissante des gouvernements nationaux à l’importance d’environnements favorables aux investissements privés.

« La participation active du secteur privé est essentielle pour rendre le secteur agricole de la région des États arabes plus écologique, plus efficient dans son usage des ressources et plus productif, que ce soit grâce au développement de technologies numériques visant à augmenter la productivité de l’eau, par exemple, à l’établissement de partenariats public-privé pour la construction, l’exploitation et la maintenance des infrastructures d’irrigation et de drainage ou à la concertation entre secteur public et secteur privé afin d’élaborer de meilleures politiques », souligne-t-il.

 


07/08/2019

Partagez