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Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord

Latif, la cinquantaine entamée, sait quand ses plantes ont soif ou besoin de traitements, car il leur parle et il les sent. De la prière de l’aube à la tombée du jour, il ne les quitte que pour aller rejoindre sa famille qui, elle, n’habite pas l’ immeuble de la banlieue sud du Caire dont les deux terrasses servent de potagers à ce jardinier des hauteurs.

Latif: Jardiniers des terrasses (Le Caire, Égypte)

Avec ses 22 millions d’habitant, Le Caire est de loin la plus peuplée, la plus populaire, la plus bruyante et la plus polluée des villes du Moyen Orient. Et, c’est depuis un bureau minuscule dépendant du Ministère de l’Agriculture qu’un des précurseurs de ce phénomène dit de Roof Top Gardening, le Dr. Ossama El Beheiri, nous parle. Il explique que cette expérience de terrasses transformées en potager ou toits cultivés est unique en son genre. Pour récolter des légumes bio, obtenir un revenu ou juste pour le loisir, ce jardinage en hauteur a de plus en plus d’adeptes dans tous les quartiers confondus de la ville et même à l’étranger.

Consommez diverses sortes de légumes et de fruits pour avoir beaucoup de micronutriments et de fibres

Tout a commencé, il y a quelques années de cela quand, pour promouvoir la consommation de légumes et fruits dans les régimes alimentaires des Egyptiens et leur garantir un accès plus équitable à ces produits, le gouvernement égyptien a lancé un programme qui encourageait la pratique du jardinage de terrasse.

Le programme était spécialement conçu pour les familles les plus pauvres vivant dans les banlieues de la capitale et à Alexandrie. L’objectif du programme n’était pas seulement de faciliter la production et la consommation domestique de légumes frais mais également de garantir un revenu régulier aux familles et aux femmes qui adoptaient cette pratique.

La FAO a soutenu la mise en œuvre du programme qui a fourni à quarante-huit familles un système de culture hydroponique pour des cultures maraîchères et les a formées a une « production verte », sans pesticides.

Le programme est devenu au fil des ans un modèle d’horticulture urbaine et périurbaine.

Les habitants des quartiers de cette immense métropole qu’est le Caire se sont rapidement aperçus des avantages des jardins de terrasse qui non seulement fournissent des aliments sains et de saison, en utilisant un minimum d’engrais et de fertilisants, mais également un meilleur environnement. En effet, ils procurent de l’air frais et peuvent faire baisser la température de 8 à 10 degrés!

De nombreuses familles ont ainsi commencé a utiliser toute sorte de contenants possible et imaginable, de grands pots et bacs, des tables aménagées et d’autres récipients en passant même par des pneus de camions pour cultiver. Ils se sont mis à planter dans ces potagers toutes sortes d’herbes aromatiques, d’agrumes, de fruits et de légumes. Avec un système d’arrosage parfois des plus ingénieux, constitué de tubes et des cuve éparpillées un peu partout, ces jardiniers et jardinières des airs venaient sans le savoir d’inventer le Roof Top Gardening ou jardinage de terrasse.

Ces toits et ces terrasses aménagés, une fois sortis de leurs grisailles, sont devenus des lieux de vie, de rencontre et de convivialité entre voisins, plus détendus au contact de la nature. Enfin, ils permettent une participation féminine élevées, ces jardiniers de terrasses étant le plus souvent des jardinières….

Fatima, une des amies de Latif, cultivatrice qui développe cette activité depuis plusieurs années et qui en connait les moindres secrets, aujourd’hui, en sait autant, sinon plus, qu’un ingénieur agronome. Et, partant de sa longue expérience, patiente et didactique, elle dispense des conseils agricoles aux nouvelles arrivées, leur dévoile les astuces du métier et améliore sans cesse ses propres pratiques agricoles qu’elle diffuse de façon bénévole et avec le sourire. Cette cairote au grand cœur est âgée de 76 ans.

Dans un quartier de la périphérie, à Héliopolis, à environ 15 kilomètres du Caire, sur la terrasse d’un bâtiment public, Latif a planté des aubergines, des épinards, des choux, des oranges, des mandarines, du persil, de l’aneth, de la laitue, du cresson, de la tomate et, de temps en temps, des concombres. Il salue au passage les deux épouvantails vêtus de tenue traditionnelle égyptienne pour éloigner les rapaces et autres oiseaux “qui viennent s’attabler aux frais de la princesse. Pour réduire les pertes, j’emploie la dose minimale de pesticides”.

A maturité, il rassemble les fines herbes en petits bouquets et cueille les fruits et légumes dont il se vante de la fraicheur. Il a installé un délicieux étal devant la porte d’entrée et propose le surplus de sa production aux riverains et aux passants qui lui sont fidèles.

Son humilité, son regard sincère et son sourire timide ne parviennent pas à camoufler complètement toute la passion qu’il éprouve pour les plantes de ses deux terrasses cultivées. Outre les onze familles clientes de Latif, après l’interdiction d’élever de la volaille dans les immeubles (suite aux désastres de la Grippe aviaire), c’est à cinq millions d’égyptiens que le Roof Top Gardening assure une sécurité alimentaire que la FAO continue d’encourager et de rendre durable.

Le Ministère de l'Agriculture a repris le programme dont la mise en œuvre continue maintenant avec succès sous sa supervision et qui est sur le point d’être élargie à d’autres villes égyptiennes.

Faute de terres, les palestiniens de Gaza cultivent leurs légumes sur les toits et les terrasses

Les toits grisonnants de l’enclave palestinienne surpeuplée de Gaza semblent tous se ressembler à l’exception de celui de Fahima, veuve depuis que son mari a été tué par les forces d’occupation, lors de la énième attaque contre cette enclave. Avec son 1,7 million d’habitants entassés dans un territoire-mouchoir de 360 kilomètres carrés dont plus du tiers des terres cultivables a été confisqué par l’occupant pour en faire une zone tampon à la frontière, la bande de Gaza est l’une des régions les plus denses et des plus pauvres de la planète.

Faute de terre, à l’instar de Fahima, de nombreuses familles s’adonnent au Roof Top Gardening, pratique agricole originale, encouragée par la FAO pour remédier à l’insécurité alimentaire des ménages les plus démunis. Le toit de l’habitation de cette femme palestinienne est occupé par un système d’aquaponie alimenté par des réservoirs d’élevage de tilapias et reliés à des jardinières tapissées de gravier. Elle y cultive de la salade, des poivrons, du brocoli, du céleri et des herbes aromatiques, naturellement fertilisés avec les déjections des poissons.

Le principe est tout simple. Les plantes absorbent les matières nutritives des déchets des poissons, nettoyant l’eau qui ruisselle à travers le gravier, avant de rejoindre le réservoir. Ainsi des centaines de familles palestiniennes pauvres de Gaza produisent leur propre nourriture, saine, sans pesticides et…sans terre.

“L’ombrage rafraîchit en outre les appartements en contrebas, c’est bon pour les enfants. Ils s’intéressent à présent à l’agriculture, se réjouit-elle. C’est formidable, ils m’aident même à m’occuper des plantes. Ils arrachent les feuilles sèches, cueillent les fruits mûrs et nettoient quand ils le veulent. À la seule vue de toute cette verdure déborder des vases et ces poissons s’agiter dans tous les sens, ça me détend”.

Mais, comme beaucoup d’autres femmes palestiniennes qui vivent cette situation intenable, elle n’insiste pas trop sur les moments pourtant très difficiles à surmonter comme cette récente coupure d’électricité qui a duré toute une demi-journée. Elle avait fini par paralyser la pompe qui transfère l’eau du réservoir aux jardinières. Pour ce Roof Top Gardening des plus originaux, l’électricité est primordiale. A 30 degrés, la capacité de l’eau à conserver l’oxygène se réduit, et en été, de nombreux adeptes ont perdu leurs poissons, indique M. Chris Somerville, agronome, consultant FAO.

Les nouveaux participants au programme seront dotés d’une batterie pour pallier aux fréquentes coupures de courant. La FAO teste aussi des fibres en mesure de maintenir l’humidité quand l’eau ne circule pas. Actuellement, ce programme d’aquaponie touche 15 familles de Gaza, et doit être étendu à 80 autres, soit près de 500 personnes. Ils aimeraient bien parvenir à exporter ce modèle vers d’autres pays de la région, en établissant des échanges d’expériences, ce serait un moyen pour cette population punie par les interminables blocus de l’occupant, de sortir (un peu) de son isolement.