
Les Gabbra n'ont pas l'intention de changer leur façon de vivre...
30 mars 2009, Afkaba - La raréfaction des ressources pour un nombre croissant d'êtres humains accroît la pression exercée sur les populations pastorales dans la Corne de l'Afrique. L'Union européenne, la FAO et la société civile s'efforcent d'atténuer l'impact du manque de précipitations. Le peuple Gabbra, dans la région aride au nord du Kenya, est résolu à conserver son style de vie car "c'est la seule solution viable".
Un beau matin de février, Thalasso Badage fixe deux jerrycans sur le dos d'un chameau. Cette jeune femme Gabbra se prépare à deux heures de marche avec ses chèvres pour atteindre le bassin pluvial d'Afkaba.
Autour d'elle, hommes et femmes s'organisent pour la journée. Le campement abrite quelque 30 personnes réparties dans une douzaine de ‘tukuls', les huttes traditionnelles en forme d'igloo faites de peaux d'animaux recouvertes de toile. Les hommes vont faire paître les chameaux, tandis que les femmes vont chercher l'eau pour le ménage et pour abreuver les chèvres.
Voici un mois qu'ils se sont installés ici. Durant la saison des pluies qui va de novembre à janvier, ils vivaient dans les collines Huri, à 30 kilomètres à l'est, qu'ils ont quittées quand les plans d'eau, sans source permanente, se sont vidés. Tant qu'il y aura des eaux pluviales à Afkaba et des pâturages pour les animaux, ils resteront ici.
Pluies intermittentes
Une fois la charge fixée sur leur dos, les chameaux se lèvent et la caravane s'ébranle. Dans la plaine qui mène à la montagne d'Afkaba où se trouve le bassin, il est difficile d'imaginer comment ce terrain de roches volcaniques sombres émaillées de quelques herbages puisse servir de pâturage. "C'était une prairie blanche quand nous sommes arrivés", explique Thalasso, se référant à la couleur claire de la végétation. "Quand il n'y aura plus rien, nous nous déplacerons à nouveau".
Les Gabbra, une tribu de nomades de quelque 50 000 personnes qui élèvent des animaux aux alentours des collines Huri depuis des siècles, se sont adaptés à leur rude environnement. Mais avec toujours plus de bouches à nourrir et des précipitations incertaines, la pression monte. Une étude réalisée en 2008 par le Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), en coopération avec la Coopération italienne, a constaté une croissance démographique de plus de 500 % depuis les années 1960, par rapport à un cheptel relativement stable et à des pluies en léger recul.
En janvier 2009, le Président du Kenya a lancé un appel pour des secours d'urgence en faveur de quelque 10 millions de personnes dont plus de 3 millions de victimes de la sécheresse des régions arides et semi-arides du pays dont la sécurité alimentaire est menacée, en partie à cause d'une succession de saisons des pluies médiocres depuis 2006.
Sans pluie, pas de pâturages
Dans le cadre de sa Décision régionale contre la sécheresse (RDD) de 40 millions d'euros, ECHO s'est allié au Programme de soutien intégré aux pasteurs (PISP), une organisation locale qui exploite la précieuse source d'eau d'Afkaba. Aux pieds de la montagne, au bout d'une pente abrupte qui donne sur une gorge rocheuse, apparaissent des arbres et derrière, un barrage en pierres; l'eau confère à ce lieu une aura magique.
Au départ, avec l'aide du gouvernement et de partenaires comme Caritas, le bassin a été dessalé et le barrage édifié. Puis ECHO a aidé à construire une canalisation le long de la gorge, qui amène l'eau à un robinet où les femmes remplissent leurs bidons, puis à un abreuvoir pour les animaux.
"Les animaux sont notre richesse", explique Laga Wato, le doyen de la communauté âgé de 67 ans, soulignant l'importance du bassin qui alimente en eau quelque 1 250 personnes des colonies environnantes. "S'il ne pleut pas, il n'y a pas de pâturages", déclare Laga. "Et sans pâturages, pas de bétail. Ce qui veut dire notre fin en tant qu'éleveurs". Et s'installer en ville est hors de question, "nous deviendrions des esclaves".
Une fois les jerrycans remplis, Thalasso s'apprête à rentrer. Elle préférerait rester à la maison, confie-t-elle. C'est fatigant de charger les animaux, de descendre et de remonter ce chemin escarpé... Mais il y a un bon côté, admet-elle, on y retrouve des amies!
De toutes façons, elle n'a pas le choix. Laga Wato n'a pas l'ombre d'un doute: "Dans un environnement comme celui-ci, la vie pastorale est la seule possible."

