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Les polluants issus de l’agriculture représentent une menace sérieuse pour l’eau du monde entier

Un nouveau rapport fait état d’une situation préoccupante et propose des recommandations sur ce qui pourrait se faire

20 juin 2018, Rome - Selon un nouveau rapport publié aujourd'hui, la pollution de l'eau induite par des pratiques agricoles non durables menace sérieusement la santé humaine et les écosystèmes de la planète, un problème par ailleurs souvent sous-estimé par les décideurs politiques et les agriculteurs.

Selon la publication More People, More Food, Worse Water? A Global Review of Water Pollution from Agriculture, lancée par la FAO et l'Institut international de gestion de l'eau lors d'une conférence au Tadjikistan qui se déroule du 19 au 22 juin, pour de nombreux pays, l'agriculture est la plus importante cause de pollution de l'eau - à défaut des villes ou encore de l'industrie - tandis qu'à travers le monde, le contaminant chimique que l'on retrouve le plus souvent dans les nappes souterraines aquifères est le nitrate provenant de l'agriculture.

D'après le rapport, l'agriculture moderne est responsable du déchargement de grandes quantités de produits agrochimiques, de matière organique, de sédiments et de solution saline qui se déversent ensuite dans les plans d'eau.

Cette pollution affecte des milliards de personnes et engendre des frais annuels qui dépassent les milliards de dollars.

«L'agriculture est le secteur produisant le plus d'eaux usées, en termes de volumes, et le bétail génère beaucoup plus d'excréments que les êtres humains. Alors que l'utilisation des terres s'est intensifié, on constate que les pays utilisent de plus en plus de pesticides synthétiques, d'engrais et d'autres intrants», ont indiqué M. Eduardo Mansur, Directeur de la Division des terres et des eaux de la FAO, et Mme Claudia Sadoff, Directrice générale de l'Institut international de gestion de l'eau (IWMI), dans leur introduction au rapport.

Selon la publication, si ces intrants ont bel et bien permis de stimuler la production alimentaire, ils ont également contribué à augmenter les risques de menaces environnementales et les risques pour la santé humaine.

Les polluants agricoles qui suscitent une vive inquiétude pour la santé humaine sont les agents pathogènes provenant du bétail, des pesticides, du nitrate des eaux souterraines, des traces d'éléments métalliques et des polluants émergents, dont font partie les antibiotiques et les gènes résistants aux antibiotiques sécrétés par le bétail.

Le nouveau rapport regroupe la plupart des ouvrages scientifiques produits sur la question jusqu'à ce jour. Son objectif est de combler le manque d'informations sur le sujet et de compiler des solutions politiques et agricoles dans un document qui servira de référence.

Comment l'agriculture affecte-t-elle la qualité de l'eau?  

Le boom de la productivité agricole mondiale qui a suivi la Seconde guerre mondiale a été rendu possible en grande partie grâce à l'utilisation intensive d'intrants, tels que les pesticides ou encore les engrais chimiques.

Depuis 1960, l'utilisation d'engrais minéraux a été multipliée par dix, tandis que depuis 1970, les ventes mondiales de pesticides sont passées d'un milliard à 35 milliards de dollars par an.

Pendant ce temps, l'intensification de la production animale - depuis 1970, les chiffres mondiaux relatifs à l'élevage ont plus que triplé - a vu émerger une nouvelle classe de polluants; les antibiotiques, les vaccins et les hormones de croissance qui voyagent des fermes jusqu'à l'eau des écosystèmes pour finir par se retrouver dans l'eau que nous buvons.

En même temps, l'eau polluée par les matières organiques issus de l'élevage est plus répandue que la pollution organique en provenance des zones urbaines.

L'aquaculture, un autre secteur en plein essor (dont l'importance a été multipliée par vingt depuis 1980) relâche maintenant encore plus d'excréments de poissons, de nourriture non consommée, d'antibiotiques, de fongicides et d'agents antisalissure dans les eaux de surface.

Ce qui pourrait  être fait

Toujours d'après l'ouvrage More People, More Food, Worse Water, l'eau polluée provenant de l'agriculture représente un défi complexe et la gérer efficacement requiert de nombreuses solutions.

La manière la plus efficace d'atténuer les pressions sur les écosystèmes aquatiques et les écologies rurales est de limiter l'exportation de polluants à la source ou de les intercepter avant qu'ils n'atteignent des écosystèmes vulnérables. Une fois hors de la ferme, les frais d'assainissement augmentent progressivement.

L'une des manières d'y parvenir est de développer des politiques et des motivations qui vont encourager les gens à adopter des régimes alimentaires plus durables et limiter la hausse de la demande alimentaire, elle-même susceptible de provoquer une empreinte écologique importante - par le biais par exemple de taxes et de subventions.

Au niveau du consommateur, réduire le gaspillage alimentaire peut contribuer à cet objectif. Selon l'une des études citées dans le rapport, la pollution par l'azote issue du gaspillage alimentaire s'élève à 6,3 tétragrammes par an.

Les instruments réglementaires «traditionnels» continueront à être essentiels en vue de réduire la production de polluants agricoles. Il s'agit notamment de mettre en place des normes pour la qualité de l'eau, des permis de rejets de polluants, de rendre des bonnes pratiques obligatoires, de mettre en œuvre des évaluations sur les répercussions environnementales de certaines activités agricoles, des zones tampons autour des fermes, des restrictions sur les pratiques agricoles ou sur le lieu d'implantation des fermes ou encore des limites sur la commercialisation et la vente de produits dangereux.

Le rapport reconnaît néanmoins que les principes actuels de lutte contre la pollution tels que «les pollueurs paient» sont difficiles à appliquer à la pollution diffuse en milieu agricole, car l'identification des véritables pollueurs n'est pas une tâche aisée.

Cela veut dire que les mesures visant à promouvoir une adhésion des agriculteurs sont essentielles afin d'empêcher la pollution à sa source - à l'image d'exemptions fiscales pour les agriculteurs ayant adopté des pratiques qui vont minimiser les exportations agricoles de nutriments et de pesticides ou encore des paiements pour avoir «aidé à maintenir le paysage».

A la ferme, nombreuses sont les bonnes pratiques à pouvoir réduire l'exportation de polluants vers les écosystèmes environnants, par exemple; minimiser l'utilisation d'engrais et de pesticides, établir des zones tampons le long des cours d'eau et autour des fermes ou encore améliorer les systèmes de drainage.

La lutte antiparasitaire intégrée, qui associe l'utilisation stratégique de variétés agricoles résistantes aux ravageurs au système de rotation des cultures et aux ennemis naturels des ravageurs les plus communs, est également utile.

Dans le cadre des exploitations d'élevage, les techniques traditionnelles telles que la restauration des pâturages dégradés, le fait de mieux gérer les régimes alimentaires des animaux, des additifs alimentaires ou encore des médicaments sont essentielles. Néanmoins, davantage doit être fait notamment avec les nouvelles techniques de recyclage des nutriments et les nouvelles technologies, par exemple les biodigesteurs de déchets agricoles.

La pollution de l'eau par l'agriculture: chiffres clés

  • L'irrigation produit la plus importante quantité d'eau usée au monde (sous la forme de drainage agricole).
  • D'un point de vue mondial, près de 115 millions de tonnes d'engrais minéraux azotés sont appliqués chaque année sur les cultures. Près de 20 pour cent de ces apports en azote finissent par s'accumuler dans les sols et la biomasse, là où 35 pour cent d'entre eux pénètrent dans les océans.
  • Dans le monde, chaque année, 4,6 millions de tonnes de pesticides chimiques sont pulvérisés dans l'environnement.
  • Les pays en développement représentent 25 pour cent de l'utilisation mondiale des pesticides dans l'agriculture, mais dans ces pays sont pourtant enregistrés 99 pour cent des décès dus aux pesticides.
  • Selon de récentes estimations, l'impact économique des pesticides sur les espèces non visées (y compris les êtres humains) s'élève approximativement à 8 milliards de dollars chaque année dans les pays en développement.
  • L'appauvrissement en oxygène (l'hypoxie), phénomène d'origine humaine qui trouve son origine dans la surabondance de nutriments, affecte une zone équivalente à 240 000 km² à l'échelle mondiale. Cette zone est constituée de 70 000 km² d'eaux intérieures et de 170 000 km² de zones côtières.
  • Dans le monde, 24 pour cent des zones irriguées seraient affectées par le phénomène de salinisation.
  • Actuellement, plus de 700 polluants émergents, leurs métabolites et les produits de transformation sont listés comme étant présents dans l'environnement aquatique européen.

Photo: ©FAO/Asim Hafeez
L’eau polluée par les activités agricoles affecte des milliards de personnes et engendre des frais annuels qui dépassent les milliards de dollars.

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