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Les pays les plus pauvres confrontés au coût croissant des importations de produits alimentaires

Le rapport Perspectives de l’alimentation de la FAO offre un aperçu détaillé des tendances des marchés mondiaux allant de la goyave à l'éthanol

10 juillet 2018, Rome - Les importations alimentaires constituent un fardeau de plus en plus lourd pour les pays les plus pauvres du monde, selon le dernier rapport de la FAO Les perspectives de l’alimentation.

La facture mondiale des importations alimentaires a largement triplé depuis 2000 pour atteindre 1,43 billion de dollars en 2017 (1 billion = 1 000 milliards), alors qu'elle a quintuplé pour les pays les plus vulnérables aux pénuries alimentaires. Cela montre une tendance qui «s'est détériorée avec le temps, laissant augurer un défi croissant, notamment pour les pays les plus pauvres concernant la satisfaction de leurs besoins alimentaires de base sur les marchés internationaux», indique M. Adam Prakash, économiste de la FAO et auteur de l’analyse centrée sur les coûts des produits alimentaires.

La facture mondiale des importations alimentaires devrait augmenter d'environ 3 pour cent atteignant cette année le chiffre précité. Cette augmentation reflète principalement l’accroissement du commerce international du poisson - une denrée alimentaire de grande valeur principalement importée par les pays développés - et des céréales, denrée de base essentielle pour de nombreux pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV).

Cette année, la FAO a adopté une vision à plus long terme de cette tendance et a constaté que les pays pourraient, en fait, «payer plus cher pour moins de nourriture», même si la production mondiale et les conditions commerciales ont été plutôt favorables ces dernières années.

L'analyse porte à la fois sur la tendance et la composition - protéines animales, fruits et légumes, céréales, boissons, graines oléagineuses et café, thé et épices - des factures d'importation de produits alimentaires durant la période prise en compte. Les importations alimentaires ont augmenté à un taux annuel moyen global de 8 pour cent depuis 2000, mais ce rythme a été à deux chiffres pour la grande majorité des pays les plus pauvres. A l'opposé, la part des céréales dans les importations n'a pas diminué dans les pays les plus pauvres par rapport aux aliments de plus grande valeur, alors qu'elle a considérablement régressé dans les pays riches.

La facture des importations de produits alimentaires représente désormais 28 pour cent de toutes les recettes d'exportation de marchandises du groupe des pays les moins avancés (PMA), soit presque le double de 2005. Quant aux pays développés, alors qu’ils ont un PIB par habitant plus élevé, ils dépensent seulement 10 pour cent de leurs recettes d'exportation sur les importations alimentaires.

Analyse détaillée des fruits exotiques

Le rapport Perspectives de l’alimentation, publié deux fois par an, consacre également un chapitre spécial au commerce croissant des fruits tropicaux mineurs tels que la goyave et les litchis, en s'appuyant sur des travaux antérieurs centrés sur leurs concurrents les plus importants comme les mangues ou les papayes.

La valeur de la production mondiale de ces fruits tropicaux mineurs - dont 86 pour cent sont produits en Asie - était d'environ 20 milliards de dollars l'année dernière, selon l'analyse détaillée de l’experte Sabine Altendorf  qui a évalué ces produits de niche.

Alors que ces fruits sont généralement consommés localement et contribuent souvent aux revenus des petits exploitants et aux besoins en micronutriments, la reconnaissance croissante de leur contribution à une alimentation saine leur a conféré un profil international plus marqué, notamment dans le contexte des tendances mondiales croissantes d'urbanisation et de sensibilisation à la santé.

La goyave est le fruit qui fait le plus tendance dans cette catégorie, avec le jacquier, le longan, le litchi, le durian, le ramboutan et le fruit de la passion, principalement cultivés au Brésil, ainsi que le mangoustan. Seulement environ 10 pour cent de la production est actuellement échangée à travers les frontières, principalement en Asie - la Thaïlande étant un exportateur important - mais les prix de gros sur les marchés des pays développés indiquent un potentiel commercial important pour les exportateurs des pays à faible revenu. La stimulation de cette opportunité nécessitera des innovations en matière de traitement des denrées périssables, d'assurance de l'approvisionnement, de volatilité des prix et de conformité aux normes phytosanitaires.

Les tendances des marchés

Le rapport Perspectives de l'alimentation examine principalement les tendances des marchés pour les principaux produits alimentaires du monde, notamment les céréales, le poisson, la viande, les produits laitiers, le sucre et les huiles végétales.

Si les marchés alimentaires sont restés relativement stables grâce à des conditions d'approvisionnement globalement satisfaisantes dans la plupart des catégories, ils demeurent vulnérables du fait à la fois des récents différends commerciaux et de l’éventualité de chocs climatiques ou autres.

Des évaluations détaillées des principaux groupes alimentaires sont proposées dans le rapport, notamment les tendances complexes du secteur des oléagineux où les prix internationaux des graines oléagineuses et des farines d'oléagineux augmentent, alors même que les prix des huiles végétales chutent. L'évolution des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, premier producteur et acheteur de soja au monde, a introduit une incertitude considérable sur le marché, comme en témoigne la plongée récente des prix mondiaux du soja et de la farine de soja.

Concernant les céréales, les échanges devraient rester solides en 2018/19 grâce à la forte demande d'importations pour la quasi-totalité des principales céréales. Parmi les autres faits saillants, le rapport prédit des prix «élevés» et même records pour les produits de la mer au deuxième semestre de 2018, alors que les tendances de l'offre sont tendues; l'expansion du commerce des produits laitiers, en particulier des poudres de lait; et une forte expansion de la production de viande dans un contexte de ralentissement de la croissance des volumes d'échanges.

La production mondiale de sucre, quant à elle, devrait augmenter de 11,1 pour cent cette année, atteignant un niveau record de 187,6 millions de tonnes et dépassant largement la consommation mondiale. Malgré le plus grand excédent de sucre jamais enregistré dans l'histoire, un prix plancher pour les prix internationaux du sucre sera probablement fixé suite à la hausse des cours mondiaux du pétrole brut, car davantage de sucre sera utilisé pour fabriquer de l'éthanol.

Photo: ©FAO/Luis Tato
Des agriculteurs au Kenya.

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