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La baisse des prix internationaux atténue le fardeau lié aux importations alimentaires pour les pays les plus pauvres

La FAO avertit du risque que pourrait avoir l’impact du prix et des cours de devises sur les revenus des petits exploitants agricoles

6 novembre 2018, Rome - Selon un nouveau rapport des Nations Unies, la baisse des prix mondiaux des denrées agricoles de base devrait permettre d'alléger la facture des pays les plus pauvres au monde, lorsqu'il s'agit de leurs importations alimentaires, tandis que le renforcement du dollar américain représente une source de «vive inquiétude». D'après les Perspectives alimentaires, une publication semestrielle de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les importations alimentaires à travers le monde sont appelées à atteindre la somme de 1,467 trillions de dollars en 2018, soit 3 pour cent au-dessus du niveau de l'année dernière, mais légèrement en dessous des prévisions émises en juillet.

La chute des prix mondiaux du café, du thé, du cacao et du sucre ont permis de faire baisser les frais d'importation même si la hausse des frais de transport devrait compenser cet effet. Pour les pays les moins avancés (PMA) et les pays à faibles revenus et à déficit vivrier (PFRDV), la forte chute du prix mondial du sucre va compenser la hausse des prix pour les céréales et les légumes importés.

De manière générale, les perspectives concernant l'approvisionnement alimentaire mondial pour l'année prochaine sont conformes aux dernières prévisions en la matière, avec des perspectives de production favorables et des niveaux de stocks qui permettront de stabiliser les prix. Néanmoins, des conditions climatiques irrégulières, les politiques commerciales et les taux de change sont de plus en plus incertains.

Les perspectives alimentaires analysent les tendances et les évolutions sur les marchés en ce qui concerne les céréales, le secteur des oléagineux, le sucre, la viande, les produits laitiers et les produits halieutiques. L'édition du mois de novembre propose également une évaluation détaillée du marché du manioc et se penche sur le long déclin des prix mondiaux du café. Un autre article revient sur les conditions qui ont conduit à une offre excédentaire et à la chute des prix des bananes et des principaux fruits tropicaux sur les marchés mondiaux. Le commerce mondial devrait par ailleurs augmenter de 18 pour cent par rapport à l'année dernière.

Les tendances sur le marché du manioc

La revue des Perspectives alimentaires des tendances pour les principales denrées alimentaires dont les céréales - le blé, le maïs et le riz - pointe vers un resserrement des conditions induit par une solide base de stocks et d'offres. Ce rapport se penche tout particulièrement sur le marché du manioc; une culture importante pour la sécurité alimentaire. Selon la FAO, la production de manioc à travers le monde pour 2018 devrait atteindre les 277 millions de tonnes, soit une hausse de 0,5 pour cent sur l'année après deux décennies d'augmentation flamboyante. Les volumes des échanges commerciaux, pendant ce temps, devraient baisser de 36 pour cent.

Ce ralentissement reflète surtout de nombreuses incertitudes en provenance d'Asie du Sud-Est, où le manioc est principalement cultivé par de petits exploitants agricoles qui vont ensuite l'exporter vers la Chine. La Chine, qui représente près des deux tiers des importations mondiales de manioc, est en train de vendre aux enchères de larges stocks de maïs, une culture qui rivalise directement avec le manioc au niveau de l'énergie, de la nourriture animale et de son utilisation industrielle dans le cadre d'un processus qui pourrait durer plusieurs années. Les perspectives concernant le développement d'un marché international de manioc au-delà de l'Asie «demeurent largement inaccessibles», selon la FAO.

On ne sait pas si ces agriculteurs pourront survivre à une baisse de la demande de manioc en provenance de la Chine lors des prochaines années.

La production totale de manioc en Afrique subsaharienne, où il s'agit d'une culture alimentaire de base, devrait augmenter de 2 pour cent pour atteindre le niveau record de 161 millions de tonnes. Cela se traduirait par une disponibilité alimentaire par personne de près de 86 kilogrammes, soit en légère baisse par rapport à l'année dernière, et ce, en raison de la forte croissance de la population dans la région.

Que se passe-t-il sur le marché du café ?

Aujourd'hui, les prix du café sur les marchés internationaux sont en baisse de 45 pour cent par rapport à leurs niveaux de 2011, une chute prolongée qui rappelle la crise qu'a traversée le secteur au début des années 2000.

Alors que le café est le produit tropical le plus commercialisé au monde et permet de générer des recettes d'exportation conséquentes pour les pays qui dépendent de leurs importations alimentaires pour répondre à leurs besoins, la chute des prix est une source d'inquiétude, principalement car cela a un impact sur les niveaux de vie d'environ 25 millions de petits producteurs à travers le monde, qui sont à l'origine de 80 pour cent de la production alimentaire mondiale.

«Le rôle du café peut prendre de grandes proportions - il représente plus de deux tiers des exportations agricoles au Burundi et près d'un tiers des exportations en Colombie, en Ethiopie, au Honduras, au Rwanda et en Ouganda, entraînant avec lui des effets en cascade sur la situation de l'emploi et les revenus, ainsi que sur les pressions migratoires», souligne M. El-Mamoun Amrouk, Economiste à la FAO.

Si de nombreux facteurs, dont un ralentissement de la croissance de la consommation et une puissance excédentaire trop importante de la part des principaux torréfacteurs, peuvent jouer un rôle, la faiblesse des prix du café s'explique en grande partie par le fait que l'offre excède la demande. La production de cette année devrait atteindre les 170 millions de sacs, un niveau record, s'ajoutant ainsi aux stocks mondiaux, qui eux-mêmes, ont également atteint un niveau record.

Le mois dernier, les producteurs de café de plus de 30 pays ont appelé les dirigeants de l'industrie du café à agir de manière coordonnée en vue d'atténuer les répercussions de la baisse des prix.

Selon la FAO, une action internationale et coordonnée est nécessaire afin de lutter contre le problème, ce qui est également urgent c'est de renforcer la coopération en vue de garantir un développement raisonnable du secteur.

«Alors que le changement de prix affectent les petits producteurs de café beaucoup plus vite et de manière plus intense que les consommateurs, l'une des solutions viables serait de créer davantage de produits à valeur ajoutée dérivés du café», a ajouté M. El-Mamoun, notant que cela requerrait que les principaux pays importateurs réduisent leurs tarifs, souvent contraignants, sur les produits dérivés du café et transformés.

Photo: ©Sebastian Liste/NOOR for FAO
Préparation de la farine de manioc en Sierra Leone.

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