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Il est essentiel de renforcer les systèmes alimentaires autochtones en vue de parvenir à un monde sans faim

La FAO accueille un séminaire de haut-niveau réunissant des experts autochtones de sept régions du monde avec pour objectif d’analyser leurs systèmes alimentaires

9 novembre 2018, Rome - « Les systèmes alimentaires et le savoir traditionnel autochtones ont survécu pendant de nombreuses années et pourraient donc bien renfermer les réponses dont nous avons besoin, » a déclaré aujourd'hui le Directeur général de la FAO.

La FAO considère les populations autochtones et tribales comme des acteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté et la faim et de toutes les autres formes de malnutrition mais aussi dans le cadre des efforts visant à promouvoir des pratiques agricoles durables. Sous-estimer leur importance et ne pas soutenir les systèmes alimentaires autochtones pourrait résulter en la perte de connaissances et de savoir-faire ancestraux, » a déclaré M. Graziano da Silva alors qu'il s'exprimait à l'occasion du séminaire sur les systèmes alimentaires autochtones organisé afin de passer en revue les différents moyens de renforcer le savoir traditionnel en vue d'atteindre l'objectif Faim Zéro.

« Les pertes de biodiversité sont également synonymes de perte de notre identité, de nos aliments et de nos médicaments, » a indiqué M. Ignacio Morales, un guérisseur traditionnel issu de la communauté Muiska-Piuret en Colombie.

Soixante-dix panélistes issus de différentes communautés et organisations autochtones mais également d'universités, de centres de recherche et plus de 180 participants représentant de nombreux pays à travers le monde ont échangé leurs expériences et expertise sur les systèmes alimentaires autochtones. En proposant des présentations sur le savoir traditionnel et les connaissances scientifiques, le séminaire a permis aux participants de se faire une meilleure idée des contributions apportées par les systèmes alimentaires autochtones au monde.

Les participants ont passé en revue les études analytiques et celles réalisées sur le terrain l'année dernière par un groupe de travail mis en place par la FAO et par Biodiversité international, le Centre international de recherche forestière, l'Institut français de recherche pour le développement (IRD), le Partenariat autochtone pour la sécurité alimentaire et la souveraineté ainsi que plusieurs autres organisations autochtones locales. Ces études portaient sur la manière dont les communautés autochtones tout autour du monde arrivent à produire de la nourriture tout en gérant le territoire et l'environnement de manière durable.

 « Pour atteindre l'objectif Faim Zéro, nous devons mettre en place des méthodes de production alimentaire plus efficaces. Nous devons en finir avec les pratiques environnementales dangereuses. Nous devons innover et tenter différents types de systèmes alimentaires, » a souligné M. Patrick Rata, Ambassadeur de la Nouvelle-Zélande.

Co-organisé par la FAO, l'UNESCO, l'UNPFII, le FILAC et le DOCIP, le séminaire a été l'occasion d'échanger sur différentes mentalités et concepts qui feront partie d'une publication ultérieure. Cet évènement et la publication à venir contribueront de manière significative au débat mondial sur la durabilité et la résilience climatique dans le cadre de la Décennie d'action sur la nutrition et de la réalisation du Programme de développement durable à l'horizon 2030.

Les populations autochtones comptent plus de 370 millions de personnes qui parlent plus de 4000 langues à travers 90 pays et occupent près de 22 pour cent de la surface de la terre tout en étant les gardiens de 80 pour cent de la biodiversité planétaire. Ils représentent pourtant près de 5 pour cent de la population mondiale et 15 pour cent des personnes pauvres à travers le monde.

La FAO reconnait l'importance des populations autochtones dans la lutte contre la faim et la malnutrition et salue leur rôle dans la mise en œuvre du Programme de développement durable. Le manque de respect des droits collectifs et ancestraux des populations autochtones sur leurs terres, ressources naturelles et territoires associé au manque de respect pour le Consentement préalable, libre et éclairé et au peu d'opportunités offertes pour représenter les autochtones dans la sphère politique les place en situation de vulnérabilité.

« Nous devons pallier à cette situation et prêter particulièrement attention à la jeunesse autochtone et aux femmes, » a indiqué M. Graziano da Silva.

Dialogue et échange de connaissances au cœur du séminaire

« Ce qui est important à propos de ce séminaire, c'est que non seulement les peuples autochtones soient réunis tous ensemble mais aussi que nous soyons en train d'élaborer des stratégies et des partenariats avec différentes organisations pour s'assurer que nos systèmes alimentaires soient visibles, » a déclaré Mme Christiana Louwa Saiti de la communauté El Molo au Kenya.

« Les systèmes alimentaire autochtones sont dynamiques et leur endurance ne fait que souligner leur valeur en tant que réservoir d'idées capables de relever des défis mondiaux plus importants, » a indiqué Mme Helena Semedo, Directrice adjointe de la FAO.

Elle a invité les participants du séminaire à réfléchir « à la meilleure manière dont nous pouvons intégrer les caractéristiques fondamentales des systèmes alimentaires autochtones qui reposent sur les cultures, les plantes sauvages, la synergie avec l'environnement naturel, la biodiversité, l'adaptation aux conditions locales, une forte diversification, une empreinte carbone particulièrement légère, quelques « externalités négatives » et un usage moindre d'intrants externes tout étant étroitement liés aux activités socio-culturelles et spirituelles, »

Mis à part la cérémonie d'ouverture et de clôture conduites par Abuela Amali, une guérisseuse traditionnelle de la communauté Nahuatl du Mexique et par Taita Morales, le séminaire a porté sur des thèmes variés allant de la manière dont les systèmes alimentaires autochtones peuvent contribuer aux Objectifs de développement durable et à l'objectif Faim Zéro. Plusieurs sessions ont également été dédiées à des études de cas portant sur des communautés dans les hautes terres du Vietnam, dans le nord de la Finlande, dans les îles Solomon et dans les forêts du Cameroun.

« J'ai appris tout ce que je sais sur l'artisanat et sur l'utilisation de plantes médicinales de mes grands-parents. Aujourd'hui, la mission des jeunes est de prendre soin des ressources naturelles et des éléments sacrés qui font partie de leurs communautés et de leur culture, » a déclaré Abuela Amalia, soulignant que les migrations et la perte de ressources naturelles compromettaient la transmission du savoir traditionnel vers les jeunes autochtones.

Des pratiques diverses comme le pastoralisme, la cueillette nomade et l'agroforesterie au Guatemala, en Inde, au Kirghizstan et au Mali ont également été présentées.

« Je pense que le plus important à présent est de s'appuyer sur tout ce que nous avons appris pour faire progresser cela et être capable d'engager le dialogue avec les communautés afin de préserver et de donner de l'importance aux systèmes alimentaires autochtones, » a déclaré Hayu Patria de la communauté Dayak en Indonésie.

En plus de vouloir renforcer les efforts visant à comprendre et à promouvoir la préservation des systèmes alimentaires autochtones, l'objectif de ce séminaire est de transformer le groupe de travail réunissant plusieurs autochtones en Réseau technique de la FAO. L'idée est de le faire collaborer avec des institutions de recherche, des universités, d'autres organisations autochtones et d'autres agences des Nations Unies afin de coordonner des activités et de contribuer à la mise en place d'un réseau d'action informel qui servira à son tour de plateforme pour les pays désireux d'aider les populations autochtones et de soutenir leurs systèmes alimentaires en vue d'assurer la sécurité alimentaire et la nutrition.

Photo: ©FAO/Alessia Pierdomenico
Une session du panel durant le séminaire

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