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Le coût mondial des importations alimentaires appelé à baisser face à des stocks abondants

Le rapport de la FAO sur les Perspectives alimentaires met l’accent sur la production agricole, les maladies animales émergeantes et les nouvelles structures commerciales

9 mai 2019, Rome - Selon un nouveau rapport de l'ONU, le coût mondial des importations alimentaires est appelé à baisser en 2019 mais les pays les plus pauvres et les plus vulnérables n'en seront pas les premiers bénéficiaires.

Le dernier rapport de la FAO sur les Perspectives alimentaires prévoit une baisse des importations alimentaires mondiales de 2,5 pour cent en 2019 pour atteindre les 1 472 trillions de dollars américains.

Les pays développés seront principalement ceux à profiter de la baisse des prix, tandis que le coût des importations pour l'Afrique subsaharienne devrait augmenter. Et alors que la baisse du coût unitaire des importations alimentaires suggère que davantage de nourriture pourrait être achetée pour la même somme d'argent, ce gain se voit annulé dans presque tous les pays à faible revenu et à déficit vivrier dont les monnaies se retrouvent affaiblies face au dollar américain, monnaie principalement utilisée lors des transactions commerciales internationales.

Le café, le thé, le cacao et les épices représentent près de la moitié de la baisse prévue, tandis que le coût du sucre et des céréales - et ce, malgré la baisse des prix des céréales - est resté globalement inchangé. La bonne nouvelle pour les pays vulnérables est que le coût des huiles végétales, qui sont des produits importants pour ces pays en ce qui concerne les importations, devrait connaître une baisse.

Publié deux fois par an, le rapport de la FAO sur les Perspectives alimentaires évalue les tendances liées au marché et à la production pour plusieurs produits dont les céréales, le poisson, le sucre, les huiles, le lait et la viande. La dernière édition propose également des rapports spéciaux sur l'impact mondial de la peste porcine africaine et des perspectives sur la situation des exportations de bananes, d'avocats et d'autres fruits tropicaux en Amérique latine et dans la région Caraïbes.

Les vainqueurs et les perdants de la maladie tueuse de porcs

L'apparition et la propagation rapide de la peste porcine africaine (ASF) en Chine, pays accueillant près de la moitié de la population porcine mondiale, aura un effet non négligeable sur les marchés mondiaux, que ce soit au niveau de la viande ou au niveau de la nourriture animale.

Alors que les impacts exacts n'ont pas encore été totalement déterminés, la maladie pourrait provoquer une baisse de 20 pour cent des stocks de porcs en Chine. A cette forte baisse s'ajoutent d'autres preuves indirectes qui indiquent une forte baisse de l'industrie de transformation de la viande porcine dans le pays, ainsi qu'une baisse au niveau de la production et de la vente de nourriture destinée aux porcs.

Déterminer l'impact mondial de la maladie est une chose relativement complexe. D'un côté, les importations de viande porcine devraient augmenter de 26 pour cent, alors que l'on s'attend également à une hausse des importations des autres viandes dont la viande bovine et la viande de volaille. De l'autre, la présence de moins en moins de porcs en Chine devrait se traduire par une baisse de la demande pour les céréales fourragères et les oléagineux, et en particulier les graines de soja. La Chine importe près des deux tiers des graines de soja vendues à travers le monde et près de la moitié de ces graines sont destinées à l'élevage domestique de porcs.

Les importations avaient déjà ralenti en raison des tensions commerciales avec les Etats-Unis, elles devraient maintenant ralentir davantage avec la décision du pays de réduire la quantité de protéines présentes dans la nourriture destinée aux porcs.

Au même moment, la consommation de viande en Chine ne devrait pas augmenter comme cela a été le cas par le passé car les niveaux de consommation de viande, de poissons d'élevage et d'œufs ont déjà atteint 95 kilogrammes par habitant par an. De plus, les révisions effectuées avant le dernier recensement agricole indiquent que le pays a plus de 180 millions de tonnes de maïs en stock. A cela s'ajoutent d'amples stocks de céréales fourragères, ce qui devrait avoir pour effet de faire baisser la demande d'importations pour l'orge et le sorgho.

Alors que tout tient à la réussite ou non des efforts de lutte contre la propagation de la peste porcine africaine, qui a également été signalée au Vietnam, l'un des principaux pays producteurs de viande porcine, et dans d'autres pays voisins, les tendances indiquent une hausse probable des prix de la viande porcine et une baisse des prix de la nourriture destinée aux porcs. Cette «combinaison particulièrement rare d'événements» devrait profiter au secteur agricole en Europe car la nourriture destinée aux porcs devrait donc coûter moins cher. La situation devrait également bénéficier aux producteurs de porcs aux Etats-Unis dont les bonnes capacités d'exportation devraient faire rapidement augmenter les stocks.

Au même moment, la crise liée à la peste porcine africaine représente une aubaine pour les éleveurs de poulets et plus particulièrement pour les principaux pays exportateurs, tels que le Brésil. La production de volaille en Chine devrait augmenter de 7 pour cent cette année, conséquence des répercussions de la peste porcine africaine mais aussi des efforts payants du pays qui a réussi à endiguer une autre maladie animale, la grippe aviaire hautement pathogène.

Les tendances pour les principaux produits alimentaires

Si l'évolution rapide du commerce mondial et la propagation de la peste porcine africaine se poursuivant à un rythme constant constituent des incertitudes, la principale idée est que, pour de nombreux produits, les marchés mondiaux sont bien approvisionnés et qu'ils devraient vraisemblablement contribuer à faire baisser le coût des importations alimentaires.

Le dernier rapport sur les Perspectives alimentaires propose les premières prévisions de la FAO sur l'offre et la demande pour la saison 2019/2020, avec des évaluations détaillées des perspectives de marchés pour le blé, le maïs, le riz, le poisson, la viande, les produits laitiers, le sucre et d'autres types d'huiles végétales.

Le rapport propose également des informations actualisées sur les changements liés à la production alimentaire et au commerce mondial. Parmi ces derniers, on retiendra notamment que l'Inde et la Russie confirment leurs places - récemment acquises - de principaux pays, respectivement producteurs de sucre et exportateurs de blé, passant ainsi devant le Brésil et les Etats-Unis. A noter également la rapide émergence du Brésil en tant que deuxième plus grand exportateur de maïs, avec une part de marché mondial qui est passée de moins d'1 pour cent il y a une décennie à plus de 25 pour cent aujourd'hui.

Alors que la consommation par habitant est en hausse, il semble qu'elle soit en passe de se stabiliser dans les pays en développement et qu'elle fasse l'objet de plus en plus d'attention en termes de régulation - avec notamment des taxes ciblant les boissons sucrées et des changements au niveau des préférences des consommateurs.

Cela soulève des questions au sein de ce secteur où les prix mondiaux sont inférieurs aux coûts de production, et ce, quasiment partout. Le Brésil devrait utiliser près des deux tiers de ses récoltes de canne à sucre pour produire de l'éthanol, soit une hausse de 53 pour cent par rapport à l'année dernière.

Le rapport prévoit une baisse de 3,4 pour cent de la production des pêches de capture en 2019. A cela devrait s'ajouter une baisse de la quantité d'anchois et de petits pélagiques, tels que les maquereaux ou encore les cabillauds sauvages et les goberges. La production aquacole devrait se développer en 2019, permettant ainsi de stabiliser la consommation totale de poisson, mais la dynamique pourrait évoluer en raison du resserrement des marchés pour le saumon, les bivalves, les crevettes d'élevage, les bars et les dorades.

Photo: ©FAO/Isaac Kasamani
Les problèmes liés à la viande de porc en Chine pourraient se révéler être une aubaine pour les producteurs de volaille.

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