Afrique de l’Est : Il est nécessaire de lancer une campagne de grande ampleur et transfrontalière pour combattre les infestations de criquets

Des essaims particulièrement destructeurs menacent la sous-région est-africaine – la FAO intensifie son intervention d’urgence

20 janvier 2020, Rome/Addis Abeba/Mogadiscio/Nairobi - Des essaims de criquets pèlerins en Éthiopie, au Kenya et en Somalie - d'une ampleur et d'une capacité destructrice jamais vues - risquent de grossir de manière exponentielle et de se propager dans d'autres pays d'Afrique de l'Est, si les efforts pour combattre ces ravageurs voraces ne s'intensifient pas massivement dans toute la région, a aujourd'hui averti la FAO.

« Il s'agit désormais d'une situation de portée internationale qui menace la sécurité alimentaire de l'ensemble de la sous-région. La FAO met en place des mécanismes accélérés qui nous permettront de prendre action rapidement afin d'aider les gouvernements à élaborer une campagne collective pour faire face à cette crise », a dit M. QU Dong, le Directeur général de la FAO.

« Les autorités de la région ont déjà lancé des activités de contrôle mais, étant donné l'ampleur et l'urgence de la menace, elles ont besoin d'un soutien financier supplémentaire de la part de la communauté internationale des donateurs afin d'accéder aux outils et aux ressources nécessaires à la mise en œuvre effective des interventions », a dit M. Qu. « La FAO est prête à mobiliser son expertise et à faciliter une réponse régionale coordonnée », a-t-il ajouté.

Risques potentiels d'une expansion exponentielle

La récente situation climatique en Afrique de l'Est a créé les conditions favorables à une reproduction rapide des criquets. Si aucune mesure n'est prise, le nombre d'insectes ravageurs pourrait être multiplié par 500 d'ici le mois de juin.

Ces essaims, dont chacun est potentiellement formé par des centaines de milliers de criquets pèlerins, sont capables de parcourir 150 kilomètres par jour et de ravager les moyens d'existence des populations rurales dans leur course effrénée pour se nourrir et se reproduire. Le criquet pèlerin dévore chaque jour l'équivalent de son propre poids, soit environ deux grammes.

Les essaims en provenance d'Éthiopie et de Somalie continuent à se déverser au Kenya et se propagent rapidement vers le centre du pays.

En Éthiopie, les insectes se déplacent à un rythme constant vers le sud, là où se trouve la vallée du Rift qui est le grenier du pays.

L'Éthiopie et la Somalie n'avaient pas vu d'essaims de criquets pèlerins d'une telle ampleur depuis 25 ans, et le Kenya n'avait pas eu à affronter de menace acridienne d'une telle force depuis 70 ans.

Actuellement, le Soudan du Sud et l'Ouganda ne sont pas touchés mais ils sont en danger.

Une menace sans précédent

La FAO fournit des prévisions, des avertissements et des alertes précoces sur la progression, l'ampleur et le lieu d'invasion et de reproduction.

La rapidité avec laquelle les ravageurs se propagent et l'ampleur de l'invasion sont tellement au-delà de la moyenne que les autorités locales et nationales ont atteint la limite de leurs capacités de réaction.

Étant donné l'étendue actuelle des essaims, seul un contrôle aérien est efficace si l'on veut réduire le nombre de ravageurs.

Les interventions aériennes en Éthiopie et au Kenya doivent être sérieusement et rapidement intensifiées. De plus, « à côté des activités de lutte antiparasitaire, notre réponse doit inclure des efforts pour restaurer les moyens d'existence des populations », a dit le Directeur général de la FAO. « Les communautés en Afrique de l'Est ont déjà été touchées par de longues sécheresses qui ont érodé leur capacité à produire de la nourriture et à assurer leur subsistance. Nous devons les aider à se redresser, une fois que les ravageurs seront partis », a dit M. Qu.

À ce stade et sur la base d'estimations prudentes, la FAO recherche de manière urgente 70 millions de dollars afin de renforcer la lutte antiparasitaire et de protéger les moyens d'existence dans les trois pays les plus touchés.

L'Asie du Sud-Ouest et la mer Rouge sont aussi touchées

Depuis juin 2019, en Inde, en Iran et au Pakistan, de nombreux essaims de criquets pèlerins sont présents et se sont reproduits. Certains parmi ces essaims ont migré vers l'Iran méridional où les fortes pluies qui se sont récemment abattues leur ont permis de pondre des œufs qui pourraient former des essaims au printemps 2020.

L'Égypte, l'Érythrée, l'Arabie saoudite, le Soudan et le Yémen sont eux aussi sujets à une importante activité de reproduction des populations de criquets qui pourraient par conséquent former de vastes essaims dans les prochains mois.

La FAO surveille de près toutes les situations et s'engage activement auprès de tous les pays touchés par la menace des criquets pèlerins afin de les aider dans leurs activités d'intervention.

Photo: ©FAO/Petterik Wiggers/FAO
Shilabo, Ogaden, dans la région Somalie en Ethiopie. Un troupeau de chameaux passe à travers un essaim de criquets.