Une table ronde de haut niveau appelle à renforcer la collaboration au Proche-Orient et en Afrique du Nord

Face aux défis existants, les ministres et autres représentants de la région NENA proposent des solutions en vue d'améliorer l’alimentation et l’agriculture

21 septembre 2020, Muscat/Rome - Les ministres et autres représentants des pays de la région du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord (NENA) ont partagé aujourd'hui leurs préoccupations et priorités sur la façon de répondre aux perturbations induites par le COVID-19 et d'accélérer les progrès en faveur de systèmes alimentaires durables, lors d'une table ronde de haut niveau organisée pendant la Conférence régionale de la FAO pour le Proche-Orient (NERC).

Plusieurs participants ont souligné que la crise du COVID-19 a exercé une pression supplémentaire sur les systèmes alimentaires régionaux, qui étaient déjà confrontés à de nombreux défis, tels que l'expansion rapide de la population, les effets du changement climatique, l'extrême rareté de l'eau et la dégradation des ressources naturelles. L'apparition de fortes inondations et les invasions de criquets pèlerins ont également été mentionnées.

Le ministre iranien de l'agriculture, Jahad Kazem Khavazi, a souligné la nécessité d'accélérer les actions sur les problèmes à long terme, tels que le changement climatique, l'érosion des sols et l'apparition de nouveaux ravageurs, qui ont tous des répercussions négatives sur les petits exploitants agricoles familiaux. « Si cette situation n'est pas traitée efficacement dans la région, il existe un risque pour que tous les efforts déployés pour lutter contre la faim et la pauvreté soient réduits à néant », a-t-il averti.

Le ministre iranien a également indiqué que l'Iran a appliqué une série de mesures de protection sociale, en soutenant notamment les initiatives de commerce électronique, et la production de de paniers alimentaires pour les femmes rurales en vue d'atténuer l'impact de la pandémie sur la sécurité alimentaire du pays. « Nous pensons que cela doit être développé à une échelle régionale et nous espérons que la FAO pourra y contribuer », a-t-il déclaré.

Des préoccupations concernant les prix des denrées alimentaires de base et les perturbations du commerce ont également été soulevées. Le ministre de l'agriculture du Liban, Abbas Mortada, a indiqué que son pays avait mis en oeuvre  plusieurs programmes de soutien à l'agriculture qui sont maintenant menacés par une forte dépréciation de la monnaie et par l'aggravation de la crise économique. Face à cela, il a suggéré la création d'un fonds fiduciaire pour permettre l'échange d'expertise et de ressources entre les pays de la région - une idée qui a été reprise par Aksa Bahri, ministre tunisien de l'agriculture, de la pêche et des ressources en eau.

Dans le même ordre d'idées, le représentant du Royaume de Bahreïn a appelé la FAO à établir un plan d'urgence pour les futures situations d'urgence en fonction des points chauds rendus encore plus vulnérables sous l'effet de la pandemie du COVID-19. « Les denrées alimentaires ne doivent pas être stoppées à la frontière et traitées comme des matières dangereuses - elles sauvent des vies », a déclaré le responsable du pays. « Nous devons agir au niveau de la sous-région comme si tout cela faisait partie du même pays ».

Le ministre égyptien de l'agriculture et de l'extension des terres, Al-Sayed el-Quseir, a declaré qu'il était très important de s'assurer que le transport vers les marchés alimentaires restait viable.

Selon le ministre de l'agriculture et des ressources naturelles par intérim du Soudan, Abdelgadir M. A. Turkawi, au-delà de son impact immédiat, le COVID-19 a également retardé des projets stratégiques, tels qu'un plan national ambitieux visant à étendre l'utilisation de terres non cultivées mais arables, qui pourraient se révéler bénéfique pour les marchés d'exportation en permettant la production de graines de tournesol et de sésame ainsi que du coton.

Si les perturbations de la pandémie ont été désastreuses, dans certains cas, elles ont suscité des réactions positives. En Iraq, par exemple, le gouvernement a renforcé ses initiatives de soutien en faveur de l'agriculture, ne se limitant plus au blé mais incluant désormais la production de fruits et légumes, et disposant dorénavant d'un excédent prêt à être exporté ou transformé. « Aujourd'hui, nous considérons qu'il s'agit d'une réussite », a déclaré le représentant irakien.

Aller de l'avant ensemble

Face à une myriade de défis, plusieurs participants ont appelé à une réponse régionale plus intégrée, car elle pourrait conduire à des investissements plus nombreux et de meilleure qualité, y compris de la part du secteur privé, avec la FAO comme coordinateur clé.

Dans ses remarques introductives, la directrice générale adjointe de la FAO, Beth Bechdol, a présenté 12 éléments clés du plan du COVID-19 pour la région. Ces éléments comprennent des programmes humanitaires, des données, des analyses et un soutien politique, un renforcement des initiatives de protection sociale pour les petits exploitants et les pauvres en milieu rural, des programmes visant à renforcer l'autonomisation économique des jeunes et des femmes, l'approche « Une seule santé » pour lutter contre les maladies et les ravageurs transfrontaliers des plantes et des animaux, et le renforcement des normes de sécurité alimentaire, la promotion de l'innovation numérique en la rendant plus  accessible aux petits exploitants, des chaînes de valeur inclusives et  des modèles commerciaux agroalimentaires plus solides. La promotion de régimes alimentaires plus sains et le renforcement des entreprises agricoles dans une région connue pour sa pénurie d'eau sont également des priorités essentielles et constantes.

« Il est clair que l'agriculture et la sécurité alimentaire sont importantes pour chacun de vos pays et pour la région tout entière », a déclaré M. Bechdol, ajoutant que « l'essentiel est d'établir un cadre politique qui permette un changement au niveau de l'échelle et, lorsque cela est possible, qui favorise également une action collective et alignée pour débloquer les investissements et l'innovation ».

Elle a également souligné que les partenariats sont fondamentaux, en particulier lorsqu'ils peuvent fournir et catalyser des actions concrètes de la part d'un ensemble diversifié de partenaires autour de domaines spécifiques présentant des opportunités critiques. « Nous devons concevoir et mettre en place des collaborations uniques, où il y a un échange d'expertise et de connaissances ».

Un large consensus s'est également dégagé sur l'importance de l'initiative « Main dans la main » de la FAO, qui vise à réunir des partenaires afin de stimuler la transformation et la croissance rurale et à éradiquer la pauvreté et la faim une fois pour toute dans la région.

Des représentants du Pakistan, des Émirats arabes unis, de la Syrie, du Yémen, de la Libye, de la Jordanie et de la Mauritanie sont également intervenus lors de l'événement.

« Nous avons besoin de nos énergies communes afin d'apporter de meilleurs résultats à notre région. Nous vivons une époque extraordinaire », a déclaré Thanawat Tiensin, président du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, un forum organisé par la FAO.

Des représentants d'acteurs non étatiques ont également participé à la réunion, tels que l'Union des paysans arabes et des coopératives agricoles (APACU), le Groupe arabe pour la protection de la nature (APN) et le Centre international pour l'agriculture biosaline (ICBA).

La Conférence régionale de la FAO pour le Proche-Orient se poursuit jusqu'au 22 septembre et les débats peuvent être suivis par webcast.

Photo: ©FAO/Giuseppe Carotenuto
Les participants à la table ronde.