Lancée par la FAO, l’Initiative Main dans la main peut contribuer à éliminer la faim et la pauvreté en Afrique

La Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique met l’accent sur les initiatives prises en charge et dirigées par les pays

27 octobre 2020,Accra/Harare/Rome - Les ministres de l'agriculture des pays d'Afrique, des représentants de l'Union africaine, de la société civile et du secteur privé et d'autres partenaires ont pris acte du rôle capital que l'Initiative Main dans la main peut jouer dans l'élimination de la pauvreté et de la faim et la réalisation des objectifs convenus et énoncés dans le Programme de développement durable à l'horizon 2030 et la Déclaration de Malabo.

Ils se sont exprimés lors de la session ministérielle sur l'Initiative Main dans la main organisée ce jour dans le cadre de la trente et unième session de la Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique.

Dans son discours liminaire, M. QU Dongyu, Directeur général de la FAO a déclaré que l'Initiative Main dans la main qui est «unique en son genre» a pour objectif d'éliminer la faim et la pauvreté dans des pays que nous ne pouvons pas laisser de côté.

Il a poursuivi en faisant observer qu'elle est fondée sur l'expérience, dirigée et administrée par les pays et qu'elle les «rapproche» indépendamment de leur richesse ainsi que les donateurs et les bénéficiaires et fait appel à des outils et à des techniques d'analyse sophistiqués pour accélérer la transformation du secteur agricole et le développement rural durable.

«Les partenariats, l'innovation, les données, la technologie et l'inclusion sont au cœur de cette initiative», a souligné Maximo Torero, Économiste en chef de la FAO, qui a présenté les grandes lignes de l'Initiative Main dans la main et de son déploiement en Afrique.

La Commissaire de l'Union africaine pour l'économie rurale et l'agriculture, Josefa Sacko, a fait savoir que l'Union africaine est «fermement résolue à participer pleinement» à l'initiative qui est en phase avec la Déclaration de Malabo et peut aider à éliminer la faim et la pauvreté sur le continent.

Elle a toutefois souligné que seuls quatre pays sont sur la voie d'honorer les engagements pris dans la Déclaration de Malabo, même si 36 ont récemment accompli des progrès considérables.

Josefa Sacko a ajouté que l'Initiative Main dans la main peut contribuer à aplanir les difficultés liées à la collecte et à l'harmonisation des données en Afrique, les pays ne disposant pas de «données factuelles, de techniques d'analyse et d'outils sophistiqués pour identifier les meilleurs moyens d'accroître les revenus et de réduire les inégalités et la vulnérabilité des populations pauvres en milieu rural».

Main dans la main sur le terrain en Afrique

L'Initiative Main dans la main est actuellement déployée dans 11 pays d'Afrique: Angola, Burkina Faso, Cabo Verde, Éthiopie, Gabon, Guinée Bissau, Mali, Niger, Nigéria, Rwanda et Zimbabwe.

Les Ministres du Burkina Faso, d'Éthiopie et du Zimbabwe ont mis en avant l'importance de l'initiative qui leur permet d'intensifier leur action de lutte contre la faim et la pauvreté dans leurs pays respectifs.

Salifou Ouedraogo, Ministre burkinabé de l'agriculture et des aménagements hydroagricoles a déclaré que l'Initiative Main dans la main permet de mieux «coordonner les efforts et de garantir que les partenaires techniques et financiers puissent travailler ensemble».

Les mesures ou initiatives mises en place au Burkina Faso ont pour objectif d'accroître la production locale de riz, de garantir des repas nutritifs pour les élèves dans les écoles et un accès au financement pour les producteurs.

Ato Oumer Hussien, Ministre éthiopien de l'agriculture a souligné que l'Initiative Main dans la main répond pleinement à l'une des priorités de son pays, à savoir «le développement intégré des industries agroalimentaires afin d'intensifier la production agricole marchande, de créer des emplois et d'assurer un développement inclusif».

Il a ajouté qu'il est «nécessaire que les agriculteurs occupent une place centrale tout au long de la chaîne de valeur et puissent accéder aux services financiers», notant que l'Initiative Main dans la main est une initiative importante que son pays peut dorénavant mettre en œuvre pour asseoir des systèmes alimentaires inclusifs.

Le Ministre zimbabwéen des terres, de l'agriculture, de l'eau et de la réinstallation en milieu rural, Anxious Jongwe Masuka, a expliqué que les difficultés auxquelles son pays est actuellement confronté - y compris la sécheresse et le COVID-19 - exigent des «initiatives crédibles d'atténuation de la pauvreté» telles que l'Initiative Main dans main.

En outre, cette initiative arrive alors que le Zimbabwe vient juste d'achever sa stratégie de transformation des systèmes agricoles et alimentaires.

Travailler ensemble

D'autres intervenants ont également insisté sur l'importance de l'Initiative Main dans la main, notamment Maria do Valle Ribeiro, Coordonnatrice résidente des Nations Unies pour la République du Zimbabwe, Martien Van Nieuwkoop, Directeur au pôle mondial d'expertise en agriculture et alimentation de la Banque mondiale et John Cordaro, Représentant spécial pour la sécurité alimentaire, la nutrition et la sûreté pour Mars Incorporated, qui représentait le secteur privé.

Maria do Valle Ribeiro s'est félicitée de l'Initiative Main dans la main, mettant en avant l'utilité d'une action coordonnée.

Martien Van Nieuwkoop a relevé l'importance des mégadonnées, domaine que la Banque mondiale et la FAO s'emploient à renforcer de manière collaborative.

Pour John Cordaro «aucune entité ne peut à elle seule résoudre l'insécurité alimentaire. Il est probable que d'autres crises telles que celle déclenchée par le COVID-19 surviendront et nous devrons nous préparer à les affronter.» En ce qui concerne l'Initiative Main dans la main, John Cordaro a expliqué comment Mars Incorporated peut, grâce à son expertise, aider les pays à relever les défis particuliers auxquels ils sont confrontés en termes de sécurité alimentaire.

La société civile était représentée par Christiana Saiti Louwa, coprésidente du Forum mondial des populations de pêcheurs.

«Le processus de transformation du secteur agricole ne peut pas être uniquement axé sur une agriculture orientée vers le marché. Des aspects tels que la durabilité environnementale, la résilience aux changements climatiques et l'instauration de la souveraineté alimentaire en Afrique doivent faire partie de notre vision de la paix, de la justice et de l'abondance pour notre mère patrie» a déclaré Christiana Saiti Louwa.

Sécurité alimentaire et nutrition en Afrique

De nombreux orateurs ont fait part de leur inquiétude s'agissant de la situation de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Afrique.

La pandémie du COVID-19 a exacerbé l'insécurité alimentaire et la malnutrition dans de nombreux pays d'Afrique. Ces dernières années, les changements climatiques, les conflits, les ralentissements de l'économie, les maladies animales transfrontières et les ravageurs tels que les criquets pèlerins et les chenilles légionnaires d'automne ont dévasté les moyens de subsistance et ont fait basculer un plus grand nombre de personnes dans la faim.

En Afrique, 250 millions de personnes souffrent de sous-alimentation, soit 19,1 pour cent de la population, ce qui en fait la région la plus durement touchée et la tendance ne fait que se poursuivre. Si cette situation perdure, en 2030, l'Afrique abritera plus de la moitié des personnes souffrant de faim chronique dans le monde.

Face à ces défis, il est urgent d'élaborer des systèmes alimentaires durables capables de résister à des crises multiples.

L'Initiative Main dans la main - la genèse

L'Initiative Main dans la main s'adresse aux plus pauvres, aux pays en développement sans littoral, aux pays les moins avancés, aux petits États insulaires en développement, aux pays en situation de crise alimentaire et aux grands pays du monde où l'on constate d'importants foyers de pauvreté.

L'initiative adopte une approche multilatérale pour accélérer la transformation du secteur agricole et le développement durable en milieu rural. Elle vise à renforcer les capacités des systèmes alimentaires, à assurer une bonne nutrition et des régimes alimentaires sains pour tous et à améliorer les revenus des ménages afin de réduire l'extrême pauvreté.

Elle fait appel à des outils sophistiqués, y compris des techniques de modélisation géospatiale et d'analyse élaborées telles que la Plateforme de données géospatiales et le Laboratoire de données pour l'innovation statistique (Data Lab for Statistical Innovation). Ils fournissent des données de grande qualité, accessibles, opportunes et fiables pour alimenter la prise de décisions stratégiques en toute connaissance de cause et contribuer à la formulation de politiques fondées sur des données factuelles.

La FAO s'est associée à de grandes entreprises de technologies de pointe et à des fournisseurs de données publiques pour construire la plateforme, notamment Google, IBM, la Banque mondiale - pour n'en citer que quelques-uns.

La FAO organise des ateliers de «formation de formateurs» avec ses Membres pour garantir un accès aisé aux outils de la plateforme et leur bonne utilisation.

La plateforme Main dans la main dispose également d'un cadre de suivi et d'analyse d'impact pour permettre aux pays de déterminer s'ils sont sur la bonne voie afin de réaliser les objectifs nationaux en matière de développement durable, en particulier l'ODD 1 (éliminer la pauvreté) et l'ODD 2 (éliminer la faim).

La Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique

Organisée en ligne par le Gouvernement zimbabwéen et en collaboration avec la FAO, la Conférence réunit plus de 95 ministres et représentants des gouvernements de 48 pays ainsi que des représentants des pays observateurs, des donateurs, de la société civile et du secteur privé.

Photo: ©FAO
Certains intervenants de la session ministérielle portant sur l’Initiative Main dans la main.