Le Directeur général souligne le caractère indispensable de l'eau au Proche Orient

Lors de la première Conférence internationale sur l’eau de Bagdad, la FAO souligne l'importance de mettre en place des politiques d'attribution durables

13 mars 2021, Bagdad/Rome - Les meilleurs moyens de faire face à la pénurie d'eau en Iraq et dans les pays voisins, qui étaient déjà des berceaux de civilisations agricoles il y a 5000 ans, sont la gouvernance, l'innovation et le renforcement des capacités, a déclaré aujourd'hui le Directeur général de la FAO, M. QU Dongyu.

«Une bonne gouvernance de l'eau repose sur la transparence, la participation active de diverses parties prenantes et la mise en place de solides mécanismes de responsabilisation», a-t-il rappelé.

Le Directeur général s'est exprimé lors de la première Conférence internationale sur l'eau de Bagdad , organisée pour promouvoir le partage des connaissances et les débats de haut niveau sur les moyens de relever les défis posés par la pénurie d'eau, notamment dans la région.

Les ressources renouvelables d'eau douce par habitant de la région Proche-Orient et Afrique du Nord sont inférieures à 10 pour cent de la moyenne mondiale, et une personne sur cinq vit dans des zones agricoles où l'eau est très rare et les pénuries d'eau particulièrement graves, selon le rapport de la FAO: La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2020.

Rappelant que la transformation des systèmes agroalimentaires est au cœur des activités de la FAO dont le mandat est de garantir à la population mondiale en pleine expansion une alimentation plus sûre, plus abordable et plus saine, le Directeur général a déclaré: «L'eau est l'essence de la vie et l'élément central des systèmes agroalimentaires» et a ajouté qu'il espérait se rendre en Irak dès que les conditions le permettraient.

La session d'ouverture de cette manifestation de haut niveau d'une durée de deux jours avait également pour participants: le Premier ministre irakien, M. Mustafa al-Khadimi, représenté par le Ministre du Plan, le Prince El Hassan Bin Talal du Royaume hachémite de Jordanie, le Ministre irakien des ressources hydrauliques, la Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des Nations Unies, Mme Irena Vojackova-Sollorano, ainsi que les envoyés spéciaux pour l'eau de la Turquie et des Pays-Bas, l'Ambassadeur des États-Unis d'Amérique en Irak, le responsable régional de la Direction du développement et de la coopération suisse et le Chef du Comité parlementaire irakien pour l'agriculture, l'eau et les zones humides.

Les autres participants, assistant à la conférence soit en personne soit à distance, étaient notamment les ministres chargés des ressources en eau de divers pays membres de la Ligue des États arabes, des diplomates, et des représentants d'organisations régionales et internationales concernées par les ressources en eau, ainsi que des représentants du secteur privé. Outre l'accent placé par la FAO sur l'importance que revêt l'adoption de méthodes de responsabilisation solides et durables permettant de rendre compte de l'utilisation de l'eau, les recherches présentées au cours de la conférence et les débats qui ont été menés ont porté sur les thèmes suivants: les possibilités de coopération régionale et internationale sur la lutte contre les pénuries d'eau, notamment la collaboration pour la gestion des bassins de l'Euphrate et du Tigre, les moyens de protéger les infrastructures hydrauliques des groupes terroristes et des catastrophes naturelles, les effets négatifs du changement climatique, les perspectives ouvertes par les technologies modernes, l'emploi des systèmes d'information géographique pour la gestion et le contrôle des barrages, le recyclage de l'eau de drainage et les nouvelles formes de stockage de l'eau souterraine à l'appui de l'irrigation, comme le système mis au point dans la ville de Karbala.

Reconnaître l'eau à sa juste valeur

Pendant la conférence, des fonctionnaires techniques et régionaux de la FAO ont animé une séance technique de deux heures, consacrée aux éléments à réunir pour assurer une planification stratégique de l'allocation des ressources en eau, de nature à favoriser une économie viable, une société équitable et des écosystèmes résilients.

Faisant observer que l'agriculture utilise davantage d'eau par unité de surface, et ce avec les rendements économiques les moins intéressants par rapport à d'autres activités ou secteurs, les représentants de la FAO ont souligné que l'existence de systèmes solides et fiables permettant de rendre compte de l'utilisation de l'eau constitue une condition préalable essentielle si les pays veulent formuler des politiques qui soient fondées sur des éléments concrets et soient rationnelles sur le plan quantitatif, pour régir l'allocation de l'eau, organiser sa répartition et en garantir l'accessibilité.

Dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord, de nombreux pays ont continué à allouer autant d'eau, voire même davantage, à l'agriculture, essentiellement en raison des politiques d'autosuffisance alimentaire encore renforcées par la crise des prix des denrées alimentaires de 2008 et de 2009 et les inquiétudes concernant le risque que les tendances géopolitiques et le changement climatique remettent en cause l'existence d'un marché alimentaire mondial ouvert et contribuent à faire flamber démesurément les cours des produits alimentaires.

Cependant, si l'eau est considérée comme un bien fondamentalement gratuit, et est donc sous-évaluée, les exploitants agricoles et les décideurs risquent de ne pas contribuer au mieux à la sécurité et à l'autosuffisance alimentaires. Le fait de considérer l'eau comme une marchandise ayant une valeur commerciale pourrait permettre de changer la donne, a fait observer le Directeur général de la FAO.

Une comptabilité approfondie des ressources en eau fait apparaître que l'utilisation de l'eau à des fins agricoles se traduit par d'autres types de rendements, à savoir, sociaux, politiques et économiques, avec des avantages nets comme l'amélioration de la sécurité alimentaire, le développement rural, la création d'emplois, la protection de la biodiversité, la stabilité sociale et la conservation des patrimoines culturels.

L'un des projets performants relatifs à la gestion de l'eau que la FAO appuie dans la région est le centre avancé d'aquaculture dans le désert, des Émirats arabes unis. Sur un plan plus général, la FAO a lancé une initiative sur la pénurie d'eau au Proche-Orient et en Afrique du Nord pour promouvoir la collaboration régionale. Le Directeur général a également mentionné certains biens publics mondiaux comme le portail de données en libre accès de la FAO sur la productivité de l'eau, WaPOR portal, qui s'appuie sur l'emploi de télécapteurs pour surveiller la productivité de l'eau, et la Plateforme de données géospatiales de l'Initiative Main dans la main ainsi que d'autres services. Les technologies, notamment numériques, offrant de nouvelles solutions, il faut que les pays de la région veillent à ce que leurs citoyens sachent les utiliser et M. Qu a souligné qu'un projet de renforcement des capacités exhaustif et bien coordonné devait être mis en place pour préparer les futures générations au monde numérique. Il a ajouté qu'il fallait absolument remédier à l'insuffisance des connaissances, notamment en Irak, où le conflit avait perturbé le système éducatif et la formation pendant de nombreuses années.

La FAO en Iraq

Comme la plupart des pays de la région, l’Iraq pâtit d’une grave pénurie d’eau à laquelle on pourrait remédier efficacement en améliorant la coopération sur les eaux transfrontalières de l’Euphrate et du Tigre.

La FAO a été l'organisation chef de file de la composante de reconstruction de l'agriculture et des systèmes hydrauliques du programme des Nations Unies en Iraq pour le redressement et le renforcement de la résilience au lendemain du conflit et a aussi réalisé une étude approfondie du secteur agricole dans le nord du pays, la région du Kurdistan irakien, où l'Organisation a ouvert un bureau et où elle fournit aux services vétérinaires un soutien axé sur la surveillance des maladies transfrontières et des zoonoses.

Les nouvelles initiatives menées par la FAO dans le pays portent notamment sur l'apport d'une assistance aux populations urbaines vulnérables de Bassora - centre d'une crise de l'eau en 2018, l'appui des systèmes agroalimentaires résilients dans le sud de l'Iraq - une zone d'agriculture traditionnelle depuis des milliers d'années qui est menacée d'asséchement.

La FAO mène également des actions de remise en état des puits et fournit des unités de pompage à énergie solaire afin de réparer le système d'irrigation d'al Jazira nord, dans les zones libérées du nord du pays.

Pendant la séance technique, la FAO a préconisé une meilleure coopération à tous les niveaux concernant l'utilisation de l'eau; l'allocation de l'eau en fonction des retombées présentes et futures du point de vue de la stabilité sociale, de la durabilité économique et de la protection de l'environnement; et des approches de gestion favorisant la prise en compte des coûts et des avantages environnementaux.

En ce qui concerne les gouvernements, la coordination interministérielle est particulièrement importante si l'on veut améliorer la compréhension des retombées potentielles entre secteurs et la politique de développement global du pays.

Photo: ©FAO
QU Dongyu, Directeur général de la FAO (en haut, à droite) et des autres participants de la première conférence internationale sur l’eau à Baghdad.