Selon la FAO et le PNUE, l’aggravation de la pollution des sols menace l’avenir de la production alimentaire et des écosystème

Un rapport des deux organisations montre que la pollution des sols est l’un des principaux obstacles entravant la restauration des écosystèmes

4 juin 2021, Rome - Un rapport conjoint publié aujourd'hui par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme des Nations Unies pour l'environnement révèle que l'aggravation de la pollution des sols et la prolifération des déchets menacent l'avenir de la production alimentaire mondiale, la santé humaine et l'environnement et appellent une réponse urgente au niveau mondial.

Le rapport intitulé Global Assessment of Soil Pollution (évaluation mondiale de la pollution des sols) a été présenté par le Directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu, et la Directrice exécutive du PNUE, Mme Inger Andersen, lors d'une manifestation en ligne organisée dans le cadre des célébrations pour la Journée mondiale de l'environnement (le 5 juin) et de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes.

La pollution des sols ne connaît aucune frontière et met en péril les aliments que nous mangeons, l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. Il ressort du rapport conjoint que la dégradation généralisée de l'environnement causée par la pollution des sols, due aux demandes croissantes des systèmes agroalimentaires et industriels et à la croissance démographique, s'aggrave et constitue l'un des plus grands obstacles, dans le monde, à la restauration des écosystèmes.

Les principales sources de pollution recensées sont les activités industrielles et extractives, la mauvaise gestion des déchets urbains et industriels, l'extraction et la transformation de combustibles fossiles et les pratiques non durables dans l'agriculture et le transport.

M. Qu Dongyu a souligné combien on avait besoin d'une réponse coordonnée pour lutter contre la pollution des sols et améliorer leur santé afin d'atteindre les objectifs de développement durable des Nations Unies.

«Il est essentiel de protéger les sols pour assurer l'avenir de nos systèmes agroalimentaires, restaurer les écosystèmes et préserver toutes les vies su terre», a dit M. Qu.

«Notre société veut des aliments plus nutritifs et plus sûrs, exempts de contaminants et de pathogènes», a-t-il ajouté. Cette aspiration se traduit dans notre travail visant à la transformation des systèmes agroalimentaires de sorte à apporter des améliorations en matière de production, de nutrition, d'environnement et de conditions de vie, en ne laissant personne de côté.»

La Directrice exécutive du PNUE, Mme Inger Andersen, a évoqué la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes, menée conjointement par le PNUE et la FAO, qu'elle considère comme une occasion de faire changer les choses. Elle a également appelé à une application plus stricte des conventions mondiales sur l'environnement, à une surveillance à long terme pour mettre fin à la pollution industrielle et à l'adoption de pratiques durables dans l'agriculture qui favorisent l'utilisation de pesticides respectueux de l'environnement.

M. David Choquehuanca, Vice-Président de l'État plurinational de Bolivie, a affirmé que la terre était au bord de l'effondrement parce que les êtres humains avaient pillé la nature. Il a exhorté les citoyens du monde entier à repenser leur relation avec la terre afin de rétablir l'équilibre et de protéger la planète pour les générations futures.

La santé des sols est fondamentale pour la santé de la planète

Il ressort de l'évaluation mondiale que la pollution des sols a de graves conséquences pour les systèmes agroalimentaires et la santé humaine en raison de ses répercussions à long terme sur l'environnement.

Voici quelques-unes des constatations présentées dans le rapport:

  • L'utilisation de pesticides a augmenté de 75 pour cent entre 2000 et 2017, et quelque 109 millions de tonnes d'engrais de synthèse azotés ont été appliquées dans le monde en 2018.
  • L'agriculture consomme beaucoup plus de plastique depuis quelques décennies; dans l'Union européenne, le secteur a consommé, en 2019, 708 000 tonnes de plastique (hors emballages).
  • La production annuelle mondiale de produits chimiques industriels a doublé depuis le début du XXIe siècle, pour atteindre environ 2,3 milliards de tonnes, et devrait augmenter de 85 pour cent d'ici à 2030.
  • La production de déchets est également en hausse. Le monde produit actuellement 2 milliards de tonnes de déchets par an et ce chiffre devrait passer à 3,4 milliards de tonnes d'ici à 2050 du fait de la croissance démographique et de l'urbanisation.

Il est urgent d'agir pour ralentir la tendance

Selon l'évaluation de la FAO et du PNUE, la pollution des sols et de l'environnement continuera de s'aggraver à moins d'un changement des modes de production et de consommation et d'un engagement politique plus fort en faveur de la gestion durable et du respect total de la nature. La pandémie de covid-19 a également accentué la pression sur l'environnement en intensifiant le rejet de déchets.

Les auteurs du rapport indiquent qu'il faut mener des recherches plus approfondies pour déterminer l'ampleur de la pollution des sols et soulignent que la prolifération des contaminants organiques et autres tels que les produits pharmaceutiques, les agents antimicrobiens (qui entraînent l'apparition de bactéries plus résistantes), les produits chimiques industriels et les résidus de plastique est de plus en plus préoccupante.

Il ressort de l'évaluation mondiale que l'assainissement des sols pollués est une opération complexe et coûteuse, et qu'il faut agir préventivement pour éviter que la situation ne s'aggrave. Les auteurs du rapport appellent à la création d'un système mondial d'information et de surveillance sur la pollution des sols, à la mise en place de cadres juridiques plus solides pour la prévention de la pollution des sols et l'assainissement des sols pollués et au lancement d'initiatives visant à favoriser la coopération technique et le renforcement des capacités. Le Partenariat mondial sur les sols de la FAO et le PNUE travailleront ensemble à la mise en œuvre des recommandations tirées du rapport. Cette évaluation est non seulement essentielle au succès de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes mais contribuera aussi au succès du Cadre mondial de la biodiversité pour l'après-2020, des conférences à venir des Nations Unies sur le changement climatique, la biodiversité et la désertification, du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires et de l'approche Une seule santé.

Photo: ©FAO/Aamir Qureshi
De la fumée s'élève des usines de fours à céramique non loin des champs de blé dans la province du Punjab, au Pakistan.