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Le manioc, une sécurité alimentaire d’avenir

De nouvelles variétés à haut rendement pour contrer les crises alimentaires récurrentes en Afrique

Photo: ©FAO/Sia Kambou
Des experts tchadiens inspectent des variétés de manioc dans la ferme expérimentale de Déli, au Tchad

27 Avril 2012, Ndjamena/Rome -- A nouveau, le Sahel fait face à une crise alimentaire et nutritionnelle, qui menace 16 millions de personnes. Au Tchad, où l’on enregistre une baisse de production de 50 pour cent , la FAO développe la culture de manioc pour garantir l’accès à une alimentation de base suffisante et de bonne qualité.

Le manioc est une denrée alternative aux déficits alimentaires de plus en plus récurrents dans la région du Sahel, notamment lors de la période de soudure, et qui représente une source de diversification des revenus pour des petits exploitants agricoles.

Dans le village tchadien de Kaga, dans le Logone Occidental, à 300 km au sud de Ndjamena, la FAO appuie la gestion intégrée du manioc et encadre les groupements paysans dans le cadre participatif du Champs-Ecole paysans (CEP).


«Nous avons appris à tout utiliser dans le manioc: les tubercules crues, bouillies, pilées ou séchées, les tiges pour le sel alimentaire, le feu de bois ou les boutures, et puis les feuilles très riches en fer », rapporte Mariama, mère de famille nombreuse.


Mariama est au four et au moulin depuis que le manioc est entré dans les habitudes alimentaires de sa famille, il y a moins d’un an. Le manioc ne compte encore que pour 30% dans la consommation des tchadiens du Sud et 10% dans la zone Nord. En y ajoutant les légumes cultivés dans les bas-fonds, il participe à une alimentation familiale équilibrée.


«La tubercule nous inspire des recettes culinaires variées à base de gari, de cosettes, de tapioca pour petits et les grands, ou conservé en farine, en poudre d’amidon ou en boules séchées pour les mois les plus durs».


Les groupements reçoivent une formation sur la transformation, ainsi que des équipements adéquats, tels que la rappeuse, la presse, ou le broyeur.


D’Ibadan à Déli : le chemin de la recherche


Dans le cadre du développement des plantes à racines et tubercules, plus de cent variétés améliorées du manioc en provenance de l’Institut international d'agriculture tropicale (IITA) d’Ibadan au Nigeria ont été testées à la ferme expérimentale de Déli à Moundou, au sud de Ndjamena, sous la direction de l’Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD).


« Aujourd’hui, des six variétés les plus performantes, deux sont plus cultivées et plus appréciées par hommes et femmes, au point qu’ils leur ont donné des noms, Tessem «qui me sort de la faim » et Renda «venu à point nommé !», fait remarquer Issac Mbaihornom, chef de la ferme de Déli. Elles sont résistantes à la maladie de la mosaïque, à la sécheresse et de haute productivité.


Selon Toyoum Nguenaye, coordonnateur national de la FAO, les rendements de ces variétés varient entre 30 et 40 tonnes à l’hectare contre de 10 à 15 tonnes à l’hectare les variétés traditionnelles.


Il ajoute que la vente de la tubercule et ses produits dérivés entrent pour une proportion non négligeable dans les sources de revenus des petits exploitants.
 
« Au marché, le sac de manioc qui se vend à 30.000 F CFA contre 12-15.000 F CFA en 2008 alors que celui du maïs ou du mil est à ce jour à 26.000 F CFA contre 12 à 15 000 en 2008 », ajoute-t-il.


Ce n’est pas un hasard si la FAO travaille avec les associations paysannes de petits exploitants agricoles. Cela fait partie intégrante de son approche dans toutes ses activités au Tchad.

« Nous mettons un point d’honneur à compléter toutes les autres initiatives bilatérales, multilatérales ou gouvernementales en cours d’exécution ou prévues dans le cadre du Programme national pour la sécurité alimentaire (PNSA) au Tchad », déclare le représentant de la FAO à N’Djamena, Germain Dasylva.


Une culture de résultats


Dans bon nombre de pays africains, le manioc présente des avantages nutritionnels et marchands pour les ménages ruraux qui le cultivent. Mais cela necessite des efforts.


Le Coordonnateur du Bureau sous-régional de la FAO à Libreville, M. Lamourdia Thiombiano souligne les défis. « Il faut renforcer les capacités des producteurs en techniques de multiplication des boutures saines et de production de tubercules de qualité dans un cadre d’entraide communautaire».


La culture de manioc se place , par des initiatives nationales et sous-régionales ciblées, aux centre des priorités régionales de la FAO, selon Maria-Helena Semedo, Directrice générale-Adjointe de la FAO pour l’Afrique, à Accra, au Ghana.


« Accroître la productivité agricole et la diversification, promouvoir la gestion durable des ressources naturelles ainsi que soutenir l'accès au marché et les mesures sanitaires pour améliorer le commerce font partie de ces priorités », affirme-t-elle.