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En route pour Rio: Améliorer l’utilisation de l’énergie, un enjeu majeur pour les systèmes alimentaires mondiaux

La FAO préconise des systèmes alimentaires « énergétiquement intelligents » à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable

Photo: ©FAO/Johan Spanner
Tracteurs en Arménie. Le travail du sol est le plus gros consommateur d’énergie de tout le cycle agricole.
14 juin 2012 - La forte dépendance de l'agriculture à l'égard des combustibles fossiles nuit à la capacité du secteur de nourrir le monde, perpétuant la pauvreté et compromettant la création d'une économie mondiale plus durable, a indiqué la FAO aujourd'hui.

La mise en garde tombe alors que l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture publie une étude sur la production vivrière et l'utilisation d'aliments "énergétiquement intelligents" avant la prochaine Conférence Rio+20 sur le développement durable, qui se penchera sur les enjeux énergétiques mondiaux.

Tous les systèmes de production alimentaire du monde confondus - des  fermes où est cultivée la nourriture au bout de la chaîne de transformation et de commercialisation - consomment 30 pour cent de toute l'énergie disponible, selon l'étude de la FAO.

L'énergie est consommée pour l'essentiel -- 70 pour cent -une fois que la récolte a quitté la ferme, c'est-à-dire durant les phases de transport, transformation, conditionnement, expédition, stockage, commercialisation et préparation.

Une grande part de l'énergie utilisée tout au long de la filière alimentaire (environ 40 pour cent) est tout simplement gaspillée, soit un tiers de toute la nourriture  mondiale par an, à savoir quelque 1,3 milliard de tonnes.

Pendant ce temps, près de 3 milliards de personnes ont un accès limité aux services énergétiques modernes pour le chauffage et la cuisine, et 1,4 milliard n'ont qu'un accès limité, voire pas d'accès du tout, à l'électricité, dit le rapport de la FAO.

"La hausse des coûts du pétrole et du gaz naturel, l'insécurité liée aux réserves limitées de ces ressources non renouvelables et le consensus mondial sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre pourraient entraver les efforts d'accroissement de la production vivrière pour répondre à la demande, si la chaîne agroalimentaire n'est pas dissociée des combustibles fossiles".

Le rapport fait également remarquer que faute d'un accès à l'électricité et aux sources énergétiques durables, les communautés n'ont guère de possibilités d'atteindre la sécurité alimentaire et de se procurer des moyens d'existence productifs sûrs pouvant les aider à sortir de la pauvreté".

Lien étroit entre aliments et énergie

"Pour nourrir la planète, les systèmes de production vivrière ont besoin d'énergie. Parallèlement, la production vivrière ne se limite pas à consommer l'énergie, elle la gaspille. Or, il existe de nombreux moyens d'améliorer l'efficience énergétique dans la chaîne alimentaire et de produire de l'énergie durable dans le secteur agricole. Ces opportunités doivent être analysées, et j'espère les voir en tête des priorités des débats qui se dérouleront à Rio+20", a déclaré le Directeur général de la FAO José Graziano da Silva.

Au prochain Sommet de Rio sur le développement durable, les gouvernements devraient préconiser le renforcement de l'initiative des Nations Unies « Énergie durable pour tous », qui vise à garantir un accès universel aux services énergétiques de base, à améliorer l'efficience énergétique, à doubler la part d'énergie renouvelable dans l'énergie mondiale, et à promouvoir un développement sobre en carbone.

Nouveau paradigme pour l'utilisation d'énergie dans l'agriculture

"Les sources d'énergie bon marché se raréfient et la volatilité des marchés énergétiques s'accentue", affirme Alexander Müller, Sous-Directeur général de la FAO pour les ressources naturelles et l'environnement.
"Il faudra accroître la production vivrière de 60 pour cent d'ici 2050 pour nourrir une population mondiale grandissante, mais ce but sera impossible à atteindre en recourant aux combustibles fossiles, comme nous l'avons fait durant la Révolution Verte", ajoute M. Müller. "Il faut une approche totalement différente".

Production alimentaire éco-énergétique

Selon la FAO, le modèle « éco-énergie » pour la production vivrière consiste à:

Accroître l'efficacité de l'utilisation énergétique directe et indirecte dans les systèmes agroalimentaires, sans perdre en productivité
Utiliser davantage d'énergie renouvelable en alternative aux combustibles fossiles dans la chaîne agroalimentaire
Améliorer l'accès aux services énergétiques, en particulier l'énergie renouvelable, si l'on veut que les ménages pauvres stimulent le développement économique par une production vivrière et énergétique mieux intégrée.

A chaque étape de la chaîne d'approvisionnement alimentaire, des pratiques peuvent être adaptées pour devenir moins gourmandes en énergie, selon le document de la FAO.

Le travail du sol pour la préparation des terres est l'opération la plus énergivore de tout le cycle de culture- agriculture de conservation, labours zéro et d'autres techniques d'intensification durable peuvent réduire la quantité d'énergie utilisée dans les exploitations.
              
D'autres mesures sont notamment: des moteurs plus économes en carburant, moins d'engrais non organiques et moins de pesticides grâce au recours à des techniques de lutte intégrée contre les ravageurs et les adventices, et à des variétés culturales et des races animales requérant moins d'intrants.

Un autre domaine d'action consiste à affronter les pertes d'eau et autres inefficacités des systèmes d'irrigation, qui abaissent l'efficience énergétique globale de l'agriculture et font grimper les coûts de production.

Enfin, divers exemples montrent que l'utilisation des énergies renouvelables (solaire, éolienne, mini -hydraulique et bioénergie) dans les systèmes agricoles et les villages améliore l'agriculture et les moyens d'existence ruraux.  

 Efficience énergétique après récolte

Vu que la plupart des pertes d'énergie le long de la chaîne alimentaire surviennent après la récolte, l'amélioration des transports et des infrastructures, une meilleure isolation des installations de stockage, la réduction des emballages et des gaspillages alimentaires, et des appareils de cuisson plus efficaces permettraient de réduire la consommation d'énergie.

Les systèmes agroalimentaires peuvent également produire beaucoup d'énergie. Les résidus de la biomasse issus de la production et transformation des produits alimentaires et forestiers, et d'autres énergies renouvelables (éolienne, solaire, mini-hydraulique et géothermique) peuvent être exploitées dans les systèmes alimentaires « énergétiquement intelligents ». Jusqu'à présent, les efforts visant à utiliser les déchets animaux et autres sous-produits organiques pour produire de l'énergie se sont concentrés sur les fermes, mais ils pourraient être appliqués aussi aux installations de transformation des aliments. Toutefois, les risques et avantages liés à la production d'énergie le long de la chaîne agroalimentaire doivent être évalués avec soin.

Nouveau partenariat

Pour contribuer à faire avancer ce modèle, la FAO a lancé un Programme « Energy-Smart Food for People and Climate » (ESF). Il s'agit d'une initiative multipartenaires qui vise à aider les Etats membres à se convertir à des systèmes agroalimentaires utilisant judicieusement l'énergie.

Le programme s'articule autour de trois domaines thématiques: efficacité énergétique, diversification de l'énergie par les énergies renouvelables et amélioration de l'accès à l'énergie et de la sécurité alimentaire par une production intégrée aliments-énergie.