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Plus de mystère autour des chauves-souris

Un manuel de la FAO aide à mieux comprendre leur rôle

Photo: ©Merlin D. Tuttle, Bat Conservation International
L’agriculture a facilité une plus grande interaction entre les chauves-souris, le bétail et les hommes
24 août 2012, Rome - Peu d'animaux ont souffert de la publicité négative autant que la chauve-souris. Cet unique mammifère ailé est fréquemment représenté dans le folklore et les films comme destructeur, insalubre et peu attrayant.

Les préoccupations croissantes quant au potentiel de la chauve-souris à propager des maladies à d'autres animaux et à l'homme ont contribué à la suspicion que suscite souvent ce mammifère volant. Un manuel que vient de publier la FAO vise à aider les pays à réduire au minimum les risques pour la santé publique que pourraient présenter les chauves-souris, tout en soulignant leur rôle vital pour l'agriculture et l'environnement.

Le manuel, «Enquête sur le rôle des chauves-souris dans les zoonoses émergentes: équilibre entre écologie, conservation et préservation de la santé publique», est une référence en la matière (histoire, biologie, dépistage, suivi, traitement des maladies, ...). Cet ouvrage revêt une importance particulière depuis que, pour diverses raisons, les maladies transmises par les chauves-souris semblent être à la hausse.

L'expansion agricole et l'exploitation des ressources naturelles empiètent sur l'habitat des chauves-souris, ce qui conduit à l'augmentation des interactions entre les chauves-souris, les animaux et les gens. La compréhension des changements qui affectent ces populations est essentielle pour répondre aux risques et limiter les échanges de virus entre les espèces.

La nouvelle publication de la FAO est conçue pour être utilisée par des épidémiologistes, des responsables de la faune, des agriculteurs, des vétérinaires du bétail, des zoologistes, et différents autres professionnels qui voudraient s'intéresser aux chauves-souris. Écrit par des vétérinaires, des biologistes de la faune, des virologistes et des spécialistes des maladies, le manuel comprend des techniques de terrain pour l'étude des chauves-souris et des agents infectieux qui ne provoquent pas de maladies chez les chauves-souris, mais qui peuvent entraîner des maladies chez d'autres animaux ou chez l'homme.

Des alliés naturels

 « Les chauves-souris sont des alliés naturels de l'environnement. Elles pollinisent les plantes, propagent les graines et certaines espèces peuvent dévorer environ 25 pour cent de leur poids en insectes. Ces avantages l'emportent largement sur leur potentiel de transmission de maladies. Pourtant, on ne doit pas ignorer le fait que le développement, la démographie et la consommation des ressources naturelles rapprochent de plus en plus les personnes, le bétail et les chauves-souris et les mettent plus souvent en contact les uns avec les autres. Cela augmente le risque de transmission par les chauves-souris d'agents pathogènes potentiels et de maladies associées à d'autres animaux ou à l'homme », indique M. Scott Newman, vétérinaire épidémiologiste de la faune à la FAO et co-auteur du manuel.

Aux Philippines, la pollinisation par les chauves-souris est cruciale pour la préservation des écosystèmes, notamment la réserve forestière du bassin versant de Subic Bay. Les ministères chargés de la santé, de l'agriculture et de la faune ont travaillé ensemble pour protéger les habitats des chauves-souris tout en surveillant leurs déplacements pour protéger les suidés et les humains des risques de propagation de maladies.

Transmission de maladies

En Malaisie et au Bangladesh, des chauves-souris frugivores sont responsables de la transmission du virus Nipah, une maladie jusque-là inconnue, contagieuse et mortelle qui a été observée chez les porcs et les humains dans les années 1990. Des études ont montré que les porcs ont été infectés directement par les chauves-souris en Malaisie, tandis qu'au Bangladesh, l'homme a contracté le virus principalement par l'ingestion de sève de palmiers-dattiers contaminés par les déjections de chauves-souris.

En Amérique latine, une variante de la rage de la chauve-souris vampire provoque un nombre important de décès humains chaque année. En Asie du Sud-Est et en Afrique, des études sont actuellement menées sur les chauves-souris pour évaluer le rôle qu'elles jouent dans les foyers d'Ebola.

Les chauves-souris frugivores de l'ordre des Pteropodidae sont les réservoirs animaux du virus Ebola qui peut causer une maladie hémorragique mortelle chez les humains et d'autres mammifères. Les épidémies d'Ebola dans les populations humaines sont relativement rares, mais lorsqu'elles se produisent les taux de mortalité peuvent atteindre jusqu'à 90 pour cent.

« Il est important de réaliser que, bien que les chauves-souris puissent présenter un risque pour la santé humaine, dans la plupart des cas, l'exposition aux maladies des chauves-souris est généralement le résultat de l'activité humaine. Cela signifie que nous pouvons étudier les chauves-souris et apprendre des façons plus saines de partager nos fermes, nos forêts et nos communautés avec elles », ajoute M. Newman.
« Le nouveau manuel aide les pays dans leurs efforts visant à l'amélioration de la gestion des habitats naturels des chauves-souris tout en préservant  la santé des êtres humains, du bétail et des espèces sauvages. »

Protéger la santé de tous

Le nouveau manuel de la FAO se penche sur ces questions dans le cadre d'une approche « Une seule santé ». Il s'agit d'un cadre qui traite des maladies zoonotiques d'un point de vue multidisciplinaire pour comprendre et surveiller les connexions entre différentes espèces et habitats agro-écologiques, dans le but de protéger la santé de tous.

« La FAO a commencé à utiliser le manuel pour les besoins de la formation, en harmonie avec l'approche « Une seule santé », en particulier dans le Programme de formation en épidémiologie pour les vétérinaires. Nous prévoyons de distribuer ce manuel à nos pays membres en Eurasie, en Afrique et dans les Amériques », révèle M. Newman.

Le nouveau manuel sera également utilisé dans les projets de surveillance des maladies régionaux encours d'exécution par la FAO et ses partenaires en Thaïlande, aux Philippines et au Viet Nam. Les projets doivent examiner notamment comment l'interface entre la faune sauvage, le bétail et les humains peut influer sur la propagation des virus Henipah, Lyssa et Corona - tous pathogènes pouvant entraîner la maladie et la mort chez les animaux d'élevage et l'homme.

«Enquête sur le rôle des chauves-souris dans les zoonoses émergentes: équilibre entre écologie, conservation et préservation de la santé publique» a été réalisé, en partie, grâce au soutien financier du gouvernement de l'Australie, APHCA, et l'appui technique et en nature de différents partenaires.