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Les cultures sous-utilisées sont essentielles pour relever les défis agricoles et alimentaires du futur, souligne M. Graziano da Silva

"Ne permettons pas que se perdent la richesse de l’identité et de la culture alimentaires, ni la sagesse de nos ancêtres"

Photo: ©FAO/Alessia Pierdomenico
Pour José Graziano da Silva, il faut "apprendre de nos ancêtres afin que notre avenir ait plus de diversité"
10 décembre 2012, Cordoue - «La revalorisation des cultures sous-utilisées est d'une grande importance pour que nos sociétés puissent relever les défis agricoles et alimentaires des décennies à venir», a déclaré aujourd'hui M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO, lors de l'inauguration du séminaire international Cultures du passé et nouvelles cultures pour affronter les défis du XXI siècle, séminaire qui se tient jusqu'à jeudi prochain à Cordoue, en Espagne.

Le Directeur général a rappelé que la FAO estime qu'environ sept mille espèces de plantes ont été cultivées ou consommées comme aliments tout au long de l'histoire de l'humanité. A l'heure actuelle, bon nombre de ces espèces sont en train de disparaître emportant avec elles leur diversité génétique. A ce propos M. Graziano da Silva a averti: «Si nous perdons ces ressources uniques et irremplaçables, il nous sera bien plus difficile de nous adapter au changement climatique et d'assurer une alimentation saine et diversifiée pour tous.»

M. Graziano da Silva a fait observer que l'humanité est confrontée à un défi de taille. «Actuellement, environ 870 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde alors que la terre produit assez de nourriture pour tous. La mondialisation a généré une abondance de nourriture dans certaines parties du monde, mais elle n'a pas réussi à mettre fin à la pénurie chronique qui touche plusieurs régions de la planète».

Et M. Graziano da Silva d'ajouter qu'en plus, cette mondialisation «en créant une certaine homogénéité des produits a entraîné la perte de la richesse de différentes cultures culinaires et de la biodiversité agricole». Selon la FAO, quatre cultures seulement  - le riz, le maïs, le blé et la pomme de terre - constituent aujourd'hui la base alimentaire de l'écrasante majorité des humains.

«Notre dépendance à l'égard d'un petit nombre de cultures a des conséquences négatives à la fois sur les écosystèmes, la diversité de nos aliments et notre santé. La monotonie alimentaire accroît le risque de carence en micronutriments», a souligné M. Graziano da Silva à l'ouverture du séminaire de Cordoue.

L'agriculture durable

Pour relever les défis associés à ces phénomènes, le Directeur général a appelé à un examen approfondi des méthodes de production et de consommation et mentionné l'intensification durable de la production agricole que promeut la FAO. Comme le résume l'expression Produire plus avec moins, l'intensification durable est une agriculture qui préserve et améliore les ressources naturelles.

M. Graziano da Silva a, d'autre part, souligné que les espèces oubliées et sous-utilisées «jouent un rôle crucial dans la lutte contre la faim et représentent une ressource essentielle pour le développement agricole et rural». Il a plaidé en faveur de l'intensification de la recherche scientifique pour améliorer les cultures sous-utilisées. «Mais les résultats de la recherche ne parviennent pas toujours aux petits producteurs. Il est important d'apporter notre soutien à l'agriculture familiale pour augmenter la productivité, contribuer à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et améliorer les moyens de subsistance, tout en conservant la biodiversité dans les champs et nos assiettes et en protégeant notre terre.»

Toujours au cours de son intervention, le Directeur général  de la FAO a également souligné l'importance d'un régime alimentaire durable, mentionnant à cet égard la façon dont la nourriture est produite et consommée.

L'obésité, mal du siècle

«A l'heure où quelque 870 millions de personnes souffrent de la faim, un nombre encore plus important d'individus sont en surpoids ou obèses, et alors que l'accès inadéquat à la nourriture est cause de souffrance dans les pays pauvres, tous les ans les consommateurs dans les pays industrialisés jettent à la poubelle 220 millions de tonnes de nourriture, soit l'équivalent de la production de l'Afrique subsaharienne», a déploré M. Graziano da Silva.

Le séminaire qui s'est ouvert aujourd'hui à Cordoue s'insère dans le cadre des célébrations de l'Année internationale du quinoa; et, dans ce contexte, se tiendra demain une session extraordinaire consacrée à ce type de céréales et qui permettra de passer en revue l'histoire agricole, culturelle et politique de ce «super-aliment andin», son rôle dans l'alimentation des petits agriculteurs et son potentiel commercial et d'exportation.

A cet égard, M. Graziano da Silva a mentionné un avenir «semé il y a des milliers d'années» expliquant que le quinoa, cultivé par les peuples andins d'Amérique du Sud, «est l'unique céréale qui contient tous les acides aminés nécessaires à l'être humain et s'adapte bien à toutes les altitudes depuis le niveau de la mer jusqu'aux Andes». En conséquence, il possède un grand potentiel pour contribuer à la sécurité alimentaire mondiale du fait de sa haute valeur nutritive et sa capacité d'adaptation aux différentes conditions climatiques et géographiques.

L'espoir persiste

En bref, le séminaire de Cordoue tend à démontrer qu'en ce qui concerne de nombreuses espèces sous-utilisées tout espoir n'est pas perdu, d'autant plus qu'elles représentent la base des systèmes alimentaires locaux dans de nombreuses régions du monde. De plus, ces cultures s'adaptent bien en général à des conditions agro-écologiques spécifiques tout en contribuant aux moyens de subsistance des communautés qui les cultivent. «Pendant des milliers d'années, les pays ont développé des cultures en harmonie avec l'écosystème et en utilisant la nature environnante. L'alimentation fait également partie de notre culture et de notre identité», a souligné M. Graziano da Silva avant de citer en exemple le Mexique, où les Mayas se nomment eux-mêmes Les hommes du maïs.

«Ne permettons pas que se perdent la richesse de l'identité et de la culture alimentaires, ni la sagesse de nos ancêtres. Bien au contraire, apprenons d'eux afin que notre avenir ait plus de diversité», a conclu le Directeur général de la FAO.