
A défaut d'investissements suffisants, on risque de perdre la bataille contre la faim
4 mai 2009, Paris/Rome – Pour relancer la lutte contre la faim dans le monde et écarter le spectre d’une déconfiture qui aggraverait le sort des pauvres et des affamés, une rencontre à haut niveau organisée conjointement par la FAO et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’ouvre demain à Paris en présence de responsables et d’experts des deux organisations.
Pendant deux jours, les discussions doivent porter sur une stratégie d’investissements à long terme pour assurer la sécurité alimentaire des populations pauvres dans le monde et prévenir les risques de famine.
La faiblesse des investissements dans l’agriculture au cours des trente années écoulées, la fermeté et la volatilité des prix alimentaires et la poursuite de la crise économique ont considérablement affecté la sécurité alimentaire dans le monde.
Celle-ci pourrait même s’aggraver encore davantage cette année du fait de la propagation de la crise économique et financière dans les pays en développement.
L’on estime qu'à l’heure actuelle près d’un milliard de personnes sont victimes de la faim et de la sous-alimentation dans le monde, contre environ 825 millions de personnes il y a dix ans.
Si cette tendance se poursuit, il sera de plus en plus difficile d’atteindre l’objectif du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 de réduire de moitié le nombre de sous-alimentés à l’horizon 2015 et l’Objectif du Millénaire pour le développement qui consiste à réduire de moitié l’incidence de la faim et de la pauvreté dans le monde.
Forte croissance démographique
En outre, plusieurs contraintes réduisent la capacité de la planète à nourrir tous ses habitants dans le long terme. Ce sont notamment la poursuite de la forte croissance démographique – quelque 80 millions de bouches supplémentaires par an à nourrir –, les défis croissants que pose le changement climatique et la base limitée des ressources naturelles.
Lancée il y a une cinquantaine d’années, la Révolution verte a engendré une abondance de nourriture à bon marché pour une population mondiale qui a pratiquement doublé passant à six milliards entre 1960 et 2000.
Mais elle a été rendue possible grâce à la fois à des niveaux élevés d’investissements publics et privés et à des politiques propices de la part des pouvoirs publics.
Plus récemment, la réduction des investissements ont incité certains milieux à faire preuve de scepticisme quant à la possibilité de rééditer le succès des années précédentes d’autant que la population devrait atteindre, selon les projections, plus de 9 milliards en 2050.
Les laissés-pour-compte
Dix-sept pays – les fameux laissés-pour-compte – sont dans une situation particulièrement difficile et risquent de connaître des famines généralisées.
La plupart sont en Afrique subsaharienne. Ils se caractérisent par une forte croissance démographique assortie, à la fois, de contraintes croissantes sur leurs ressources naturelles et de revenus non agricoles limités.
Ces pays ont besoin d’initiatives de gestion politique et de stratégies d’aide et d’investissements taillées sur mesure afin de leur éviter des catastrophes humanitaires à grande échelle.
“L’investissement dans l’agriculture durable est la clé garantissant la sécurité alimentaire des générations actuelles et futures”, souligne M. Hafez Ghanem, Sous-Directeur général de la FAO responsable du Département économique et social.
“Toutefois, la part de l’agriculture dans l’aide publique au développement est tombée de 17% en 1980 à seulement 3,8% en 2006. Il est urgent qu’elle retrouve son niveau précédent”, ajoute M. Ghanem.
Importance des investissements
L’expérience a démontré qu’en période de crise économique internationale, les investissements chutent et il est donc aisé de prédire une désaffection du capital vis-à-vis du secteur agricole, à moins d’une relance des investissements qui redresserait les taux de croissance à long terme.
La réunion FAO-OCDE de Paris permettra notamment de passer en revue les politiques et les incitations agricoles dans les pays développés comme dans les pays en développement.
Il y sera aussi question d’améliorer la cohésion en matière de politiques pour une meilleure efficacité des investissements dans l’agriculture et de mesures de libéralisation du commerce visant à encourager les investissements et le développement agricole.
M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, et M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, s’adresseront aux participants au cours des travaux et donneront une conférence de presse conjointe le mercredi.
