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En 2050, la disponibilité en eau diminuera dans certaines parties du monde, menaçant la sécurité alimentaire et les moyens d’existence

De meilleures politiques et plus d'investissements sont nécessaires, notamment l'adaptation de l'agriculture au changement climatique

Photo: ©FAO/Riccardo Venturi
Le rapport préconise des politiques et investissements pour améliorer le stockage de l'eau, le captage-recyclage des eaux usées et la recherche pour des systèmes de production agricole plus résilients pour les petites exploitations

14 avril 2015, Rome/Daegu – En 2050, il y aura assez d'eau pour produire la nourriture nécessaire à l'alimentation de la population mondiale qui dépassera les neuf milliards, mais la surconsommation, la dégradation des ressources et l'impact du changement climatique réduiront la disponibilité en eau dans de nombreuses régions, en particulier dans les pays en développement, mettent en garde dans un document diffusé aujourd'hui la FAO et le Conseil mondial de l'eau (CME).

Intitulé Towards a water and food secure future (Vers un avenir sûr en eau et nourriture), le rapport souligne que les politiques et les investissements des secteurs public et privé doivent faire en sorte que les cultures, le bétail et le poisson soient produits de manière durable et en sauvegardant les ressources en eau.

Ces actions sont essentielles pour réduire la pauvreté, accroître les revenus et assurer la sécurité alimentaire à de nombreuses personnes vivant dans les zones rurales et urbaines, selon le rapport.

«Sécurité alimentaire et eau sont intimement liées. Nous estimons qu'en élaborant des approches locales et en faisant les bons investissements, les dirigeants mondiaux seront en mesure de garantir qu'il y aura assez d'eau en volume, qualité et accès pour satisfaire la sécurité alimentaire en 2050 et au-delà», a déclaré Benedito Braga, Président du Conseil mondial de l'eau, lors de la présentation du rapport au cours du 7ème Forum mondial de l'eau à Daegu et Gyeongbuk, en Corée du Sud.

«L'essence du défi consiste à adopter des programmes d'investissement qui procurent des rendements à long terme, notamment la réhabilitation des infrastructures. L'agriculture doit suivre la voie de la durabilité et non celle de la rentabilité immédiate», a-t-il  ajouté.

«En cette époque de changements accélérés et sans précédent, notre capacité à assurer de manière durable une nourriture suffisante, saine et nutritive est plus que jamais d'actualité. L'eau, comme élément irremplaçable pour parvenir à cette fin, est déjà sous pression du fait à la fois de la demande croissante pour d'autres utilisations, de la mauvaise gouvernance, de l'insuffisance des capacités et du sous-investissement», a déclaré de son côté Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO.

«C'est le moment opportun pour revoir nos politiques publiques, nos cadres d'investissement ainsi que nos structures et institutions de gouvernance. Nous entrons dans l'ère de développement de l'après 2015 et nous devrions la marquer par des engagements solides», a-t-elle ajouté.

L'agriculture, premier secteur consommateur d'eau

En 2050, quelque 60 pour cent de plus de nourriture – jusqu'à 100 pour cent dans les pays en développement – seront nécessaires pour nourrir l'humanité tandis que l'agriculture restera le premier secteur consommateur d'eau dans le monde, absorbant dans de nombreux pays environ les deux tiers ou plus des disponibilités tirées des rivières, des lacs et des aquifères.

En dépit de l'urbanisation rampante, une grande partie de la population mondiale et la plupart des pauvres continueront en 2050 à tirer leurs moyens de subsistance de l'agriculture. Mais le volume d'eau disponible pour l'agriculture se réduira en raison de la demande concurrentielle des villes et de l'industrie, note le rapport.

Dans ce contexte, les agriculteurs, notamment les petits exploitants, devront recourir à des technologies et à des pratiques de gestion judicieuses pour accroître leur production sur des disponibilités limitées en terre et en eau.

Actuellement, la rareté de l'eau affecte plus de 40 pour cent de la population mondiale, une proportion qui devrait atteindre les deux tiers d'ici à 2050.

Cela est largement dû à la surconsommation d'eau pour l'agriculture et la production alimentaire. A titre d'exemple, dans de grandes parties d'Asie centrale et du Sud-Est asiatique, au Proche-Orient, en Afrique du Nord ainsi qu'en Amérique centrale et du Nord, les quantités d'eau souterraine utilisées dépassent les quantités qui se reconstituent naturellement.

Dans certaines régions, l'agriculture intensive, le développement industriel et les villes en expansion sont tous responsables de la pollution des sources d'eau, ajoute le rapport.

Des changements indispensables dans les politiques et les investissements

On a grandement besoin d'améliorations visant à aider les agriculteurs à accroître leur production alimentaire en tirant le meilleur de ressources en eau de plus en plus limitées, notamment en matière de génétique des plantes et de l'élevage. Il est également nécessaire d'autonomiser les agriculteurs afin de mieux gérer les risques associés à la rareté de l'eau, selon la FAO et le CME. Cela nécessitera un mélange d'investissements publics et privés ainsi que des programmes de formation de soutien.

Pour remédier à la dégradation des ressources et au gaspillage de l'eau, les institutions concernées devraient être plus transparentes en ce qui a trait à leurs mécanismes d'attribution et de tarification, soulignent la FAO et le CME. Fondamentalement, les droits relatifs à l'eau doivent être alloués de manière équitable et inclusive.

En particulier, le rapport souligne la nécessité de garantir les droits et obligations en matière foncière et d'accès à l'eau, ainsi que l'accès au crédit de manière à renforcer le rôle des femmes qui, en Afrique et en Asie, sont en grande partie responsables de l'agriculture.

Contrer le changement climatique

Les effets du réchauffement climatique, notamment les régimes des précipitations et des températures inhabituelles ainsi que les événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents, comme les sécheresses et les cyclones, auront un impact croissant sur l'agriculture et notamment les ressources en eau, met en garde le rapport.

Les zones de montagne fournissent jusqu'à 80 pour cent des ressources en eau de la planète, mais le recul actuel des glaciers du fait du changement climatique menace l'existence de ces disponibilités à l'avenir.

Les forêts consomment de l'eau mais elles en fournissent aussi: au moins un tiers des plus grandes villes du monde tirent des zones boisées une partie importante de leur eau potable.

Cela signifie qu'il convient de déployer des efforts supplémentaires pour protéger les forêts et les zones de montagne d'où provient grande partie des approvisionnements en eau douce du monde.

Le rapport préconise des politiques et des investissements pour renforcer l'adaptation au changement climatique en ce qui concerne les bassins versants et les ménages, notamment l'amélioration des installations de stockage de l'eau, le captage et la réutilisation des eaux usées, ainsi que l'intensification de la recherche en vue de systèmes plus résilients de production agricole dans les petites exploitations.

Le Forum mondial de l'eau (12-17 avril 2015) est le plus grand événement international visant à trouver des solutions communes aux nombreux défis qui se posent au niveau mondial en ce qui a trait à l'eau. Outre ce rapport produit conjointement avec le Forum mondial de l'eau, la FAO s'est également associée à plusieurs autres partenaires et a diffusé, à l'occasion du Forum, «Vision 2030 et Cadre d'action mondial», un ensemble de lignes directrices et de recommandations pour améliorer la gestion des eaux souterraines.

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