L'espoir renaît au Lesotho avec les jardins potagers

Une campagne en faveur de la sécurité alimentaire des plus vulnérables

27 octobre 2015, Leribe, Lesotho – Quand l'on demande à cet homme de 90 ans, Rammitsane Matela, en quoi les conditions climatiques ont changé la vie des agriculteurs du Lesotho au fil des ans, il n'a guère besoin de remonter très loin dans le temps pour trouver la réponse.

«Les fortes pluies et la sécheresse ont démarré récemment», dit-il des phénomènes extrêmes qui, comme dans bien d'autres parties du monde, affligent de plus en plus le Lesotho, un pays enclavé d'Afrique australe.

Collines et montagnes à sommet plat, crevasses rocheuses et dongas – profondes ravines creusées par l'érosion – marquent le paysage d'une grande partie du Lesotho, lui conférant un aspect lunaire. Les pluies diluviennes transforment les dongas en torrents qui balaient la couche superficielle de sol fertile des terres cultivables des vallées.

Le Lesotho est accablé par la pauvreté, la malnutrition, les taux élevés de VIH, le chômage et l'érosion. Les baisses de récoltes dues à des pratiques de production inadéquates et à l'impact du changement climatique exacerbent les problèmes du pays, et de nombreuses communautés rurales se retrouvent plongées dans l’insécurité alimentaire.


De meilleures récoltes tout en épargnant les sols et l'eau 

La solution réside en partie dans la création d'opportunités pour les ménages de cultiver leur propre  nourriture tout en exploitant durablement les précieuses ressources comme la terre et l'eau.

La FAO collabore avec le Gouvernement du Lesotho, avec des ONG et d'autres organismes des Nations Unies à une stratégie de résilience afin d'aider le système agricole du pays à s'adapter à l'évolution des conditions climatiques telles que la pluviosité irrégulière et la hausse des températures. Une partie de l'initiative prévoit la promotion de jardins potagers et l'adoption de techniques innovantes comme la construction de potagers «en trou de serrure».

Il s'agit de parcelles surélevées – d'environ 2 mètres de diamètre – consistant en un muret extérieur en pierres sèches constitué de plusieurs couches de sol et de matière organique (fumier, compost, cendres) qui entoure un panier cylindrique rempli de matériel poreux comme des sacs de coton, des pierres, des roseaux, du maïs, du sorgho et des pots en argile.

La structure du potager «en trou de serrure» permet de planter côte à côte des carottes, des betteraves, des épinards et autres légumes pour améliorer la fertilité du sol et capter l'humidité. Le potager peut aussi être couvert pour protéger les cultures des gelées d'hiver et des vents asséchants.

Pour la grand-mère de 65 ans Makompi Mahlomola, du village de Komeng dans le district de Leribe, le potager «en trou de serrure» est la seule source facilement disponible d'aliments nutritifs et variés pour sa famille, qui comprend quatre jeunes enfants.

«Mon problème principal est que personne ne travaille dans la famille. Notre potager nous a bien aidés car nous pouvons cultiver des légumes même en cas de sécheresse. Les épinards sont vraiment bien car ils poussent toute l'année» explique-t-elle.

Cibler les jeunes

En encourageant une meilleure nutrition et en renforçant les compétences pour accroître la production et la variété des cultures maraîchères dans les jardins potagers, la FAO, le Gouvernement du Lesotho et leurs partenaires ciblent les communautés rurales, et en particulier les enfants, les jeunes et les plus vulnérables.
 

Katiso Sekete, un enseignant d'agriculture du Lycée Thabeng, donne un cours sur la construction des potagers «en trou de serrure». (©FAO/Rodger Bosch).

«L'enjeu final consiste à éliminer la faim, chose irréalisable si chacun travaille de son côté», déclare Borja Miguelez, Coordonnateur FAO des urgences et de la réhabilitation au Lesotho.

Il explique que la FAO travaille principalement avec les services de vulgarisation, les responsables des ministères de l'agriculture et de l'éducation, ainsi qu'avec les organisations non gouvernementales et d'autres institutions des Nations Unies.

Dans un effort conjoint de ce type, la FAO, avec le soutien de ses partenaires -- Gouvernement du Lesotho, Union européenne, USAID et UKAID --  a élaboré des posters colorés montrant comment cultiver la nourriture à la maison, améliorer les rendements, diversifier les cultures et manger sainement. Ces messages ont été coordonnés avec les opérateurs de sécurité alimentaire dans le pays et le matériel a été distribué dans les écoles, auprès des vulgarisateurs et des partenaires, aussi bien en anglais que dans la langue locale, le sesotho.

Le but de la campagne est également d'encourager les populations et de leur apprendre à bâtir des potagers «en trou de serrure» dans les foyers et dans les écoles, à améliorer la diversité des cultures et à optimiser l'utilisation de la nourriture. Au Lycée Thabeng de Morija, une ville située à 35 kilomètres au sud de la capitale Maseru, les élèves ont construit leur propre potager dans le cadre de leur formation.

«La plupart des élèves de notre établissement sont orphelins. Personne ne peut leur donner de l'argent ou de la nourriture, ainsi, durant l'année scolaire, nous leur dispensons les techniques agricoles de base qui leur servent à produire quelque chose», explique Katiso Sekete, un enseignant d'agriculture du Lycée Thabeng. 

Des élèves de l’école primaire Ikhetheleng de Mahobong, dans le district de Leribe, observent leurs camarades de classe qui arrosent leur jardin en tranchées. (©FAO/Rodger Bosch).

Une partie du défi est de persuader les communautés rurales à adopter les nouvelles techniques, selon Ntitia Tuoane, Directeur par intérim des Services de terrain au Ministère de l'agriculture et de la sécurité alimentaire du Lesotho. «Les gens ont toujours un peu peur de se lancer, aussi observent-ils d'abord les autres pour voir si ça marche», dit-il.

Malijo Matela, dont le prénom signifie «mère nourricière», a 22 ans et termine le lycée. Pour elle et pour sa famille, les potagers «en trou de serrure» dont elle s'occupe leur facilitent la vie. «Avant, je ne savais pas quoi cuisiner et je me couchais parfois le ventre vide, mais désormais tout est plus simple avec les légumes» se réjouit-elle.
 

Dans le village de Betha Betha, dans le district de Malaoaneng, des légumes provenant d’un potager «en trou de serrure» cuisent dans une marmite. (©FAO/Rodger Bosch).

Photo: ©FAO/Rodger Bosch
Un potager «en trou de serrure» à Morija, dans le district de Maseru, au Lesotho.