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La FAO met en garde contre la détérioration rapide de la sécurité alimentaire au Yémen

Plus de 14 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire ont besoin d’un soutien urgent à leurs moyens d’existence

Photo: ©AFP/Abdulnasser Seddek/ANADOLU AGENCY
Taiz, Yémen, 26 décembre 2015, des Yéménites, transportant des denrées alimentaires, parcourent un sentier après la mise en œuvre de l’embargo sur les produits de base par les Chiites Houthis et les troupes fidèles à l’ancien Président Ali Abdullah Saleh.
28 janvier 2016, Sanaa - Plus de la moitié de la population totale du Yémen – quelque 14,4 millions de personnes – souffrent d'insécurité alimentaire du fait du conflit qui ravage ce pays et des restrictions à l’importation qui ont réduit les disponibilités alimentaires essentielles et provoqué la flambée des prix, indique aujourd'hui la FAO.

Le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire a augmenté de 12 pour cent depuis juin 2015 (36 pour cent depuis la fin de 2014), selon l'agence de l'ONU.

«L'insécurité alimentaire et la malnutrition s’aggravent de jour en jour», souligne M. Salah El Hajj Hassan, Représentant de la FAO au Yémen, qui recommande instamment une assistance d'urgence pour aider les familles à cultiver la terre et protéger leur bétail ainsi que des mesures pour faciliter les importations de produits alimentaires et de combustibles plus que jamais indispensables.

«Les chiffres sont renversants», ajoute M. Etienne Peterschmitt, Représentant adjoint de la FAO et fonctionnaire principal chargé de la réponse d'urgence au Yémen, qui qualifie la situation de «crise oubliée, avec des millions de personnes ayant un besoin urgent d’assistance à travers le pays».

«Dans cette situation critique, il est plus que jamais important d’aider les familles à produire leurs propres aliments et réduire leur dépendance à l’égard des importations alimentaires de plus en plus rares et chères», fait-il valoir.

Les pénuries de carburant et les restrictions sur les importations (le Yémen importe normalement plus de 90 pour cent de ses aliments de base) ont réduit la disponibilité des denrées alimentaires de base et les prix ont grimpé en flèche depuis que le conflit s’est intensifié à partir de mars 2015.

Le Yémen est fortement tributaire de ces importations puisque seulement 4 pour cent des terres sont arables et une partie de ce pays est actuellement consacrée à la production alimentaire.

Quelque 2,3 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du Yémen, soit une augmentation de plus de 400 pour cent par rapport à janvier 2015. Cela accroît la pression sur les communautés d'accueil déjà en difficulté du fait des maigres ressources alimentaires.

Impacts sur les moyens d’existence

La production agricole, l'élevage et la pêche emploient la moitié de la population active du Yémen et sont les principales sources de revenus pour les deux-tiers du pays.

Mais une pénurie d'intrants essentiels, notamment de semences et d’engrais, a fortement réduit la production agricole, avec des estimations suggérant que le récent conflit a causé des pertes dramatiques dans le secteur de l'agriculture.

La diminution des perspectives de revenus et les perturbations au niveau des marchés exacerbent les immenses besoins qui prévalaient déjà au Yémen avant que n’éclate le conflit actuel.

Le soutien aux moyens d'existence est essentiel pour les populations rurales qui sont souvent hors de portée de l'aide humanitaire.

Aggravant cette situation désastreuse, deux cyclones ont frappé le Yémen en novembre 2015, ce qui a fortement perturbé les moyens d’existence des pêcheurs le long des zones côtières.

La réponse de la FAO à la crise

Face aux besoins croissants, la FAO a porté son appel de fonds annuel à 25 millions de dollars pour 2016 en vue d’aider les familles à produire de la nourriture tout en renforçant leur résilience grâce à différentes activités.

Pour répondre aux besoins alimentaires immédiats de la population, la FAO collabore avec des associations locales de femmes pour soutenir l'agriculture potagère et les élevages en basse-cour. Elle distribue des semences, des outils et de la volaille pour améliorer la nutrition des familles et créer des revenus supplémentaires lors de la vente des excédents de la ferme sur les marchés.

Pour les agriculteurs vulnérables exploitant des parcelles plus grandes, la FAO fournira des pompes d'irrigation à énergie solaire avec l'aide des associations d'utilisateurs d'eau. Cela permettra aux agriculteurs de continuer à produire indépendamment des pénuries de carburant qui paralysent pratiquement les pompes à moteur diesel.

Le Yémen est parmi les pays les plus pauvres en eau du monde avec moins de 5 pour cent de la moyenne mondiale disponible par personne et par an, ce qui rend l'irrigation une préoccupation majeure pour les agriculteurs. Grâce au projet du bassin de Sanaa, la FAO aide les agriculteurs à mettre en œuvre des pratiques agricoles intelligentes vis-à-vis du changement climatique afin d’améliorer la maîtrise de l'eau et la productivité des terres.

Maintenir le bétail sain et productif est tout aussi important pour la FAO qui œuvre avec des partenaires locaux pour mener des campagnes de vaccination et de distribution de fourrage.

Enfin, les pêcheurs, qui ont perdu leurs moyens d’existence lors des récents cyclones, seront en mesure de reprendre la mer et pêcher le poisson à l'aide d'équipements nouveaux.

«A l’instar des autres organismes d'aide opérant actuellement au Yémen, nous travaillons dans des limites sévères de circulation et d'accès à de grandes parties du pays. Nous devons donc être réalistes quant à ce que nous pouvons offrir», explique M. Peterschmitt, qui précise que le programme actuel cible environ un demi-million de personnes.

«Mais nous constatons les effets immédiats que les petites interventions, comme les élevages de petits ruminants et de volailles en basse-cour, ont sur les familles qui sont maintenant en mesure de manger et de vendre les excédents qui génèrent ainsi des revenus pour la famille. Aussi allons-nous saisir toutes les occasions pour aider les communautés à continuer de produire dans ces circonstances difficiles».

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