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Le soutien à l’agriculture en Syrie est essentiel, l'insécurité alimentaire rampante ayant aggravé les souffrances

A la conférence des bailleurs de fonds à Londres, la FAO demande 87 millions de dollars en faveur des moyens d’existence agricoles et pour la prévention de nouveaux flux migratoires

Photo: ©AFP/ CEM GENCO / ANADOLU AGENCY
26 octobre 2015. Des agriculteurs syriens labourent un petit champ dans un camp pour personnes déplacées. Au total, la moitié de la population restée en Syrie ne mange pas à sa faim et n'arrive pas à subvenir à ses besoins alimentaires essentiels.

4 février 2015, Rome - Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent aujourd'hui à Londres pour lever des fonds en faveur de millions de personnes touchées par le conflit en cours en Syrie, la FAO souligne la nécessité impérieuse d'aider les familles d'agriculteurs à produire des denrées alimentaires pour répondre aux besoins de base.

En Syrie, 8,7 millions de personnes ont besoin d'assistance au plan de la sécurité alimentaire sur quelque 13,5 millions de personnes qui continuent à avoir besoin d'une aide humanitaire d'urgence.

«Il est clair que l'aide alimentaire importée seule ne suffit pas à nourrir le pays. C'est pourquoi il est si important de maintenir la production alimentaire syrienne malgré le conflit en cours», souligne M. Laurent Thomas, Sous-Directeur général de la FAO.

«Les agriculteurs souhaitent rester sur leurs terres, mais si nous ne parvenons pas à leur porter secours, ils n'auront d'autre choix que celui d'abandonner leurs exploitations agricoles pour aller grossir les rangs des déplacés internes et des réfugiés à la recherche de nourriture, d'un abri et d'une source de revenus», ajoute M. Thomas.

Dans l'ensemble, la moitié des Syriens restés dans le pays n'ont pas assez pour manger à leur faim et sont incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires de base.

Une autre tranche de 4,6 millions de Syriens ont traversé les frontières et sont à présent des réfugiés dans les pays voisins. Cela n'exerce pas seulement une pression sur les familles de réfugiés mais aussi sur les communautés d'accueil dont la plupart sont confrontées à cet afflux de migrants.

En outre, au cours des 18 derniers mois, les prix de la farine de blé ont triplé sur certaines places de marché à l'intérieur de la Syrie alors que les prix du riz ont été multipliés par six.
 
Le chômage, l'inflation ainsi que la dépréciation de la livre syrienne ont limé encore davantage la capacité des familles à se nourrir et à faire face à la crise.

Les déplacements en masse et la migration des populations rurales privent graduellement le secteur primaire de son capital humain et du savoir-faire agricole si indispensable, contribuant ainsi à un cercle vicieux où absence de protection, érosion des moyens d'existence et pertes des possibilités d'emploi sont inextricablement liées.
 
L'agriculture reste la principale source d'emploi dans les zones rurales

Le manque d'accès aux semences et autres fournitures agricoles essentielles complique énormément la tâche des agriculteurs quant à la poursuite de la production alimentaire et les soins vétérinaires à assurer au bétail.

Selon les dernières évaluations, la production de blé en 2015 était 40 pour cent inférieure à la moyenne d'avant le conflit, d'où une augmentation des besoins d'importation et un nouveau coup porté à la sécurité alimentaire dans le pays.

Le secteur de l'élevage a également été pénalisé en 2015 avec 30 pour cent de moins de bovins, 40 pour cent de moins de caprins et seulement la moitié du nombre de volailles par rapport à 2011. Les infrastructures ayant été détruites, les animaux tombent malades ou sont victimes de pillages, ou alors les familles sont obligées de vendre ou d'abattre leur bétail pour tenir le coup.

Dans les pays voisins, l'agriculture a été identifiée par beaucoup comme l'un des secteurs pouvant stimuler l'économie locale et offrir des possibilités d'emploi et ouvrir des marchés pour les réfugiés et les communautés d'accueil.
Mais pour réaliser ce potentiel, des ressources adéquates doivent être mobilisées rapidement pour aider les agriculteurs à reprendre et à maintenir la production le plus rapidement possible.

«Aujourd'hui, la communauté internationale des donateurs se mobilise pour soutenir le peuple syrien plongé dans l'un des conflits les plus brutaux de ce 21e siècle», indique M. Thomas.

«Dans le cadre de cette réponse mondiale, l'agriculture ne saurait être tout simplement une réflexion après coup. Elle doit être reconnue comme essentielle pour la subsistance des populations et une condition préalable à la paix».

La réponse de la FAO à la crise

Dans le cadre du Plan d'intervention de l'ONU en Syrie au coût de 3,18 milliards de dollars, la FAO demande 87 millions de dollars pour soutenir 2,9 millions de personnes vulnérables et leur assurer un meilleur accès à la nourriture, une meilleure nutrition et des revenus dans le courant de 2016.

L'année dernière, la FAO a secouru 1,5 million de personnes à travers le pays grâce à ses distributions de semences de blé et d'orge, de kits de production de légumes et de volailles vivantes. En outre, des campagnes de distribution de fourrage et de vaccination du bétail ont permis de garder les troupeaux restants en bonne santé tandis que les familles vulnérables, qui avaient perdu du bétail, ont bénéficié de distributions de moutons pour rétablir leurs moyens de subsistance.

Investir dans la capacité des agriculteurs à produire des aliments localement est non seulement efficace pour améliorer la sécurité alimentaire des personnes qui sont restées en Syrie mais aussi pour la prévention de nouvelles migrations dans les prochains mois.

A titre d'exemple, deux cents dollars seulement permettraient à un agriculteur de produire assez de blé pour nourrir une famille de six personnes pendant un an.

Et pourtant, les interventions agricoles d'urgence furent sous-financées à hauteur de 70 pour cent en 2015.

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