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La FAO appelle à une action internationale face à la résistance aux antimicrobiens

La Directrice générale adjointe de la FAO exhorte les ministres européens à aider les pays pauvres à relever le défi

Photo: ©FAO/Yanne Golev
Exercice de simulation d’un foyer de maladie animale en Bulgarie.

10 février 2016, Amsterdam - La résistance aux antimicrobiens (RAM) est «une menace émergente pesant sur la santé publique» et nécessite un effort coordonné au niveau mondial pour lutter contre les risques qu'elle représente pour la sécurité alimentaire, souligne aujourd’hui la Directrice générale adjointe de la FAO Maria Helena Semedo.


L’utilisation excessive et abusive des antibiotiques et autres agents antimicrobiens favorise la résistance croissante des microbes qui causent infections et maladies à ces médicaments qui sont censés les combattre, menaçant ainsi d’inverser un siècle de progrès en matière de santé humaine et animale.


«Nous devons contribuer à la préservation des médicaments susceptibles de sauver des vies», déclare Mme Semedo qui s’adressait aux ministres européens de la santé et de l'agriculture réunis à Amsterdam dans le cadre d'une conférence sur la résistance antimicrobienne.


Hormis les considérations relatives à la santé humaine, l’émergence de microbes résistants aux antibiotiques et à d’autres produits pharmaceutiques met à risque non seulement la santé animale mais aussi, par voie de conséquence, les moyens d’existence ruraux et la sécurité alimentaire. «La résistance aux antimicrobiens est une menace mondiale qui ne peut pas être résolue uniquement en Europe, dans un monde de plus en plus interconnecté», ajoute Mme Semedo.

 
En 2015, la Conférence de la FAO a appelé à une action urgente aux niveaux national et international pour répondre à la menace croissante des pathogènes qui résistent aux médicaments dans les filières de production alimentaire terrestres et aquatiques.

Alors que la résistance se développe dans le cadre de l'adaptation naturelle, elle est exacerbée par l'utilisation inappropriée de produits pharmaceutiques. On note aussi que la prévalence de la résistance antimicrobienne dans le secteur agricole est généralement plus forte chez les espèces animales élevées dans les systèmes de production intensive.


En outre, la gestion des maladies, le changement climatique, l’urbanisation et l'intensification de la production alimentaire pour répondre aux besoins de la population mondiale croissante – qui devrait atteindre 10 milliards de personnes d’ici 2050 – représentent les défis majeurs auxquels le monde est confronté, fait observer Mme Semedo.


La résistance aux antimicrobiens est la faculté de certains organismes – souvent des bactéries mais aussi des champignons et des parasites – à s'adapter aux médicaments conçus pour les éliminer. L'utilisation de ces derniers ne se limite pas aux humains et aux espèces animales; par exemple, l'oxytétracycline, un antibiotique commun, est actuellement utilisé dans les orangers à mesure que l'utilisation des pesticides diminue.

Sauvegarder la sécurité alimentaire

Des solutions doivent être trouvées pour la résistance aux antimicrobiens, insiste Mme Semedo.
 
«Comment peut-on éliminer la faim ou améliorer la durabilité lorsque nous ne pouvons pas soigner les animaux malades?» s’interroge la Directrice générale adjointe de la FAO. «Comment pouvons-nous réduire la pauvreté rurale lorsque les médicaments administrés aux travailleurs agricoles malades et à leurs familles n’ont plus d'effet?»

Pour contribuer à la lutte contre la RAM et réaliser ses objectifs stratégiques fondamentaux – faim et pauvreté rurale, agriculture durable et moyens d’existence plus résilients – la FAO est engagée sur plusieurs fronts. Elle travaille en étroite collaboration avec l'Organisation mondiale de la Santé et l'Organisation mondiale de la santé animale (représentées toutes deux à la Conférence d'Amsterdam) ainsi qu’au plan mondial à travers les directives de salubrité alimentaire du Codex Alimentarius et ses programmes de terrain ciblés dans des dizaines de pays sur les quatre continents.

Tout en se félicitant de l'intérêt de l'Europe à l’égard de la RAM et applaudissant, en particulier, aux Pays Bas qui ont réduit de près de 60 pour cent au cours des dernières années les quantités de médicaments dans le secteur de l'élevage, Mme Semedo note que «le vrai défi pour nous est d’aiguiller ces efforts vers les pays pauvres qui en ont besoin». «Les risques liés à la résistance aux antimicrobiens semblent particulièrement élevés dans les pays où la législation, la surveillance, la prévention et le suivi sont faibles ou inadéquats.»

Vu la rapidité des moyens de transport modernes, un organisme RAM dans un pays pourrait en quelques heures se retrouver dans un autre. Aussi tous les pays ne peuvent-ils que tirer des avantages de l’investissement dans la sensibilisation sur la RAM, le renforcement de leurs systèmes de santé publique et vétérinaire et l'amélioration de l'hygiène le long de la chaîne de production pour assurer la sécurité alimentaire sur les marchés.

Bien que la FAO favorise les règlements et les mesures visant à contrôler l'afflux de médicaments et à réduire leur utilisation, elle est consciente que de nombreux petits exploitants et éleveurs ruraux sont souvent confrontés à des choix économiques difficiles alors que les médicaments contrefaits circulent de plus en plus librement. Des améliorations notables en matière d'hygiène, de prévention des maladies, de surveillance vétérinaire et de diagnostics précis et abordables, ainsi qu’une alimentation de qualité pour améliorer la santé des animaux d'élevage et des poissons sont autant de facteurs essentiels pour réduire l’utilisation excessive des antibiotiques.

Enfin, considérant que sept sur dix maladies humaines nouvellement découvertes sont d'origine animale, Mme Semedo souligne le rôle central des pratiques agricoles et des filières alimentaires pour contenir la RAM tout en confortant l'engagement de la FAO à l’égard de l'approche «Une seule santé» qui comprend le bien-être des humains, des animaux et de l’environnement. «La FAO occupe une position idéale lui permettant de contribuer aux efforts internationaux en vue de faire face à la RAM», ajoute Mme Semedo.

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