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Le Directeur général de la FAO met l’accent sur le rôle de l’alimentation et l’agriculture en période de conflit au Conseil de sécurité de l’ONU

M. Graziano da Silva a insisté sur le fait que la lutte contre la faim et l’amélioration de la résilience des moyens de subsistance des populations rurales peuvent produire des dividendes de paix.

Photo: ©FAO/Sudeshna Chowdhury
Le Directeur général de la FAO José Graziano da Silva au Conseil de sécurité de l’ONU.

29 mars 2016, Rome - Améliorer  la sécurité alimentaire peut aider à construire une paix durable et même à repousser d'éventuels conflits, a expliqué le Directeur général de la FAO José Graziano da Silva aux membres du Conseil de sécurité des Nations Unies.

«Nous savons que les actions destinées à promouvoir la sécurité alimentaire peuvent permettre d'éviter une crise, d'en atténuer les impacts et de favoriser la reconstruction du pays ensuite», a indiqué Mr Graziano da Silva. 

Les conflits constituent un facteur clé dans les crises de longue durée, lorsque c'est le cas il est trois fois plus probable de souffrir de la faim que dans le reste des pays en développement, d'ailleurs les pays avec des niveaux élevés d'insécurité alimentaire sont également ceux les plus touchés par les conflits.

Une théorie confirmée par de nombreux autres cas comme ceux de la Syrie et du Yémen ou encore ceux du Soudan du Sud et de la Somalie.

Il a également pris l'exemple de la période post-conflit en Angola et au Nicaragua, de la période post-génocide au Rwanda et de celle qui a suivi l'indépendance du Timor Oriental où la paix et la sécurité alimentaire avaient été renforcées. L'inverse peut également se produire, et conduire à une reprise des violences.

Ce que la FAO peut faire

Si la sécurité alimentaire ne s'améliore pas, cela risque de peser sur le processus de stabilisation, un risque auquel le Yémen et la République Centrafricaine sont actuellement confrontés, et où la moitié de la population est en situation d'insécurité alimentaire, selon M. Graziano da Silva.

Les programmes d'assistance à la sécurité alimentaire peuvent même servir lors de conflits, a-t-il ajouté, faisant remarquer que la dernière initiative de la FAO visant à éliminer la peste bovine, maladie du bétail, s'est déroulée en période de guerre et a demandé une approche particulière permettant aux spécialistes de la santé animale d'avoir accès aux bovins.

La Syrie est un autre exemple. Aujourd'hui, de nombreux agriculteurs ont fui leurs terres, mais ceux qui sont restés cultivent actuellement près de deux tiers de la production de blé qu'ils possédaient avant la crise grâce notamment à la distribution de semences par la FAO.

Ce n'est pas tout à fait approprié mais "cela a été essentiel pour empêcher des déplacements de populations plus importants et pour jeter les bases d'une reconstruction pour le pays" a-t-il dit.

Favoriser le développement rural peut aussi faciliter les efforts de consolidation de la paix. La FAO a conclu un partenariat avec le Gouvernement de Colombie pour la mise en œuvre de projets rapides visant à améliorer la sécurité alimentaire et le développement rural dans le but de consolider un traité de paix sur le point d'être finalisé. 

Les initiatives internationales en faveur de la paix seront plus efficaces si elles incluent des mesures destinées à renforcer la résilience des familles et communautés vivant en milieu rural, étant donné qu'eux et a fortiori leurs moyens de subsistances sont les premières victimes des conflits actuels. 

«Là où la sécurité alimentaire peut faire figure de force garantissant la stabilité, nous devons considérer l'alimentation et l'agriculture comme des chemins vers la paix et la sécurité», a-t- il ajouté. Des initiatives pour soutenir l'agriculture et les moyens de subsistance des populations rurales peuvent servir de motivation afin de rassembler la population suite à un conflit, et offrir des «dividendes de paix» en contribuant à une paix durable, a-t-il dit. 

Le rôle et les devoirs de l'ONU

L'évènement d'aujourd'hui était organisé par le Gouvernement angolais, qui préside le Conseil de sécurité pendant le mois de Mars et par le Gouvernement espagnol, également membre du Conseil. Cette réunion du Conseil de sécurité s'est déroulée en formule Arria, une méthode de travail adoptée il y a un quart de siècle et qui est de plus en plus utilisée pour discuter des problèmes liés à la paix et au développement et qui permet aux membres du Conseil de bénéficier de l'expertise et des informations fournies par des personnes extérieures.

Il s'agissait de la toute première participation de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture.

M. Graziano da Silva a souligné que l'un des points fondamentaux du Programme de développement durable à l'horizon 2030 adopté l'année dernière par tous les États membres des Nations Unies est qu' «il ne peut pas y avoir de développement durable sans paix et pas de paix sans développement durable». 

Il a également noté que le rapport du Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, «Une humanité unique, une responsabilité partagée» pour le World Humanitarian Summit qui se tiendra à Istanbul en mai appelle tous les acteurs internationaux dont le Conseil de sécurité à «un engagement plus actif en matière de prévention des conflits». 

«Comme nous le savons tous, la prévention requiert que l'on s'attaque aux causes profondes du conflit, dont la faim et l'insécurité alimentaire», a déclaré M. Graziano da Silva.

Il a par ailleurs annoncé que la FAO développe actuellement une politique interne de consolidation de la paix afin d'élargir sa contribution dans le secteur de la prévention des conflits, ce qui implique la création d'un cadre de collaboration plus efficace et flexible.

«Mettre en place une telle politique nécessitera un engagement plus important de la part des gouvernements et un large éventail d'acteurs liés au développement, à l'humanitaire et à la consolidation de la paix» a-t-il précisé, soulignant que la FAO a une grande expérience de collaboration étroite sur ces sujets avec des partenaires extérieurs mais aussi avec ceux faisant partie du système des Nations Unies comme le Fonds international de développement agricole, le Programme alimentaire mondial et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires.

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