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Réduire la propagation de la résistance aux antimicrobiens dans nos fermes et notre alimentation

Un nouveau Plan d’action de la FAO vise à aider les pays à s’équiper afin de faire face à cette menace grandissante

14 septembre 2016, Rome - La FAO s'est engagée aujourd'hui à aider plusieurs pays à développer des stratégies visant à lutter contre la propagation de la résistance aux antimicrobiens dans les chaînes d'approvisionnement alimentaires. Cet engagement intervient alors que les gouvernements se préparent à débattre, la semaine prochaine lors de l'Assemblée générale de l'ONU, du défi posé par les «super bactéries» résistantes aux médicaments.

L'utilisation accrue, et en excès, des médicaments antimicrobiens dans le cadre de la santé humaine et animale a contribué à augmenter le nombre de microbes responsables des maladies. Ces derniers sont par ailleurs résistants aux médicaments utilisés habituellement pour les traiter, tels que les antibiotiques.

Le risque important posé par la résistance aux antimicrobiens (RAM) sur la santé humaine, ainsi que son lien et son impact sur l'agriculture feront partie des thèmes abordés lors de l'événement de haut niveau des Nations Unies, qui se tiendra le 21 septembre à New York.

Selon le Plan d'action de la FAO pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens publié aujourd'hui: «Les médicaments antimicrobiens jouent un rôle important dans le traitement des maladies des animaux de ferme et des plantes. Leur utilisation est essentielle pour la sécurité alimentaire, pour notre bien-être et pour celui des animaux. Mais la mauvaise utilisation de ces médicaments, associée à l'émergence et à la propagation de microorganismes résistants aux antimicrobiens, nous expose tous à un grand risque.

La FAO insiste sur le fait que si l'attention du public se porte, de manière compréhensible, sur l'exposition aux agents pathogènes RAM au sein des hôpitaux et dans les milieux semblables, la présence de microorganismes résistants aux antimicrobiens dans les systèmes agricoles représente un autre vecteur de contamination vers notre alimentation.

En plus des risques pour la santé publique, la RAM a également un impact sur la salubrité des aliments, la sécurité alimentaire, ainsi que sur le bien-être économique de millions de ménages agricoles dans le monde.

Le Plan de la FAO est axé sur quatre principaux domaines d'action dans les secteurs alimentaires et agricoles :

  • Améliorer la sensibilisation aux questions relatives à la RAM chez les agriculteurs, les producteurs, les vétérinaires, auprès des autorités, des responsables politiques et des consommateurs;
  • Renforcer les capacités nationales en matière de surveillance et de contrôle de la RAM, et d'utilisation des antimicrobiens (UAM) dans l'alimentation et l'agriculture;
  • Renforcer la gouvernance liée à l'UAM et à la RAM dans l'alimentation et l'agriculture;
  • Promouvoir de bonnes pratiques au sein des systèmes alimentaires et agricoles, ainsi que l'utilisation prudente des antimicrobiens.

L'Organisation vise à aider les gouvernements à mettre en place des stratégies nationales afin de lutter contre la RAM et l'UAM au sein de leurs secteurs alimentaires et agricoles, d'ici à la mi-2017.

La résistance aux antimicrobiens, l'alimentation et l'agriculture

Du fait de l'expansion économique et de la croissance démographique de ces 50 dernières années, les méthodes de production alimentaire se sont intensifiées. Cela a notamment eu pour effet d'augmenter l'utilisation des antimicrobiens dans l'agriculture.

Ces médicaments sont utilisés pour traiter des animaux déjà malades ou pour empêcher les maladies de se propager davantage au sein d'un troupeau ou d'une ferme. D'autre part, ils sont à présent utilisés dans l'aquaculture (les exploitations piscicoles) de la même manière.

Dans certains cas, bien qu'à un degré moindre, des substances antimicrobiennes sont appliquées sur les plantes.

De plus, les antimicrobiens sont ajoutés à la nourriture animale, en faible concentration, afin de stimuler leur croissance, une pratique fortement déconseillée mais relativement courante.

La consommation mondiale d'antimicrobiens dans le secteur de l'élevage est actuellement estimée à plus de 60 000 tonnes par an. Selon la FAO, alors que la demande pour les produits alimentaires d'origine animale devrait augmenter progressivement dans les décennies à venir, l'utilisation des antimicrobiens continuera, elle aussi, de croître.

Selon une étude internationale publiée par l'Académie nationale des sciences américaines, les deux tiers de l'utilisation des antimicrobiens, telle qu'anticipée, devraient alors être enregistrés dans le secteur de la production animale, avec notamment un usage appelé à doubler pour les porcs et la volaille.

Défis et besoins

La FAO souligne que la seule manière de lutter contre la RAM dans l'alimentation et l'agriculture est de s'assurer que les systèmes agricoles et alimentaires adhèrent aux bonnes pratiques relatives à l'hygiène, la biosécurité, la protection animale et la manipulation. Cela contribuerait à réduire la dépendance aux médicaments antimicrobiens, à l'image de la vaccination des animaux de ferme dont le but est de renforcer leur capacité naturelle face aux maladies.

Un autre point important réside dans l'absence d'une approche mondiale normalisée des données utilisées pour surveiller l'utilisation des antimicrobiens dans l'élevage. Le rapport de la Commission O'Neill du gouvernement britannique, par exemple, a révélé que seuls 42 pays avaient adopté de tels systèmes. Les risques liés à la RAM sont plus élevés dans les pays où les lois, les réglementations et les systèmes de surveillance sont faibles. Renforcer les capacités nationales dans ce domaine est une priorité pour la FAO.

Il est nécessaire de mener davantage de recherches et d'investir dans le développement d'alternatives aux antimicrobiens et aux antibiotiques dans l'alimentation et l'agriculture, ainsi que dans les efforts visant à combler nos lacunes sur les différentes voies de pénétration de la RAM dans l'environnement, notamment à travers les déchets agricoles.

Le travail en cours

Pour les autorités chargées du contrôle de la sécurité alimentaire, la Commission du Codex Alimentarius de la FAO et de l'OMS - qui vise à établir des normes alimentaires internationales en matière de qualité et de sécurité alimentaire - a déjà posé les bases afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens dans l'alimentation et ce, grâce à de nombreuses normes relatives à la RAM, aux médicaments vétérinaires et à leurs résidus, à l'hygiène alimentaire et à la nourriture animale. Le Codex a par ailleurs récemment créé un groupe de travail dédié à la RAM.

En plus de la présentation de son Plan d'action aujourd'hui, la FAO a également travaillé à accroître sa présence au sein des communautés agricoles, auprès des spécialistes de la santé publique et des vétérinaires, des régulateurs et des inspecteurs de la sécurité sanitaire des aliments par rapport à la RAM, en organisant notamment des ateliers au Cambodge, en Chine, en Ethiopie, au Ghana, au Kenya, en Thaïlande, au Vietnam et au Zimbabwe.

Photo: ©FAO/FAO/Sergei Gapon
Une bonne hygiène de la ferme et de bonnes pratiques en matière de santé animale peuvent contribuer de manière importante à réduire l’utilisation de médicaments antimicrobiens.

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