La mécanisation durable, un énorme potentiel pour l’Afrique subsaharienne

L’accès au matériel agricole est essentiel afin de renforcer la productivité agricole et les moyens d’existence en milieu rural

 30 septembre 2016, Rome –  Selon un nouveau rapport de la FAO, nourrir une population mondiale en pleine expansion nécessitera des améliorations significatives en termes de productivité agricole, surtout en Afrique, tandis que la mécanisation et des stratégies appropriées de mécanisation ont un rôle considérable à jouer.

Toujours selon le document, il est primordial de travailler à ce que cette opportunité réponde aux besoins des petits exploitants agricoles et qu'elle ne requiert pas un type d'approche semblable à une «Révolution verte», qui implique de grandes quantités d'intrants agrochimiques et un labourage destructeur qui menacent la santé et la fertilité des sols.

Le rapport «La mécanisation agricole: Un intrant essentiel pour les petits exploitants d'Afrique subsaharienne» soutient que la mécanisation agricole devra être écologiquement compatible, économiquement viable, abordable et adaptée aux conditions locales, et compte tenu de l'évolution actuelle des conditions météorologiques, intelligente face au climat.

La mécanisation englobe l'ensemble des technologies agricoles et de traitement, de l'outil le plus basique et simple à un équipement plus sophistiqué et motorisé.

La mécanisation va bien au-delà du labourage, elle permet d'améliorer la productivité, de créer de nouveaux emplois aux stades de l'après récolte, du traitement et de la commercialisation dans les systèmes alimentaires locaux et mondiaux.

En l'état actuel des choses, les deux tiers de la puissance utilisée pour préparer les terres à des fins agricoles en Afrique subsaharienne trouvent leur origine dans la force humaine. A titre de comparaison, cette force humaine serait utilisée à hauteur de 30 pour cent pour les terres d'Asie du Sud et de 25 pour cent pour celles d'Amérique latine.  

« Il ne fait aucun doute que l'association de la puissance agricole aux outils appropriés, au matériel et aux machines représente un intrant agricole essentiel en Afrique subsaharienne, avec le potentiel de transformer les vies et les économies de millions de familles rurales», a déclaré Ren Wang, Sous-Directeur général de la FAO, chargé de l'agriculture et de la protection des consommateurs.

«La mécanisation agricole, dans son sens le plus large, peut contribuer de manière importante au développement durable des systèmes alimentaires mondiaux, car elle a le potentiel d'améliorer les activités d'après récolte, de traitement et de commercialisation et de les rendre plus efficaces et respectueuses de l'environnement», a-t-il ajouté.

La FAO met l'accent sur le fait qu'afin de récolter le fruit d'une mécanisation, elle-même appelée à stimuler la productivité, en Afrique subsaharienne, il sera nécessaire de rendre disponible et accessible l'alimentation électrique en milieu agricole. Cela va des animaux de trait aux tracteurs à deux roues et à quatre roues. Il existe une grande variété d'équipements agricoles spécialisés dans le semis de précision qui travaillent également à réduire toute perturbation des sols, l'efficacité des plantations et le repiquage des semis, l'application des intrants, la récolte et le transport, le traitement et la valeur ajoutée et qui couvrent tous les aspects de la mécanisation. Il est donc important de garantir des régimes fonciers et des systèmes de crédits adéquats afin d'encourager les investissements dans la mécanisation.

L'intensification durable de la production agricole implique la protection des sols, de larges cultures de couverture et un travail minimum du sol, soit les principes clés du modèle «Produire plus avec moins» de la FAO, basé sur un écosystème, et rentrant directement dans le cadre du Programme de développement durable à l'horizon 2030, notamment de l'ODD2 «Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l'agriculture durable».

Les avantages de la mécanisation en Afrique

Selon Josef Kienzle, expert de la FAO et auteur principal du rapport, la mécanisation permet aux petits exploitants agricoles d'intensifier et d'élargir leurs activités agricoles, mais elle offre également l'opportunité à certains membres de la famille de trouver des emplois en dehors de la ferme et d'accroître leurs revenus. Alors que de plus en plus de jeunes africains décident de partir vers les centres urbains, la région pourrait bientôt être confrontée à un manque de main d'œuvre ainsi qu'à une hausse de la demande de nourriture en provenance des villes.

La mécanisation peut aider les personnes âgées et les agricultrices, restées en zone rurale, à subvenir à leurs besoins en matière de produits, ce qui contribuerait à améliorer la sécurité alimentaire et à atténuer le changement climatique.

Tout cela est possible si des centres de services spécialisés dans la mécanisation, issus du secteur privé et bien gérés, sont mis en place avec des services à la portée de tous. Les interventions du secteur public en faveur de ce processus devront apporter des aides spécifiques qui dépendront de la source d'énergie de la mécanisation et du type d'utilisateur. «Cela permettra de créer de nouveaux emplois, souvent meilleurs, dans le secteur des services tels que des responsables des machines qualifiés, des fournisseurs de services de réparation, des mécaniciens, des vendeurs et des centres d'approvisionnement de pièces détachées», a indiqué M. Kienzle.

Les perspectives d'avenir

L'objectif, a précisé M. Kienzle, est de briser le cercle vicieux au sein duquel les faibles revenus des agriculteurs conduisent à un faible potentiel d'investissement dans les semences, l'engrais et dans les machines appropriées, conduisant finalement à de maigres rendements et à un revenu encore plus faible.

Inverser la tendance permettrait d'améliorer le bien-être des familles agricoles et de faciliter l'émergence de solutions face au paradoxe de la faible demande en matière de tracteurs, qui nuit à la disponibilité des pièces détachées et du carburant, réduisant ainsi la valeur de tout investissement dans la mécanisation.

Ce changement peut s'opérer grâce aux demandes des agriculteurs. Dans le passé, de nombreuses initiatives ont échoué, avec des machines données ou subventionnées qui finissent «orphelines» en raison de l'absence de pièces détachées et de services de réparation. Aujourd'hui, de nombreux pays possèdent des cimetières remplis de tracteurs et de l'équipement qui leur était associé, qui semblait bon marché au début mais qui s'est révélé être particulièrement onéreux.

Financer une mécanisation durable est un défi en soi. Alors que la plupart des technologies agricoles modernes sont aujourd'hui trop sophistiquées pour les petits exploitants agricoles africains, d'autres options existent.

Le rapport souligne que les principaux fournisseurs internationaux de machines agricoles produisent maintenant des équipements moins chers et qui conviennent plus aux pays en développement. Parallèlement, il existe également de plus en plus de sociétés spécialisées dans les machines agricoles en Argentine, au Brésil, en Chine, en Inde, en Turquie et ailleurs (aucune en Afrique jusqu'à présent) qui concentrent leurs efforts sur le transfert de technologie dans l'intérêt des petits exploitants agricoles.

Dans plusieurs pays, des coopératives - notamment au Bénin et au Nigéria - ont réussi à offrir des services de mécanisation à leurs membres, qui ont non seulement eu un impact économique et social positifs mais ont également bénéficié d'une participation active.

Ailleurs, certaines personnes ont créé des entreprises en achetant et en louant de l'équipement à d'autres petits exploitants agricoles.

L'Ethiopie, le Ghana, le Kenya et le Nigeria étudient de très près le cas du Bangladesh et de sa mécanisation agricole, qui repose principalement sur des tracteurs à moteur diesel monocylindres à deux roues pouvant s'adapter aux pompes de puits, aux bateaux à aubes, aux batteuses, aux meules et à la production des cultures.

Les agriculteurs ayant accès aux tracteurs de plus petite puissance peuvent les utiliser avec des planteurs qui déposent directement des semences dans le sol, tout en garantissant une perturbation minimale, annihilant ainsi tout travail au sol et respectant les régimes agricoles de conservation.

Photo: ©FAO/ Swiatoslaw Wojtkowiak
Des agriculteurs inspectent des machines agricoles à Kaffrine, au Sénégal.

Partagez