FAO.org

Accueil > Médias > Nouvelles

Les femmes rurales sont confrontées à une inégalité croissante

Il est urgent que des actions politiques soient mises en œuvre pour permettre aux femmes d’impulser la croissance économique rurale et la réduction de la pauvreté

Photo: ©FAO/Giulio Napolitano
Un lourd fardeau à porter
21 janvier 2011, Rome/Genève - Selon un nouveau rapport interinstitutions des Nations Unies sur la dimension sexospécifique du travail agricole, les femmes continuent à tirer moins de bénéfices que les hommes de l'emploi rural et sont confrontées à de nouveaux défis liés aux crises économique et alimentaire actuelles.

Le rapport intitulé Gender dimensions of agricultural and rural employment: Differentiated pathways out of poverty (Les dimensions sexospécifiques de l'emploi agricole et rural: différencier les démarches de lutte contre la pauvreté) nous apprend que bien que l'inégalité entre les sexes varie considérablement d'une région à l'autre et d'un secteur à l'autre, il apparaît que, globalement, les femmes profitent moins de l'emploi rural que les hommes, qu'il s'agisse d'un emploi indépendant ou salarié.

De plus, au-delà des autres défis liés aux disparités entre les sexes en matière d'emploi rural, les récentes crises alimentaire et financière ont ralenti les avancées réalisées sur la voie du renforcement de l'égalité entre les sexes et de l'obtention d'un travail décent pour les femmes dans les secteurs agricole et rural au cours des dernières années.

Du fait des pertes d'emploi et de la réduction des dépenses publiques consacrées aux infrastructures et services sociaux, les femmes voient leurs charges domestiques et la non-rémunération de leur travail s'intensifier, et leur contribution financière à la sécurité alimentaire du foyer est susceptible de décroître, lit-on dans ce rapport. Une situation particulièrement dramatique quand les femmes sont chef de famille.

Migration et féminisation des activités rurales, commerce international et diversification de l'économie rurale, travail des enfants, tels sont entre autres les problèmes et tendances qui se font jour concernant les femmes employées dans le secteur agricole et dont fait état ce rapport.

Publié conjointement par la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et l'Organisation internationale du travail (OIT), ce document recense les réflexions les plus récentes sur la dimension sexospécifique du travail rural et agricole et cherche à promouvoir le débat sur le rôle déterminant des femmes dans la croissance économique et la réduction de la pauvreté en milieu rural.

Toujours selon ce rapport, les facteurs qui désavantagent les femmes au plan économique sont notamment: l'emploi (métier et tâches), la segmentation (surreprésentation dans les emplois de qualité médiocre), l'inégalité de revenus entre les sexes et un nombre inférieur d'heures rémunérées pour une charge de travail globalement plus lourde.

A titre d'exemple, le rapport indique qu'il est intéressant de noter que, dans les pays développés ou en développement, l'écart salarial entre hommes et femmes ne s'explique pas dans 90% des cas: en d'autres termes, cet écart est attribué à la discrimination entre les sexes.

Ce rapport montre que cette discrimination à l'encontre des femmes limite à la fois leur productivité économique et leur développement personnel. Les femmes ont besoin d'avoir accès à l'éducation, à la formation, au crédit, aux marchés, à l'assistance technique et à une protection de l'emploi. Elles ont besoin d'un accès identique et garanti à la terre et aux autres biens. Et elles ont besoin d'un "capital social", y compris la possibilité d'être sur un pied d'égalité avec les hommes au sein des organisations paysannes.

Dotées de ces avantages (accessibles depuis longtemps aux hommes), les femmes peuvent accroître leur contribution au développement national et à la réduction de la pauvreté. Sur 1,4 milliard de personnes confrontées à l'extrême pauvreté dans les pays en développement, 70% vivent en zone rurale; c'est pourquoi il est crucial d'augmenter la participation économique des femmes rurales si l'on veut atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.

A citer parmi les conclusions de ce rapport:
  • L'énorme contribution économique du travail non rémunéré doit être reconnue et des mesures doivent être prises pour réduire et redistribuer la charge des tâches domestiques.
  • Les programmes de travaux publics peuvent favoriser l'égalité entre les sexes dans l'emploi rural, à plus forte raison quand les bénéficiaires sont réellement impliqués dans leur conception.
  • Promouvoir une éducation féminine de qualité dans les zones rurales et réduire les disparités entre les sexes au niveau de l'enseignement primaire et secondaire amélioreront l'accès des femmes à un emploi décent.
  • Les exportations agricoles non traditionnelles peuvent créer des emplois de qualité pour les ruraux des deux sexes, mais les femmes en particulier sont exposées à une application laxiste des normes du travail.
  • Un ensemble de mesures politiques complémentaires est nécessaire pour remédier à ces nombreuses disparités entre les sexes dans le domaine de l'emploi rural. Les mesures doivent inclure des réformes juridiques susceptibles de promouvoir: l'égalité entre les sexes; des dispositifs de protection sociale; une aide aux organisations d'appui aux paysans, aux femmes et aux jeunes; des programmes de soins aux enfants; l'éducation; et un meilleur accès à l'information et au marché du travail.

La pierre angulaire de ce rapport analytique est la proposition par les Nations Unies d'un Agenda pour un travail décent, qui met l'accent sur la création de meilleurs emplois, la protection sociale, l'application universelle des normes du travail et la promotion d'institutions rurales équitables.