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Les hirondelles refont le printemps à Ichkeul

Pour un équilibre des écosystèmes méditerranéens et de ceux qui y vivent

Photo: ©FAO/Giulio Napolitano
Vol de goélands railleurs au-dessus de l'Aire protégée de Thyna

12 mai 2011, Lac d'Ichkeul (Nord Tunisie) - Le constat est sans appel: si les zones humides et aires protégées ne participent pas de manière significative au développement local, elles sont condamnées à disparaître.

Tous ces écosystèmes sont aujourd'hui confrontés au dilemme économique: soit elles deviennent rapidement facteur de développement pour les populations, soit elles seront progressivement effacées par une conversion et une exploitation inéluctables du milieu.

En 2010, l'Année internationale de la Biodiversité a, entre autres, permis à la FAO et à ces partenaires - dont l'Italie et la Convention de Ramsar sur les zones humides - de renforcer la mise en œuvre d'Accords environnementaux multilatéraux (AEM) dans les îles et pays côtiers méditerranéens et de mesurer le rôle et l'importance des écosystèmes fragiles et de leur biodiversité dans l'agriculture et l'alimentation en ces temps de bouleversements climatiques.

La biodiversité, c'est-à-dire les nombreux écosystèmes naturels et les espèces animales et végétales qui y vivent, est vitale pour l'homme, son bétail et pour la fourniture d'eau potable et d'autres services utiles. La FAO confirme que les mécanismes internationaux tels que la Convention de Ramsar sur les zones humides aident les peuples et les pays à trouver les meilleures mesures de réglementation afin que de tels systèmes oeuvrent pour l'homme et la nature.

Selon Habib Abid, le Directeur de la conservation des forêts au Ministère tunisien de l'agriculture et de l'environnement, la création en 1980 du Parc national de l'Ichkeul de 12 600 ha a, certes, permis une régénération spectaculaire des espèces mais «le défi, aujourd'hui, est de concilier l'utilisation des ressources sur les aires protégées avec les besoins de la population rurale». 

«Les écosystèmes naturels de Tunisie accueillent plus de 40% du cheptel; ici, à Ichkeul, nous dénombrons 300 à 400 têtes d'ovins. La population rurale demande toujours plus d'aires de pâturages, ce qui nous amène à négocier des solutions de rechange pour un usage rationnel des ressources protégées; avec l'aide d'ONG locales, nous réaménageons des prairies pour le cheptel.»

Participer au cycle de la nature   

Le Lac d'Ichkeul, situé à 75 km au nord de Tunis, est une véritable plaque tournante d'oiseaux migrateurs entre l'Europe et l'Afrique. 500 000 oiseaux y passent l'hiver, soit en provenance de l'intérieur du continent africain pour la nidation soit pour échapper à l'extrême froid du Nord avant de migrer en Europe et en Russie où ils nichent au printemps.

Le hameau où vit Jamel surplombe le Parc national d'Ichkeul, désormais inscrit au patrimoine mondial, habitat retrouvé du buffle d'Ichkeul, de l'oie cendrée et du canard colvert, où germent à nouveau herbiers et graminées.

«En tant que résident, j'ai un droit d'usage sur les ressources et l'on m'enseigne quelques bonnes pratiques telles que la greffe d'arbres fruitiers sauvages. Je peux vendre quelques produits d'agriculture biologique comme les olives sauvages, les grains de câpriers ou le miel, très prisés par les visiteurs ou les vacanciers», déclare Jamel.

«Tout cela à un prix: apprendre le respect des espèces et le cycle de la nature car les aires protégées participent au rétablissement de l'équilibre écologique», explique Mohamed Moktar, le Chef d'arrondissement des forêts de Bizerte.

«Voyez, par exemple, ce marécage de l'oued Melah (ou Ghar El Melh); l'agriculture y est encore basique et traditionnelle et cache un potentiel inexploré et inexploité pour les populations riveraines de ces zones humides. Tout pousse dans ce sol sablonneux, la lagune d'eau de mer alimente la nappe souterraine d'eau douce qui ensuite irrigue les racines des plantes.»

Encourager le développement communautaire

Selon le coordinateur du Bureau sous-régional de la FAO pour l'Afrique du Nord basé à Tunis, Benoit Horemans, avec un plan de développement communautaire solide, les jeunes sans emploi pourraient puiser une source de revenus non négligeable dans la culture et la commercialisation des pommes de terre, haricots verts, ail et oignons, en saison et en arrière-saison.

L'appui à la valorisation des ressources et à leur utilisation rationnelle en termes de plans d'investissement et de développement communautaire est une priorité que partage aussi Paul Ouédraogo, Conseiller principal pour l'Afrique du Secrétariat de la Convention de Ramsar sur les zones humides (Gland, Suisse).

«Le développement intégré des bassins versants et hydrologiques est un concept auquel nous sommes attachés et le meilleur cadre de travail pour nos partenaires.»

Les défis sont nombreux. Parmi eux, l'évaluation des services des écosystèmes, le renforcement des législations des zones humides, outils juridiques pour une meilleure gouvernance, le renforcement des capacités pour l'exploitation rationnelle des ressources et leur régénération naturelle durable et l'appui organisationnel et technique de développement communautaire pour la sécurité alimentaire des populations rurales.

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Zones humides et eau sont vitales pour la vie - L'année 2011 marque le 40ème Anniversaire de  la Convention de Ramsar sur les Zones humides, signée dans la ville de Ramsar, en Iran, le 2 février 1971.

La Convention œuvre pour la conservation et l'utilisation rationnelle des 42 types de zones humides en tant qu'atouts importants pour divers secteurs tels que agriculture et sécurité alimentaire, foresterie, énergie, approvisionnement en eau, santé, agglomérations urbaines et rurales, industrie, tourisme, faune, commerce et transport qui contribuent au développement socio-économique durable. L'urgence de la situation n'en demande pas moins.

Zones humides, eau et diversité sont intimement liées. Ce sont des éléments transversaux qui exigent de collaborer aux niveaux local, national et international. Le partenariat pour la vie s'impose si nous voulons relever les défis que posent les changements climatiques, la pollution de l'eau par l'industrie, l'agriculture intensive, l'urbanisation et ses déchets, les besoins croissants en eau. La Convention de Ramsar se doit de contribuer et de faire croître ce partenariat indispensable pour les générations actuelles et futures.

La gestion efficace, y compris la réhabilitation des zones humides dans des scénarios de changement climatique prévisible, devrait également satisfaire les besoins humains fondamentaux en matière d'alimentation et d'eau, tout en gardant à l'esprit qu'une demande croissante dans ces domaines pourrait également entraver la gestion des zones humides.