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La FAO intensifie sa lutte contre la désertification en Afrique

Au Sénégal, un projet pilote connaît un grand succès

Photo: ©AFP/Seyllou Diallo
Des acacias pour reverdir le désert
10 juin 2011, Rome - Un projet pilote de la FAO contre la désertification connaît un grand succès au Sénégal et sera étendu à d'autres territoires en Afrique dans le cadre des efforts déployés par l'Organisation pour transformer les terres arides en terres fertiles.

Quand on sait que les deux tiers du continent africain sont désormais classés comme zones désertiques ou arides et que la désertification affecte un quart de la population mondiale, cette percée a le potentiel de transformer la vie des populations vulnérables.

Lancé en 2004, le Projet Acacia a permis la plantation et la gestion de forêts d'acacia sur des terres arides, contribuant ainsi à combattre la désertification tout en offrant des avantages socio-économiques aux collectivités locales.

Fatou Seye, son mari et leurs six enfants, vivent dans le village de Thiékene Ndiaye sur les terres arides du Sénégal. Agée aujourd'hui de 50 ans, Fatou se souvient de l'aspect des terres lorsqu'elle était enfant: «Quand j'étais jeune, la terre était tellement plus verte et avait une bien plus grande diversité d'espèces végétales.»

Ici, comme dans la plupart du Sahel - la ceinture de 5000 km de terre qui sépare le désert du Sahara du reste de l'Afrique - la végétation n'a cessé de reculer face au désert.

Le Projet Acacia

Le changement climatique a entraîné des périodes de sécheresse prolongée. L'agriculture intensive et le surpâturage ont dégradé les terres alors que la déforestation transformait les terres autrefois fertiles en déserts. Pour inverser ce processus de désertification, la FAO est d'abord intervenue au Sénégal avec le Projet Acacia.

Fatou Seye et sa famille sont parmi les bénéficiaires. «Avant le projet nous n'avions pas d'arbres, nous cultivions des terres dégradées et infertiles, mais avec le projet tout a changé», dit-elle.

Fatou Seye est l'une des 150 femmes du village à bénéficier du projet. De 2004 à 2007, la FAO, en partenariat avec les services forestiers du Sénégal, a fourni aux villageoises des semences et des plants. Elle leur a appris à semer et à planter les acacias puis à en extraire la gomme et à la commercialiser.

Les arbres ayant atteint leur maturité l'an dernier, l'extraction de la gomme a commencé à faire rentrer de l'argent. Mais les bénéfices pour la collectivité locale étaient déjà au rendez-vous bien avant cette date.

Selon Nora Berrahmouni, experte en forêts de la FAO, «l'acacia est un arbre qui offre de nombreux avantages: il nourrit le sol en captant l'azote qui restaure la fertilité; il offre un abri et son ombre aux cultures; il produit la gomme arabique, qui a un marché international, ce qui rend l'arbre profitable pour l'économie; il fournit également du fourrage pour le bétail et des aliments pour les collectivités locales».

Un grand potentiel

Fatou confirme que l'acacia a déjà considérablement amélioré les conditions d'existence «parce que maintenant nous produisons du mil, des arachides, des haricots et du jus d'hibiscus que nous consommons; nous avons augmenté la production de fourrage pour le bétail et nous vendons l'excédent du fourrage sur le marché».

Et Fatou d'ajouter: «Avec l'argent que nous gagnons, nous investissons en faveur de notre collectivité pour construire un moulin qui nous permettra de produire de la farine et de fabriquer du pain.»

La récolte de la gomme arabique ne fait que commencer, car c'est à l'âge de sept ans que l'acacia atteint sa maturité. Dans les années à venir, les acacias procureront des revenus supplémentaires aux femmes du village. La gomme est vendue par des intermédiaires à l'usine Valdafrique proche de Dakar. Puis elle est commercialisée sur les marchés internationaux.

Pharmacien en chef à Valdafrique, le Docteur Madiagne Sakho, affirme: «L'industrie de la gomme arabique est un bon business parce que la gomme est très demandée par beaucoup d'industries, notamment l'industrie pharmaceutique et l'agroalimentaire où elle est utilisée dans une grande variété de produits allant des produits de boulangerie et des produits laitiers aux boissons gazeuses.»

Selon Thiam Sakhoudia, du Réseau des associations pour la gomme arabique et la résine, «un grand potentiel existe qui permet d'augmenter les revenus de ces collectivités tout en diversifiant l'économie; aujourd'hui le marché de l'arachide est en crise et la filière gomme arabique pourrait compenser les pertes».


A ce jour, 44 villages ont bénéficié du Projet Acacia au Sénégal. Le projet est en exécution dans cinq autres pays de la région. Depuis 2003, l'Italie a financé le projet à hauteur de 5 389 400 dollars. Vu son succès, la FAO est maintenant à la recherche de financements pour une extension géographique plus large du projet, qui permettrait de reverdir les zones qui bordent le désert du Sahara.

Cette initiative, si elle est menée à bon port, permettra de garder les sables du désert à distance et offrira une protection supplémentaire à des millions de personnes vulnérables vivant sur les terres arides d'Afrique.