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Le Directeur général de la FAO préconise un nouvel ordre agricole mondial

M. Diouf propose un Sommet en 2009 pour revoir le système actuel et trouver 30 milliards de dollars par an

19 novembre 2008, Rome – M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a lancé aujourd’hui un appel aux leaders de la planète pour la tenue d'un Sommet mondial sur la sécurité alimentaire au cours du premier semestre de 2009 pour jeter les bases d’un nouvel ordre agricole mondial et trouver 30 milliards de dollars par an pour éradiquer rapidement et définitivement la faim de la surface de la terre.

Prenant la parole devant les représentants de 191 pays membres réunis dans le cadre d'une session extraordinaire de la Conférence de la FAO, M. Diouf a déclaré qu'un tel Sommet était nécessaire: "Il est indispensable, plus de 60 ans après (la création de la FAO), de créer un nouveau système de sécurité alimentaire dans le monde."

Et M. Diouf d'enchaîner: "Il faut corriger le système actuel qui génère une insécurité alimentaire mondiale à cause des distorsions d'un marché international provoquées par les soutiens à l'agriculture, les droits de douane, les barrières techniques au commerce, mais aussi par une allocation déséquilibrée des ressources de l'aide publique au développement et des budgets nationaux des pays en développement."

Le Sommet proposé par M. Diouf au cours du premier semestre de 2009, devrait, selon le Directeur général de la FAO, "assurer une plus grande cohérence dans la gouvernance de la sécurité alimentaire mondiale et jeter les bases d'un nouveau système d'échanges agricoles offrant aux agriculteurs des pays développés comme à ceux des pays en développement la possibilité de gagner dignement leur vie".

"Nous devons avoir l'intelligence et l'imagination de concevoir des politiques de développement agricole, ainsi que des règles et mécanismes assurant un commerce international non seulement libre mais également équitable."

Sauver l'humanité de la faim

"Ce Sommet, a ajouté M. Diouf, devrait en outre trouver 30 milliards de dollars par an pour créer des infrastructures rurales et accroître la productivité agricole du monde en développement". Engager une telle somme pour sauver l'humanité de la faim n'est pas déraisonnable quand on sait qu'il n'a fallu que quelques semaines pour réunir plus de 100 fois ce montant pour tenter de juguler la crise financière mondiale.

Ce montant est modeste comparé aux 365 milliards de dollars consacrés en 2007 au soutien de l'agriculture dans les pays de l'OCDE et aux 1 340 milliards de dollars pour les dépenses militaires mondiales au cours de la même année dans les pays développés et en développement.

Vers la fin octobre, lors de la célébration de la Journée mondiale de l'alimentation à New York en présence du président Bill Clinton et du Secrétaire général de l'ONU, et début novembre, dans son message de félicitations au président élu Barack Obama, M. Diouf avait proposé que les Etats-Unis jouent le rôle de chef de file pour la convocation du Sommet.

Au cours du Sommet, les Chefs d'Etat et de gouvernement devraient tomber d'accord sur la création d'un "Fonds d'intervention d'urgence" pour avoir une capacité de relance de la production dans les pays à faible revenu et fortement importateurs d'aliments, a indiqué M. Diouf.

Pas besoin de nouvelles structures

Pour atteindre cet objectif, M. Diouf a proposé de renforcer le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) qui avait été créé après la Conférence mondiale de l'alimentation de 1974 pour l'examen et le suivi de la situation alimentaire internationale.

"Mécanisme intergouvernemental, le CSA a un caractère universel. Il est ouvert à tous les Etats Membres de la FAO et des Nations Unies, et aux représentants d'autres intitutions internationales, d'ONG, de la société civile et du secteur privé", a fait observer le Directeur général de la FAO.

Plus précisément, le rôle du CSA consisterait à empêcher les crises alimentaires internationales et à contribuer au développement et à la mise en oeuvre des politiques nécessaires aux plans national, régional et international pour assurer la sécurité alimentaire dans le monde.

Le CSA pourrait également servir de forum pour les débats sur les principes de sécurité qui devraient régir le système agricole international. Une de ses tâches serait l'analyse des risques et besoins futurs et la formulation de recommandations politiques appropriées.

Il convient d 'améliorer le CSA en tant que système de gouvernance de la sécurité alimentaire mondiale. Il devrait englober un "partenariat mondial pour la sécurité alimentaire" s'appuyant sur les alliances existantes et sur un réseau mondial d'experts de haut niveau.

Celui-ci devra oeuvrer avec les réseaux de conseils externes existants comprenant des experts en cultures, élevage, pêche, foresterie et des spécialistes dans les aspects socio-économiques de l'alimentation et de l'agriculture. Cette collaboration devra se faire, si possible, selon les modalités pratiques de fonctionnement du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a-t-il indiqué.

Et M. Diouf de souligner que la FAO est parfaitement consciente de ce qu'il convient de faire pour éradiquer la faim dans le monde et doubler la production alimentaire mondiale d'ici à 2050 pour nourrir une population qui atteindra 9 milliards. "Des plans, des programmes et des projets existent pour résoudre le problème de l'insécurité alimentaire dans le monde". Mais la réalisation de ces objectifs relève de problèmes d'ordre politique et de financement plutôt que de questions d'ordre technique.

Le Plan d'action immédiate

La Conférence extraordinaire de la FAO a adopté un Plan d'action immédiate triennal relatif à une véritable refonte du fonctionnement de l'Organisation suite à une évaluation externe indépendante effectuée en 2006-07.

Principaux éléments de ce Plan: mieux cerner les objectifs stratégiques et cibler les priorités et programmes; réformer les processus financiers; améliorer la gouvernance et le contrôle ainsi que les performances grâce à des procédures de management plus souples et responsables.

Il s'agit, a indiqué M. Diouf, de réformer la FAO afin de lui permettre de remplir un rôle plus efficace au plan de la sécurité alimentaire mondiale. Mais nous devons aussi changer l'environnement politique et de financement public ainsi que le système d'échanges international au sein desquels opère la FAO, a-t-il ajouté.

Le Plan d'action doit démarrer l'an prochain et se poursuivre jusqu'en 2011.