FAO.org

Accueil > Médias > Nouvelles

Ouvrir la voie aux crédits carbone pour la restauration des pâturages dégradés

La FAO aide les éleveurs à tirer des revenus du carbone qu’ils piègent en réhabilitant les écosystèmes endommagés

Photo: ©FAO/P. Gerber
Pâturages dégradés dans la Province de Qinghai, en Chine
27 septembre 2011, Rome - L'énorme potentiel que détiennent les pâturages pour soutenir les moyens d'existence durables tout en piégeant le carbone de l'atmosphère et en contribuant à freiner le réchauffement de la planète pourra bientôt être exploité grâce à une nouvelle méthodologie mise au point par la FAO en collaboration avec l'Académie chinoise de sciences agronomiques, l'Académie chinoise des sciences et le Centre mondial de l'agroforesterie, et la contribution financière de l'Agence Française de Développement.

De vastes étendues de pâturages de la planète sont modérément ou gravement dégradées et leur remise en état pourrait éliminer des gigatonnes de carbone de l'atmosphère et améliorer la résilience au changement climatique.

Jusqu'à présent, toutefois, les mécanismes de crédit carbone qui financent les projets réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES) et fixant le carbone n'ont guère tenu compte de l'agriculture.

Un défi majeur a consisté à trouver des moyens fiables et abordables de mesurer combien de carbone est piégé dans les projets agricoles. La nouvelle méthodologie de gestion durable des pâturages (Methodology for Sustainable Grassland Management) pourrait contribuer à surmonter cet obstacle.

"Nous pensons avoir résolu le problème et trouvé un moyen fiable pour les éleveurs qui investissent dans la restauration des pâturages de prouver qu'ils piègent des quantités mesurables de carbone et de financer leurs activités en accédant au financement de l'atténuation", a déclaré Pierre Gerber, un spécialiste de politiques d'élevage à la FAO qui travaille au projet.

Mesurer le carbone

L'aspect innovant de la méthodologie de la FAO est qu'elle offre un moyen rentable d'estimer de manière fiable la quantité d'émissions de GES éliminées de l'atmosphère grâce à une meilleure gestion des pâturages.

"Notre approche permet non seulement de mesurer directement le piégeage du carbone par l'échantillonnage du sol mais aussi par modélisation par ordinateur sur la base des types de sols et des activités entreprises", a expliqué Leslie Lipper, une économiste de la FAO participant au projet. "Etre en mesure de démontrer le suivi fiable est essentiel pour les projets qui souhaitent participer aux marchés du carbone, et la modélisation réduit les coûts de suivi, permettant aux petits gardiens de troupeaux et aux éleveurs d'y prendre part ".

La méthodologie est en train d'être appliquée à un projet pilote dans la province de Qinghai (Chine), qui émettra des crédits carbone significatifs pendant une période de 10 ans. Les pâturages restaurés auront stocké d'ici là le plus de carbone possible, et les revenus tirés des échanges de carbone diminueront. Mais les terres auront récupéré leur pleine productivité et les systèmes d'élevage seront passés à un modèle durable capable de soutenir les moyens d'existence de générations d'éleveurs.

Crédits carbone des pâturages restaurés

Le projet de Qinghai a démarré en 2008, lorsque la FAO, le Centre mondial de l'agroforesterie, l'Académie chinoise des sciences et le Gouvernement provincial ont commencé à travailler avec les éleveurs pour concevoir des pratiques améliorées de pâturage et de gestion des terres en mesure de restaurer la santé des sols, d'améliorer la production de lait et de viande et d'engendrer des services écosystémiques tels que la réduction des ruissellements et des crues subites et la conservation de la biodiversité.

Le but final consiste cependant à élaborer une méthode rentable pour estimer dans quelle mesure ces pratiques se traduisent par des réductions de GES en fixant le carbone dans les sols et en réduisant la production de méthane par les animaux, de sorte que les éleveurs puissent tirer des recettes des crédits carbone sur les marchés d'échange de droits d'émissions. Ce complément de revenu est essentiel pour surmonter les obstacles que doivent affronter les éleveurs pour la restauration des écosystèmes (ex. les réductions à court terme des revenus tirés de l'élevage).

Les recettes sont investies dans des opérations de restauration de la santé des terres dont ils dépendent et la création d'associations commerciales visant à améliorer leurs profits tirés de l'élevage traditionnel.

"Le  projet en Chine n'est qu'un exemple de ce que peut accomplir cette méthodologie. Il peut être reproduit tel quel ailleurs, et mis à l'échelle pour obtenir des résultats similaires sur la plupart des pâturages dégradés", a souligné M. Gerber.

Ouverture vers le financement de l'atténuation

La FAO vient de soumettre sa méthodologie pour approbation auprès de l'organisation à but non lucratif "Verified Carbon Standard" (VSC), un programme de comptabilisation des gaz à effet de serre utilisé par les projets du monde entier pour vérifier et émettre des crédits carbone sur les marchés d'émissions.

Une fois approuvé, tout projet utilisant la méthodologie aura le droit de créer et d'échanger des crédits carbone sur les marchés volontaires du carbone dans le monde entier.

"Par ailleurs, cette méthodologie offre désormais aux pays la possibilité d'intégrer la gestion durable des pâturages dans leurs actions d'atténuation appropriées au niveau national (NAMA) pour réduire les émissions de GES, qui sont élaborées conformément aux stratégies climatiques nationales et aux Accords de Cancun de l'UNFCCC de décembre dernier", a ajouté M. Lipper. "Jusqu'ici, il existait bien peu de possibilités de le faire".