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La JMA centrée sur la valse des prix alimentaires

Les investissements dans l’agriculture et les femmes, clés de la sécurité alimentaire

Photo: ©FAO/G. Napolitano
Le Directeur général de la FAO Jacques Diouf donne la parole à Michelle Bachelet

17 octobre 2011, Rome - La valse des prix des denrées alimentaires - successions récentes d'envolées et d'accalmies - qui menace la sécurité alimentaire de millions d'individus dans le monde était aujourd'hui au cœur des préoccupations et des entretiens des chefs des trois agences des Nations Unies basées à Rome, qui célébraient ensemble la Journée mondiale de l'alimentation (JMA).

Les prix des denrées alimentaires - de la crise à la stabilité est le thème, cette année, de la JMA suite à cinq années consécutives d'instabilité et souvent d'envolée des prix alimentaires, lesquels se situent aujourd'hui à des paliers proches de leurs niveaux records.

La JMA marque l'anniversaire de la création de la FAO en 1945 au Québec. Elle est célébrée chaque année dans plus de 150 pays à travers le monde. Cette année, l'événement coïncide aussi avec le 60e anniversaire du transfert de la FAO de Washington à Rome.

Dans un message aux participants à la cérémonie de la JMA, qui s'est tenue au siège de la FAO, le Pape Benoît XVI souligne que la lutte contre la faim et la famine nécessite des solutions à la fois immédiates et de long terme.

La Corne de l'Afrique

Dans une allusion évidente à la crise dans la Corne de l'Afrique où la famine a d'ailleurs été officiellement déclarée dans le sud de la Somalie, le Pape  a déclaré: "Face à la mort de communautés entières du fait de la faim et de l'abandon forcé des gens de leurs terres d'origine, une assistance immédiate est essentielle, mais il est également nécessaire d'intervenir à moyen et long terme afin que l'action internationale ne réponde pas seulement à l'urgence."

Le Saint-Père qualifie de "lamentable" l'idée qui fait des adeptes et selon laquelle les denrées alimentaires ne sont que marchandise et en conséquence "sujettes à des mouvements spéculatifs".

A propos de l'agriculture comme moteur de la croissance économique, le Pape affirme: "Le travail agricole ne doit pas être considéré comme une activité secondaire, mais plutôt au cœur de toute stratégie de croissance et de développement intégral."

"La libération du joug de la faim est la première manifestation concrète du droit à la vie", ajoute Benoît XVI.

L'importance des investissements

Inaugurant la cérémonie, M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, indique que des investissements supplémentaires de plus de 80 milliards de dollars sont requis tous les ans dans l'agriculture et les activités annexes pour couvrir les approvisionnements alimentaires mondiaux en 2050. Des investissements plus importants sont la clé pour atténuer les fluctuations des prix des denrées alimentaires et renforcer la résilience des populations et des pays pauvres, dit-il en substance.

M. Diouf dit encore: "En toile de fond de l'impact dévastateur sur les moyens de subsistance des pauvres de l'envolée et de la volatilité des prix alimentaires, ce sont vingt années de sous-investissement dans l'agriculture et de négligence de ce secteur."

La crise dans la Corne de l'Afrique montre que des réponses à court et à moyen terme sont requises et que des ressources financières prévisibles sont nécessaires pour s'attaquer aux causes profondes de la famine et de l'insécurité alimentaire, selon M. Diouf.

"Le monde possède les connaissances et les moyens financiers nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire pour tous, et donc pour rendre ce monde plus stable. L'heure est venue de rendre cela possible", s'exclame le Directeur général de la FAO.

Rendre aux femmes leurs droits 

De son côté, Mme Michelle Bachelet, ancienne Présidente du Chili et actuelle Sous-secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive de ONU Femmes, souligne, dans le discours liminaire prononcé au cours de la même cérémonie, que l'une des principales causes de l'insécurité alimentaire est "la pauvreté et la discrimination qui frappent les femmes et les jeunes filles, notamment les agricultrices".

"Puisque les femmes sont aux avant-postes de la sécurité alimentaire, nous devons placer leurs besoins et leurs droits en tête des investissements et des politiques agricoles et commerciales pour passer de la crise à la stabilité", proclame Mme Bachelet.

"Si le monde doit relever le défi de nourrir la population actuelle et les 9 milliards d'habitants à l'horizon 2050, nous devons investir en faveur des femmes et des jeunes filles qui sont des acteurs essentiels pour la sécurité alimentaire (...). L'autonomisation des femmes et des jeunes filles est la clé du progrès en matière de développement, de sécurité alimentaire et de nutrition améliorée", poursuit-elle.

Pour sa part, M. Obiang Nguema Mbasogo, Président de la République équatorienne de Guinée et actuel Président de l'Union africaine, déplore que l'Afrique, notamment sa partie subsaharienne, ploie sous le fardeau de la crise des prix alimentaires.

Estimant que les principales priorités pour l'Afrique sont l'amélioration de la productivité et de la compétitivité des petits agriculteurs, l'investissement dans l'agriculture et les politiques relatives aux régimes fonciers des terres agricoles, le Président africain en appelle à l'esprit de solidarité nationale et internationale pour réduire le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

Générosité et coopération

Le Ministre italien des affaires étrangères, M. Franco Frattini, estime pour sa part qu'il faudrait, pour débarrasser le monde de la faim, une forme différente de mondialisation qui refléterait les concepts de "générosité, partage et coopération".

"Un homme affamé n'est jamais un homme libre", dit M. Frattini. "Et souvent il est également un homme dangereux."

Prenant à son tour la parole, M. Francesco Saverio Romano, Ministre italien de l'agriculture, affirme que les pays industriels riches de la planète ont la responsabilité de replacer l'agriculture et la sécurité alimentaire au centre de l'agenda politique international. Selon lui, la mondialisation doit aller de pair avec le développement rural orienté, dans toutes les parties du monde, vers le bien-être des populations.

Une arme secrète

Mme Josette Sheeran, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), souligne, de son côté, tout comme Mme Bachelet, le rôle fondamental des femmes: "Les femmes, dit-elle, sont une arme secrète contre la faim. Elles sont une force puissante dans la lutte contre la malnutrition.

"Lorsque les femmes ont de la nourriture, les enfants mangent. Quand on les aide à cultiver, des communautés mangent. Ainsi, une clé importante pour combattre la faim consiste à prodiguer aux femmes des connaissances, des compétences, des capitaux et des outils pour leur assurer la sécurité alimentaire ainsi qu'à leurs familles et à leurs communautés." 

Le coût de la négligence

M. Kanayo F. Nwanze, Président du Fonds international de développement agricole (FIDA) évoque, lui, le coût de la négligence: "Aussi longtemps qu'il y aura ne fût-ce qu'une seule personne qui meurt de faim, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour prévenir cela. La dernière crise dans la Corne de l'Afrique révèle le coût humain terrifiant de la négligence des zones rurales et de l'agriculture. On ne peut éviter les sécheresses, mais les famines, si."

Et M. Nwanze de poursuivre: "Il existe des stratégies efficaces et des outils que les agriculteurs peuvent utiliser pour accroître leur résilience face aux chocs climatiques et autres. Des placements à long terme dans l'agriculture - et pas seulement des bailleurs de fonds internationaux, mais des pays eux-mêmes - sont la clé pour s'assurer que de telles tragédies ne se reproduisent plus."

Parmi les autres invités d'honneur à la cérémonie marquant la JMA à la FAO citons: le Maire de Rome, M. Gianni Alemanno, et l'Observateur permanent du Saint-Siège auprès de la FAO, Mgr Luigi Travaglino, qui a donné lecture du message du Pape. 

Intermède musical

Dans un tout autre registre, la célèbre chanteuse américaine Dee Dee Bridgewater et le guitariste brésilien Marcus Vinicius ont régalé l'assistance de leurs talents respectifs au cours d'un intermède musical - au rendez-vous: jazz et guitare classique - qui a servi de prélude à l'annonce de la nomination de l'acteur britannique Jeremy Irons Ambassadeur de bonne volonté de la FAO.

La 37e session du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale s'est ouverte aujourd'hui juste après la conclusion des célébrations de la JMA.