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Risques multiples liés au changement climatique pour les pêches et l'aquaculture mondiales

Une "vague de changement" intéressera pêcheurs et pisciculteurs

Photo: ©FAO/F. Mattioli
Pêche artisanale en Afrique de l'Ouest
11 décembre 2009, Rome - Les pêches de capture marines, déjà confrontées à de multiples enjeux liés à la surpêche, à la perte d'habitats et aux lacunes d'aménagement, sont mal placées pour affronter les nouveaux problèmes découlant du changement climatique, selon une nouvelle étude de la FAO.

Les petits états insulaires en développement - qui dépendent des pêches et de l'aquaculture pour au moins 50% de leurs apports protéiques d'origine animale - se retrouvent dans une position particulièrement vulnérable.

Les pêches continentales - dont 90 pour cent sont pratiquées en Afrique et en Asie - sont également à risque élevé, menaçant les approvisionnements alimentaires et les moyens d'existence de certaines des populations les plus pauvres du monde.

Le réchauffement climatique en Afrique et en Asie centrale devrait être supérieur à la moyenne mondiale, et les prévisions suggèrent que d'ici à 2100, 25 pour cent des écosystèmes aquatiques continentaux d'Afrique ressentiront d'importants impacts négatifs.

La pisciculture guère épargnée

La pisciculture pâtira également du changement climatique. Près de 65 pour cent de l'aquaculture est concentrée dans les eaux intérieures des régions tropicales et subtropicales d'Asie, souvent dans les deltas des principaux fleuves.

La montée du niveau des mers au cours des prochaines décennies accroîtra la salinité en amont, ce qui se répercutera sur les élevages piscicoles.

Le rapport de la FAO, intitulé Climate change implications for fisheries and aquaculture, comprend des contributions d'experts du monde entier, et notamment du WorldFish Centre, de GLOBEC International et d'autres organisations.

Ce rapport se classe parmi les enquêtes les plus exhaustives jamais menées jusqu'à présent sur les connaissances scientifiques relatives aux impacts du changement climatique sur les pêches et l'aquaculture.

S'inspirant de quelque 500 articles scientifiques, le tableau dressé par le rapport est celui d'un secteur déjà vulnérable confronté à de vastes changements, souvent profonds.

Scénarios probables

Selon la FAO, certains impacts sur les systèmes marins et aquatiques résultant d'importantes modifications liées aux températures, aux vents et à l'acidification peuvent être prévus "avec un degré de confiance élevé".

A des échelles temporelles courtes - de l'ordre de quelques années - la hausse des températures aura des répercussions sur la physiologie des poissons en raison du transport limité d'oxygène vers les tissus à des températures plus élevées.

Cela se traduira par des changements de la répartition des espèces d'eau douce et marines, avec le déplacement de la plupart des aires de répartition des espèces marines en direction des pôles, l'expansion de l'aire des espèces d'eau plus chaude et la contraction de celle des espèces d'eau plus froide.

A la merci des températures

La plupart des animaux aquatiques étant à sang froid, le rythme de leur métabolisme est fortement affecté par les conditions environnementales, en particulier les températures, dont la modification peut avoir un effet important sur les cycles de reproduction du poisson, y compris la vitesse à laquelle celui-ci atteint sa maturité sexuelle, les périodes de ponte et la taille des œufs.

Par conséquent, outre les modifications des sites de capture du poisson, il y a de fortes probabilités que le changement climatique altère l'abondance et le "recrutement", c'est-à-dire les processus du cycle de vie qui marquent l'entrée des poissons juvéniles dans la population adulte fertile et exploitable.

Les populations aux extrémités polaires de leurs aires de répartition deviendront vraisemblablement plus abondantes à des températures plus douces, tandis que les populations des parties plus équatoriales de leur aire diminueront.

Pour la pisciculture, les hausses de température dans les zones tempérées pourraient dépasser le registre optimal pour nombre d'organismes cultivés aujourd'hui.

Points névralgiques

En difficulté depuis des décennies, la pêche à la morue dans l'Atlantique Nord subira vraisemblablement le contrecoup du changement climatique.

Les fluctuations dues à la température des populations de planctons se répercutent déjà sur les taux de survie des jeunes morues.

Les stocks de morue dans le Golfe du Maine et le banc Georges ont atteint leur limite méridionale de distribution et sont particulièrement vulnérables. Les modèles prévoient un déclin de la morue dans le Golfe du Maine.

De même dans l'Atlantique du Nord-Est, la hausse des températures se traduira par des baisses des stocks de morue de la Mer du Nord.

Les espèces sténothermes, comme le saumon atlantique, "pourraient être évincées de leurs habitats actuels en raison des impacts conjugués du réchauffement, de la modification des habitats, de l'introduction de compétiteurs et de prédateurs et du parasitisme accru", indique le rapport.

Les krills antarctiques (petits crustacés) ont déjà diminué de 38-75 pour cent par décennie depuis 1976. Cela s'explique probablement par la réduction de la banquise autour de la péninsule antarctique.

Ce phénomène a des répercussions importantes sur le réseau trophique de l'océan austral, où le krill est l'aliment de base des pingouins, des phoques et des baleines.

Les récifs de corail sont particulièrement menacés par les impacts du changement climatique - hausse des températures, acidité, intensité des tempêtes et montée du niveau des mers. Ils servent d'habitat à un quart de toutes les espèces marines et représentent d'importantes sources de protéines et de revenus pour beaucoup de pays en développement.

Un secteur crucial

Quelque 520 millions d'individus dépendent des pêches et de l'aquaculture comme source de protéines et de revenus. Pour 400 millions d'entre eux - les plus pauvres - le poisson assure au moins la moitié de leurs apports protéiques d'origine animale et minéraux.

De nombreuses communautés côtières ou de petits pêcheurs vivent déjà dans des conditions de précarité et de vulnérabilité dues à la pauvreté et au sous-développement rural, ainsi qu'à la surexploitation des ressources halieutiques et à la dégradation des écosystèmes qui nuisent à leur bien-être.

Un problème crucial, souligne le rapport, concerne la capacité d'adaptation de ces communautés au changement. Par exemple, même si de nombreuses pêches côtières africaines ne devraient pas ressentir d'effets trop importants, la capacité d'adaptation de la région face au changement climatique est faible, ce qui rend les communautés très vulnérables, y compris aux moindres changements de climat et de températures.

"Il faut prendre sans délai des mesures d'adaptation pour réagir aux opportunités et aux menaces pesant sur les approvisionnements alimentaires et les moyens d'existence et dérivant des conditions climatiques", conclut le rapport de la FAO.