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Réduction drastique de l’emploi de pesticides au Pakistan
Hausse des profits, meilleure santé : un projet FAO-UE montre la voie
Vehari, Pakistan – Au coeur de la vallée de l’Indus, grande zone cotonnière, les contribuables pakistanais financent ce que leurs homologues de l’Union européenne ont lancé: un mouvement visant à dispenser aux agriculteurs les compétences et la confiance nécessaires pour limiter l’utilisation inconsidérée et périlleuse des pesticides tout en réduisant la pauvreté.

"Avant, nous faisions comme nos voisins", explique Muhammad Younis, petit cultivateur de coton. "L’an dernier, j’ai fait six ou sept applications de pesticides, tandis que cette année, je n’ai utilisé les pesticides commerciaux qu’à trois reprises, et les biopesticides (comme le neem et l’aloe vera) deux fois. La culture a l’air de se porter aussi bien que l’an passé, et j’ai fait des économies".

M. Younis s’est familiarisé avec l’écologie de terrain dans une Ecole pratique d’agriculture, une méthode lancée par la FAO et introduite pour la première fois au Pakistan pour former les cultivateurs de coton à la lutte intégrée contre les ravageurs. Le programme conjoint FAO-UE, d’une valeur de 12,4 millions de dollars, a été opérationnel de 1999 à 2004 au Bangladesh, en Chine, en Inde, au Pakistan, aux Philippines et au Viet Nam.

Depuis 2004, le Pakistan a engagé 7,7 millions de dollars de fonds publics pour inclure la lutte intégrée dans les politiques publiques, les programmes universitaires, les services provinciaux de vulgarisation, la recherche et le développement. Des projets quinquennaux à l’échelon national et provincial font appel aux Ecoles pratiques d’agriculture pour former 167 000 agriculteurs à la lutte intégrée.

Dans le cadre de ces écoles, les agriculteurs et les animateurs passent une matinée par semaine durant toute la campagne agricole dans un champ type, à observer le comportement des insectes et les rythmes de croissance des plantes. Ainsi, les agriculteurs constatent que souvent des insectes bénéfiques dévorent les ravageurs, donc que le recours aux pesticides est inutile dans ces cas-là. Les agriculteurs, y compris les analphabètes, commencent à se fier à leur propre jugement, même face aux pressions des agents gouvernementaux et des négociants de pesticides qui les incitent à multiplier les pulvérisations sans prêter la moindre attention à l’écologie.

Selon M. Iftikar Ahmad, Chef du Programme national de lutte intégrée, désormais les agriculteurs ont moins recours aux pesticides. "Nos données nationales montrent une baisse considérable de l’utilisation de pesticides au Pakistan. Les agriculteurs gagnent davantage et une étude gouvernementale montre une augmentation de 10 pour cent de la production de coton grâce à la lutte intégrée."

Parmi les autres avantages, citons une diminution de l’exposition aux pesticides extrêmement dangereux, en particulier pour les femmes qui récoltent pratiquement tout le coton à la main. Dans le cadre du projet FAO-UE, des médecins locaux ont examiné des échantillons de sang prélevés sur ces femmes; en l’absence de lutte intégrée, leur niveau d’enzymes dans le sang est demeuré dangereusement bas pendant plus d’un mois après les travaux des champs.

L’histoire que nous raconte M. Younis n’a rien d’exceptionnel pour le Pakistan rural. "Il y a deux ans, mon frère s’est évanoui et a commencé à vomir alors qu’il était en train d’appliquer des pesticides. Nous l’avons emmené chez le médecin, qui a confirmé l’empoisonnement par pesticide et lui a interdit de pratiquer les pulvérisations. A ce jour, il ne peut toujours pas manipuler ces produits".

Faire durer le changement

L’agriculture au Pakistan relève essentiellement de la responsabilité de la province. Le projet FAO-UE a inséré des fonctionnaires provinciaux clés dans les ateliers et la formation sur le terrain. Aujourd’hui, de nombreux "diplômés" du projet plaident la cause de la lutte intégrée et des Ecoles pratiques d’agriculture comme la méthode de vulgarisation privilégiée, aussi bien pour le transfert de connaissances que pour insuffler chez les agriculteurs la confiance en leurs propres décisions de gestion des cultures.

"Ils nous ont convaincus du bien-fondé de cette approche", affirme Asif Khan, directeur provincial d’un vaste projet pilote de lutte intégrée dans le Punjab, le cœur agricole du Pakistan. "Je suis sûr que la lutte intégrée sera acceptée dans tout le Punjab, et que les Ecoles pratiques d’agriculture deviendront notre nouvelle méthode de vulgarisation, car beaucoup estiment que la vieille approche est obsolète".

Son projet n’est pas dénué de problèmes. "Nous avions promis de fournir aux animateurs des motos et de meilleures conditions d’emploi, mais jusqu’à présent, cela n’a pas été possible. Nous avons également un problème de déblocage des fonds du trésor. Les salaires ne sont pas versés depuis 4 mois."

Synergie FAO-UE

A Islamabad, la capitale pakistanaise, Michael Dale, Chef des opérations de la Commission européenne au Pakistan, décrit les avantages comparatifs que la FAO et l’UE ont apportés au programme de lutte intégrée dans le coton. "La FAO est soutenue par ses membres, Pakistan inclus. L’Organisation répugne à condamner un de ses Etats membres, mais s’active en revanche en coulisses. La CE ne recevant pas de cotisations du Pakistan, je peux me permettre de parler franchement. J’ai, par exemple, fortement critiqué l’industrie des pesticides qui vendait des pesticides de qualité douteuse".

"Nous apprécions de pouvoir mettre à profit l’expérience de la FAO", dit-il. "La CE n’a que neuf personnes ici, ce qui limite les opérations. Ensemble, nous avons accompli un travail considérable. Mais au bout du compte, un donateur ne peut que servir de catalyseur. Si les gens se rendent compte qu’ils en tirent avantage, ils prendront la relève".

Février 2007

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Comment bousculer le statu quo

Contact:

Peter Lowrey
Chargé d'information, FAO
peter.lowrey@fao.org
(+39) 06 570 52762

FAO/A. Hafeez

Durant un cours hebdomadaire à l'Ecole pratique d'agriculture, ces agriculteurs du Punjab apprenent à discerner les bons insectes des mauvais

FAO/A. Hafeez

Après l'observation, la discussion et les échanges de points de vue

FAO/A. Hafeez

Les femmes qui récoltent le coton sont particulièrement exposées aux pesticides

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