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De la Révolution verte à la Révolution génétique
Questions d'accès et d'équité
D'après le nouveau rapport de la FAO, La Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2003-2004, la recherche en biotechnologies agricoles est essentiellement le fait de grands groupes privés implantés principalement dans les pays industrialisés. Il s'agit là d'une orientation profondément différente par rapport à la Révolution verte, où le secteur public joua un rôle de premier plan pour diriger la recherche agronomique sur les problèmes de la faim et de la pauvreté rurale dans le monde en développement.

A l'heure actuelle, les dépenses annuelles totales de recherche et développement en biotechnologies agricoles des dix premières firmes multinationales de biosciences s'élèvent à près de 3 milliards de dollars. En comparaison, le budget annuel total du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI), le plus grand fournisseur public international de technologies agricoles axées sur les besoins des pays en développement, n'atteint pas 300 millions de dollars.

Or, la production et la commercialisation des nouvelles biotechnologies et des OGM est presque entièrement entre les mains du secteur privé. Tous les OGM qui ont été commercialisés dans le monde à ce jour (exception faite de la Chine) ont été mis au point par des entreprises privées, fait remarquer la FAO dans son rapport.

Selon la FAO, ce changement de paradigme a des répercussions importantes sur le type de recherche, les types de technologies élaborées, et la façon dont ces technologies sont utilisées.

"La domination du secteur privé dans les biotechnologies agricoles suscite des préoccupations sur le fait que les agriculteurs des pays en développement, et en particulier les paysans pauvres, ne pourront en tirer profit - soit parce qu'ils ne disposent pas des innovations appropriées, soit parce qu'elles sont trop coûteuses", indique l'Organisation dans le SOFA 2004.

Une fracture moléculaire

Les études de la FAO montrent également que les nations industrialisées dépensent quatre fois plus que les pays en développement pour la recherche publique en biotechnologies, y compris en tenant en compte de toutes les sources de financements publics: national, aide étrangère et centres GCRAI.

Même les plus vastes programmes de recherche agricole du secteur public dans le monde en développement (Brésil, Chine et Inde) ont des budgets annuels modestes, de moins d'un demi milliard de dollars chacun.

Sur plus de 11 000 essais en plein champ conduits sur 81 cultures transgéniques différentes depuis 1987, seulement 15 pour cent ont eu lieu dans les pays en développement ou en transition. En effet, la recherche du secteur privé en biotechnologies dans les pays en développement fait intervenir essentiellement des essais sur leurs propres variétés de plantes transgéniques, note la FAO dans le SOFA 2004.

Changement de cap dans la recherche

Ces tendances ont eu d'importantes répercussions sur les types de produits mis au point et commercialisés.

La recherche du secteur privé est axée sur les cultures et les traits présentant un intérêt commercial pour les agriculteurs des pays à revenu plus élevé, où les marchés d'intrants agricoles sont solides et rentables. Les biens publics agricoles, notamment les cultures et les traits ayant une importance pour les agriculteurs de subsistance dans les environnements de production marginale, ne présentent guère d'intérêt pour les sociétés multinationales, selon le SOFA 2004.

"La domination du secteur privé dans la mise au point de variétés génétiquement modifiées laisse entendre que les cultures et les problèmes de production touchant particulièrement les pauvres ont des chances d'être négligés car les marchés pour ces semences sont probablement très limités", note le rapport.

Mais il semble que les choses soient en train de changer. Les essais en plein champ pour le blé et le riz, les principales cultures vivrières des pays en développement, ont augmenté ces dernières années et une variété de manioc transgénique a été testée pour la première fois en 2000. En outre, des denrées de base biotechnologiques comme les bananes, la patate douce, les lentilles et les lupins ont été approuvées pour des essais en champ dans plusieurs pays.

Toutefois, près des deux tiers des essais en champ dans les pays industrialisés et les trois quarts des essais dans les pays en développement se concentrent sur deux caractéristiques qui ne sont peut-être pas de la plus haute importance pour les paysans pauvres: la tolérance aux herbicides et la résistance aux insectes.

"La résistance aux insectes représente un trait important pour les pays en développement, mais la tolérance aux herbicides pourrait être moins significative dans les zones où la main-d'oeuvre agricole est abondante", explique le SOFA 2004.

"En revanche, de très rares essais en champ dans les pays industrialisés, et encore moins dans les pays en développement, portent sur les traits agronomiques intéressant particulièrement le monde en développement et les zones de production marginale, comme les rendements potentiels et la tolérance au stress abiotique (ex. sécheresse et salinité)".

Propriété intellectuelle et biens publics: incompatibilité?

Un des principaux facteurs à l'origine des investissements croissants du secteur privé dans la recherche sur les biotechnologies agricoles est le fait que depuis 25 ans entrent en jeu des mesures internationales vigoureuses pour protéger les droits de propriété intellectuelle.

Les sociétés privées ont reçu des incitations économiques pour investir dans la recherche et le développement en biotech. Mais si les droits de propriété intellectuelle ont fortement stimulé la recherche du secteur privé dans les pays développés, ils peuvent restreindre l'accès aux outils de recherche pour les scientifiques des pays en développement; en effet, de nombreuses innovations de la génétique sont protégées par des brevets ou des licences en exclusivité, ce qui signifie que les pays en développement se heurtent à des coûts croissants d'accès et d'utilisation des nouvelles technologies.

Ce qu'il faut de toute urgence, soutient la FAO dans le SOFA 2004, c'est un système de courants technologiques qui préserve les mesures d'encouragement des innovations du secteur privé tout en répondant aux besoins des petits exploitants agricoles du monde en développement.

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Suite du dossier…

Les biotechnologies, une réponse aux besoins des plus démunis?

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Les biotechnologies au travail

Combler la fracture moléculaire

Contact:

George Kourous
Chargé d'information, FAO
>> Pour toute question sur cet article
george.kourous@fao.org
(+39) 06 570 53168

Erwin Northoff
Chargé d'information, FAO
>> Pour toute question sur le SOFA 2004
erwin.northoff@fao.org
(+39) 06 570 53105

FAO/23293/A. Proto

La recherche en biotechnologies agricoles est menée essentiellement par des sociétés privées implantées surtout dans les pays industrialisés

FAO/18497/P. Cenini

Cultures de mil ravagées par la sécheresse et le vent. De très rares essais en champ portent sur les traits intéressant particulièrement les petits paysans pauvres, comme la tolérance au stress

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