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Supermarchés et petits agriculteurs
La mondialisation entraîne la concentration des circuits d'agro-alimentaire et de vente au détail
Les tendances de convergence et de modification des régimes alimentaires décrites dans l'article précédent sont en partie attribuables à la concentration croissante des secteurs de la transformation et de la vente.

En Amérique latine et en Asie, régions où ces tendances sont les plus prononcées, les investissements des entreprises transnationales de l'alimentation ainsi que la part du marché alimentaire conquise par les supermarchés ont enregistré une croissance phénoménale.

Entre 1988 et 1997, les investissements étrangers directs dans le secteur de l'alimentation sont passés de 743 millions à plus de 2,1 milliards de dollars en Asie, et de 222 millions à 3,3 milliards de dollars en Amérique latine, comme le montrent les chiffres de la FAO, dépassant de loin les niveaux d'investissement dans l'agriculture.

Au cours d'une période à peu près équivalente, la proportion d'achats d'aliments effectuée en supermarché a plus que doublé, tant en Amérique latine qu'en Asie de l'Est et du Sud-Est. "En Amérique latine, les supermarchés ont gagné presque autant de terrain en une décennie que les supermarchés des Etats-Unis en 50 ans", fait remarquer le SOFI 2004.

En Asie, le boom des supermarchés est survenu plus tard mais a été encore plus rapide. Dans les villes de Chine, la part des supermarchés dans les ventes d'aliments emballés et transformés a grimpé de plus de 50 pour cent en à peine deux ans (1999-2001).

Les entreprises transnationales ont joué un rôle déterminant, ajoute la FAO. Entre 1980 et 2001, les cinq plus grandes chaînes d'alimentation de la planète (toutes d'Europe ou des Etats-Unis) ont affiché une hausse d'au moins 270 pour cent du nombre de pays où elles sont implantées.

Incidences sur les petits agriculteurs

Selon le SOFI 2004, ces changements ont d'importantes incidences sur la sécurité alimentaire de millions de petits agriculteurs et de paysans sans terres, qui constituent la vaste majorité de la population mondiale touchée par la faim chronique.

Dans leur cas, la mondialisation de l'industrie alimentaire et l'expansion des supermarchés présentent tant une possibilité d'accès à des marchés plus lucratifs qu'un risque élevé de marginalisation et de pauvreté accrues, explique la FAO.

Depuis quelques décennies, une poignée d'entreprises transnationales verticalement intégrées étendent leur contrôle sur le commerce, la transformation et la vente de produits alimentaires. Les 30 plus grosses chaînes d'alimentation contrôlent environ le tiers du marché alimentaire mondial.

En Amérique du Sud et en Asie de l'Est, la part de marché détenue par les supermarchés a fortement progressé, passant de moins de 20 pour cent à plus de 50 pour cent en 10 ans. Les plus grands, qui appartiennent le plus souvent à des multinationales géantes, réalisent entre 65 et 95 pour cent des ventes totales de tous les supermarchés d'Amérique latine.

"La présence grandissante des supermarchés se traduit pour les consommateurs par un choix plus vaste, des commodités additionnelles, de meilleurs prix ainsi qu'une meilleure qualité et sécurité sanitaire des aliments", fait remarquer la FAO dans le SOFI 2004. "Mais elle a également mené à la création de filières d'approvisionnement concentrées, où de plus en plus, les acheteurs de quelque géants de la transformation et de la vente au détail dictent les normes, les prix et les calendriers de livraison."

Risques et opportunités

En même temps, la mondialisation des processus d'achat des supermarchés a offert des occasions inégalées pour un certain nombre d'agriculteurs des pays en développement, ajoute le rapport.

A noter, par exemple, au Kenya, les exportations de fruits et de légumes frais et de fleurs coupées destinées aux supermarchés d'Europe ont dépassé le chiffre de 300 millions de dollars par an. Les petits agriculteurs kényans qui travaillent pour l'exportation gagnent maintenant des revenus nettement plus élevés que les autres ménages ruraux. Selon une étude récente de l'Organisation, le taux de pauvreté de ces derniers diminuerait de 25 pour cent environ s'ils étaient en mesure de pratiquer des cultures d'exportation.

Toutefois, pendant que les exportations nationales se développaient, le rôle des petits propriétaires locaux allait s'amenuisant. Avant le boom des exportations de produits maraîchers des années 90, 70 pour cent des fruits et légumes exportés du Kenya provenaient des petites exploitations. A la fin de la décennie, 40 pour cent de la production venait de fermes détenues ou louées directement par les importateurs des pays développés, tandis que 42 pour cent venait des grandes exploitations commerciales. La part des petits exploitants n'était plus que de 18 pour cent.

En outre, les chaînes de supermarchés dans les pays en développement font affaire de préférence avec un nombre limité de fournisseurs capables de répondre à leurs exigences, ce qui a exclu beaucoup de petits agriculteurs.

"Les petits exploitants ont beaucoup d'obstacles à surmonter s'ils veulent avoir une chance de compter parmi les fournisseurs des supermarchés", fait remarquer le SOFI 2004. "Les normes de qualité et de fiabilité qui leur sont imposées peuvent les contraindre à de gros investissements en irrigation, aménagement de serres, achat de camions, réfrigération des locaux et technologies d'emballage."

Autonomiser les petits producteurs

Les coûts de transaction liés à la négociation et à la gestion de contrats avec les petits producteurs peuvent être nettement plus élevés. Les petits producteurs qui ont réussi à se classer parmi les fournisseurs de supermarchés l'ont fait en créant des coopératives ou en devenant producteurs satellites. Dans bien des cas, ils ont eu accès au départ à des informations, à une formation et à des fonds de démarrage fournis par des organismes de développement publics et privés.
Dossier de fond: Comprendre l'insécurité alimentaire

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Comprendre l'insécurité alimentaire

Les chiffres: statistiques de la faim du SOFI 2004

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L'insécurité alimentaire dans un monde de plus en plus urbanisé

Supermarchés et petits agriculteurs

Photo FAO

De 1980 à 2001, les cinq plus grandes chaînes d'hypermarchés au monde ont accru leur pénétration mondiale de 270 %.

Photo FAO

Il est très difficile aux petits agriculteurs de devenir fournisseurs de supermarché, selon le SOFI 2004.

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