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Le tsunami et l'agriculture: Entretien avec Daniel Renault
Daniel Renault, Fonctionnaire principal à la Division des terres et des eaux de la FAO, parle de l'impact du tsunami sur l'agriculture


Quels ont été les principaux dégâts causés à l'agriculture dans les pays frappés par le tsunami?

Je dirais sans hésiter: les pertes en vies humaines. Parmi les victimes du raz de marée on compte de nombreux agriculteurs, de même que des agents de vulgarisation et des experts travaillant pour les institutions agricoles. Les terres, les cultures et les engins agricoles ont également été endommagés, mais moins que ce que l'on avait imaginé, et ils ont déjà été remis en état. Le plus grave, c'est la désintégration des communautés, et la perte de savoir-faire et d'expertise qui aura des répercussions pendant de nombreuses années.

En outre, les dégâts massifs aux infrastructures - telles que routes, canaux, systèmes d'irrigation et de drainage - sont un autre problème, en particulier le long du littoral occidental de Sumatra. Les agriculteurs pourront bientôt reprendre la production de riz et de légumes destinée aux besoins locaux, mais la commercialisation des produits à l'échelle régionale et nationale est encore considérablement entravée. Les coûts de transport sont très élevés là où les routes et les ponts sont endommagés. Ceci entraîne un renchérissement des intrants agricoles, et les produits agricoles doivent être acheminés et commercialisés ailleurs.

Pouvez-nous donner un exemple?

Le tsunami a gravement endommagé un des principaux terminals d'huile de palme de l'ouest de l'Indonésie, près de la ville de Meulaboh, ce qui veut dire que les agriculteurs ne peuvent stocker et vendre leur huile; le marché s'est déjà effondré.

Quelle est la situation dans les autres pays?

Environ 60 000 hectares de terres cultivées ont été touchés dans tous les pays concernés. Nous estimons que le quart de ces terres est définitivement perdu pour l'agriculture. Quant aux dégâts et à la capacité de relèvement, chaque pays, chaque région a ses propres spécificités. Dans certains cas, des problèmes de régime foncier sont apparus. Il faudra probablement déplacer des gens qui vivaient trop près du littoral, il faut trouver de nouveaux arrangements fonciers? tout ceci prendra du temps.

Au Sri Lanka, ainsi qu'aux Maldives, nous déplorons fortement la disparition de plus de 20 000 jardins traditionnels. Ces petites parcelles de terrain à proximité des habitations, où sont cultivés arbres fruitiers et plantes médicinales, légumes et épices, assuraient un complément alimentaire et nutritif fondamental.


Quelle est la démarche de la FAO par rapport à la remise en état des zones frappées par le tsunami?

Notre devise est: "Reconstruire mieux qu'avant". Les zones côtières doivent être rebâties dans une optique durable en mettant l'accent sur la protection des populations et de l'environnement. Les exigences des différents secteurs, comme les pêches et la foresterie, doivent s'inscrire dans un aménagement intégré du littoral.

La destruction des infrastructures et des engins agricoles offre une occasion de moderniser le secteur dans les zones affectées et des opportunités de développement. Au bout du compte, les agriculteurs seront dotés de nouveaux systèmes de transport et d'irrigation permettant, par exemple, de cultiver des cultures de rente qui leur procureront des revenus plus élevés.

Comment la FAO a-t-elle dépensé les fonds du tsunami?

Dès le début de la crise, la FAO a joué un rôle-clé dans la coordination des activités d'urgence. Durant la phase initiale d'évaluation des dégâts, nous avons élaboré un cadre de classification des terres qui a été amplement utilisé. Nous avons fourni des avis techniques aux gouvernements et aux institutions locales grâce à des dizaines d'experts recrutés et détachés dans les pays touchés, sans compter notre propre personnel. La FAO a également fourni des semences et des engrais et commencé à livrer des centaines de motoculteurs en Indonésie.

La salinisation des terres agricoles a posé un grave problème après le tsunami. La FAO s'est employée à renforcer les capacités locales en formant plus de cent responsables locaux et en les dotant d'instruments spéciaux servant à mesurer la salinité des sols. Aujourd'hui, six mois après la catastrophe, la FAO estime qu'environ 80 pour cent des terres ayant des problèmes de salinisation et pouvant encore être affectées à l'agriculture ont été nettoyées par les précipitations ou l'irrigation. Dans certaines régions, il reste encore à nettoyer les terres des détritus et débris.

Les enjeux des prochains mois consisteront à faire redémarrer les activités agricoles et à rebâtir les moyens d'existence de manière durable en mettant l'accent sur l'infrastructure. Il faut améliorer la coordination entre les différents acteurs du processus de reconstruction: c'est là que la FAO aura un rôle primordial à jouer.

Avez-vous une idée du temps que demandera la reconstruction de l'agriculture?

Cela prendra plus de deux ans et la situation variera d'un pays à l'autre. J'espère que d'ici début 2007, on pourra assister à un retour à la normale de la situation agricole dans la plupart des zones touchées.

23 juin 2005

Contact:
Erwin Northoff
Relations médias, FAO
erwin.northoff@fao.org
(+39) 06 570 53105
(+39) 348 25 23 616
FAO

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