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Le tsunami et la foresterie: Entretien avec Susan Braatz
Susan Braatz, du Département des forêts de la FAO, parle de l'impact du tsunami sur les forêts et les arbres et les priorités des efforts de remise en état et de reconstruction dans le secteur


Quel a été l'impact sur les forêts dans les pays touchés par le tsunami?

Le tsunami a causé des dégâts considérables aux arbres et forêts des zones côtières, notamment les mangroves; mais pour en connaître la véritable ampleur, il faudra attendre encore longtemps. La FAO travaille avec les autorités locales et d'autres organisations pour tenter de dresser un bilan plus complet des dommages causés aux forêts. Nous examinons aussi les rôles que les forêts et les arbres du littoral ont joué dans la protection des vies, des terres et des infrastructures dans les zones frappées par le tsunami. Ceci fournira des informations précieuses pour les décisions d'aménagement du territoire durant les phases de relèvement et de reconstruction.

Quelles sont les priorités pour la foresterie?

A mesure que les pays passent de la phase des secours d'urgence à celle de la remise en état et de la reconstruction, et que les gens retrouvent leurs moyens d'existence, d'importantes questions d'utilisation des terres et des ressources se font jour. Les questions de foresterie en font partie.

La priorité est d'exploiter toute la gamme d'avantages des arbres et des forêts pour améliorer les moyens d'existence des populations affectées, aujourd'hui comme à l'avenir. Parmi les avantages principaux figurent la fourniture de produits forestiers et de revenus, l'amélioration de l'environnement et la meilleure protection des côtes. Parmi les mesures nécessaires, citons la remise en état des forêts endommagées, le reboisement et la plantation de nouveaux arbres dans les jardins familiaux et autres systèmes d'agroforesterie.

Certains pays, notamment le Sri Lanka et l'Indonésie, ont préconisé la création de «ceintures vertes côtières» - des bandes de terres boisées réparties en zones ou aménagées pour la protection du littoral contre les tempêtes et autres phénomènes climatiques destructeurs. Il sera nécessaire de concilier les besoins d'une protection améliorée avec les schémas existants d'utilisation des terres, comme les étangs à poisson, les rizières, les sites de débarquement pour les bateaux de pêche et les terres des villages, ainsi que les habitats et les écosystèmes fondamentaux. Chaque village devra trouver un équilibre entre les rôles de protection et de production des forêts et les interactions entre les forêts et les autres utilisations des terres, en fonction du contexte socio-économique et environnemental local. Les efforts de remise en état et de reconstruction se concentreront en particulier sur comment faciliter les processus participatifs d'aménagement du territoire.

Que fait la FAO pour pondérer les exigences économiques des populations locales et les considérations écologiques?

La FAO aide les gouvernements à planifier la reconstruction tant au niveau des provinces que des districts, mais travaille également au niveau des villages pour aider à identifier les besoins locaux des pêches, de l'agriculture et de la foresterie. Nous soutenons des actions dans ces trois secteurs dans le cadre de l'aménagement intégré des zones côtières, où l'utilisation des terres est prise en compte dans tous les secteurs et est rattachée aux écosystèmes et aux processus naturels. Les questions de foresterie ne peuvent être affrontées séparément de celles des pêches, de l'agriculture, de l'industrie, de la conservation de l'environnement, du tourisme et du développement de zones d'habitation.

Il s'agit d'appuyer une utilisation rationnelle des ressources et des terres et d'éviter de recréer des mécanismes non viables à terme comme ceux qui existaient avant le raz de marée. Nous devons chercher des moyens d'intégrer les différents systèmes de production afin qu'ils respectent l'environnement tout en maintenant leur productivité. Ceci se fait en observant les besoins locaux, la capacité des terres et le fonctionnement des écosystèmes naturels.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de cette intégration?

Prenez les forêts de mangroves, qui sont importantes pour la production halieutique. Elles offrent des lieux de frai et des substances nutritives pour le poisson et les coquillages. Par le passé, le défrichement des mangroves dans nombre des pays touchés a influé sur la production et la protection du littoral. Nous devons donc étudier des moyens de restaurer les mangroves endommagées, de décourager la coupe dans d'autres zones et de réintégrer les mangroves dans les systèmes de production des pêches. Par exemple, sur les côtes nord et est de la province d'Aceh en Indonésie, il y a des possibilités de planter des mangroves sur les bords des étangs à poissons et entre les différents établissements aquicoles. Et il existe des moyens de pratiquer la pisciculture et la conchyliculture dans les zones de mangroves sans devoir les convertir forcément en étangs. Les radeaux et les viviers flottants en sont un exemple.

Avec le grand volume de bois nécessaire pour la reconstruction, que fait-on pour éviter d'aggraver la pression sur les forêts restantes?

Ce problème est particulièrement ressenti en Indonésie, où les dégâts du tsunami dans la province d'Aceh sont très étendus, et les besoins en bois pour la reconstruction, énormes. Le bois de provenance légale est limité à Aceh, et la coupe des ressources forestières locales est difficile à contrôler. Les communautés nationale et internationale ont manifesté leurs fortes préoccupations sur la pression exercée sur les forêts de la province.

Le Gouvernement indonésien est conscient du problème et prend des mesures pour réduire les risques d'abattage illicite à Aceh, tout en encourageant l'utilisation de bois d'origine nationale et légale, y compris provenant d'autres provinces. En outre, plusieurs organisations ont mis au point des modèles de maisons requérant moins de bois que les logements traditionnels. Certaines organisations exhortent d'autres pays à faire don de bois pour la reconstruction.

Que fait la FAO dans ce domaine?

En avril, la FAO a entrepris une étude préliminaire des types et de la quantité de bois nécessaire à la reconstruction à Aceh. Elle est en train de parfaire ses estimations. Du côté de l'offre, la FAO a identifié diverses sources de bois en Indonésie qui pourraient servir à la reconstruction - par exemple, des détenteurs de permis de coupe, les arbres hors forêts, les arbres sur les grands domaines, comme les hévéas, et le bois de récupération. En juin, la FAO, avec le concours du Gouvernement de l'Indonésie, des groupes industriels et des ONG, a commencé à élaborer des directives pour les achats officiels de bois, des spécifications techniques pour les produits ligneux et des listes de fournisseurs de bois de sources légales en Indonésie. Elle fournira aussi des directives et des prescriptions pour l'achat de bois d'autres sources. Ceci aidera tous ceux qui s'occupent de la reconstruction des logements et autres infrastructures dans la province d'Aceh.

23 juin 2005

Contact:
Teresa Buerkle
Relations médias, FAO
teresamarie.buerkle@fao.org
(+39) 06 570 56146
(+39) 348 14 16 671
FAO

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