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Le déficit commercial du secteur alimentaire, une menace pour les pays les plus démunis
Les droits de douane et les subventions réduisent les possibilités d'échanges pour les pays pauvres
Les pays en développement ont vu leur déficit commercial de produits alimentaires monter en flèche au cours des 30 dernières années. En effet, ils sont passés d'une balance excédentaire d'environ 1 milliard de dollars dans les années 70 à un déficit de 11 milliards en 2001, selon le nouveau rapport de la FAO, La situation des marchés des produits agricoles.

"Les importations brutes de nourriture par les pays en développement ont augmenté de 115 pour cent au cours de cette période. Quant aux pays développés, qui importent déjà une proportion plus élevée de produits alimentaires, les importations ont progressé de 45 pour cent", ajoute le rapport.

En dollars constants de1997-99, les projections de la FAO montrent que le déficit commercial net de produits alimentaires des pays en développement, c'est-à-dire la différence entre leurs importations et leurs exportations de nourriture, pourrait grimper à plus de 50  milliards de dollars d'ici 2030.

Une période de profonds changements

Nombreux sont les facteurs qui influent sur les marchés internationaux de produits, à commencer par les avancées technologiques et l'évolution des politiques nationales et commerciales. Toutefois, les régimes alimentaires et les préférences des consommateurs ont également de fortes répercussions sur les transactions de produits de base. Avec les effets de la mondialisation, de la propagation des fast food dans les pays en développement et de l'urbanisation, il est clair que le commerce de produits agricoles connaît une période de profonds changements.

Tant le volume que la composition du commerce mondial de produits agricoles, qui diffèrent considérablement dans le monde industrialisé et en développement, témoignent de ces changements.

Dans les pays développés, la plupart des consommateurs peuvent d'ores et déjà se permettre d'acheter leurs aliments préférés. La hausse de leurs salaires a peu d'effet sur le changement de leurs habitudes et achats alimentaires. En revanche, dans les pays en développement, l'augmentation des revenus a un impact immédiat et très marqué sur l'alimentation, et par conséquent sur le commerce des produits de base et des aliments transformés, car les gens achètent des aliments plus coûteux en fonction de leurs disponibilités accrues.

En dehors de la hausse des revenus, le SOCO fait remarquer que l'urbanisation rapide contribue à la modification des modes de vie, des préférences alimentaires et même de la structure du commerce de produits de base. Par exemple, à mesure que croit leur pouvoir d'achat, les citadins achètent des produits alimentaires plus diversifiés et des produits nécessitant moins de travail de préparation. Les importations de produits alimentaires de valeur et des produits alimentaires transformés ont augmenté pour satisfaire la demande des villes.

Ces dernières années, le volume des importations alimentaires brutes pour les pays en développement a progressé à un taux annuel de 5,6  pour cent - nettement supérieur à la croissance annuelle de 1,9 pour cent des pays développés.

Ceci peut aboutir à une note salée pour les pays moins avancés (PMA) du monde. "Le paiement des importations de produits alimentaires, indique le SOCO, peut mettre à rude épreuve les ressources des pays où la croissance économique est à la traîne et les recettes en devises limitées".

De fait, 54 pour cent des recettes d'exportation des PMA servent au paiement de leurs importations commerciales de produits alimentaires, contre 24 pour cent pour le reste des pays en développement.

Comme nombre de pays en développement dépendent des produits de base pour leurs recettes d'exportation, accroître leur revenu par le biais du commerce est une façon de pouvoir augmenter leurs recettes en devises. Mais le haut niveau de protection agricole, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, ainsi que le soutien interne colossal fourni à l'agriculture dans la plupart des pays développés, étouffent la croissance des exportations agricoles des pays en développement.

Les tarifs douaniers, obstacle au développement

Les droits sur les importations agricoles appliqués dans les pays développés comme dans les pays en développement entravent les efforts de ces derniers d'exporter leurs denrées. La progressivité des tarifs (les biens transformés sont passibles de droits d'importation nettement plus élevés que les produits bruts) réduit les possibilités qu'ont les pays en développement d'exporter des produits transformés de plus haute valeur.

Outre les droits de douane, les agriculteurs des pays en développement doivent faire face à la concurrence des producteurs des pays industrialisés qui bénéficient d'une forte mécanisation et de grosses subventions. Le soutien à la production dans les pays développés s'élève actuellement à 230 milliards de dollars par an. En outre, les tarifs douaniers et autres barrières ont ralenti la croissance des échanges entre pays en développement qui, sinon, pourraient développer rapidement le commerce Sud-Sud.

Dans les pays membres de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), le droit consolidé moyen des produits agricoles importés est de 60 pour cent, contre un taux moyen de 5 pour cent pour les produits industriels. Certaines denrées, comme le sucre et les produits horticoles, peuvent même être assujettis à des crêtes tarifaires de 350 pour cent comme dans le cas du tabac et de 277 pour cent pour le chocolat.

"Si les tarifs étaient abaissés de 40-60 pour cent dans les pays développés et de 25-40 pour cent dans les pays en développement, avec des crêtes tarifaires soumises aux réductions les plus fortes, les exportations agricoles des PMA pourraient augmenter jusqu'à 18 pour cent", fait remarquer la FAO dans son rapport.

Mais, ajoute le rapport, les choses se compliquent davantage lorsque les pays en développement tentent d'exporter des biens à des stades plus avancés de transformation. Par exemple, le chocolat fini peut être passible d'un tarif nettement supérieur à celui imposé au cacao en fèves - ce phénomène s'appelle progressivité des droits.

Selon la FAO, réduire la progressivité des droits est une des questions fondamentales d'accès au marché, au coeur du cycle actuel des négociations agricoles de l'OMC. Treize des 45 propositions de négociation qui ont été soumises à l'OMC sollicitent des réductions substantielles de la progressivité des tarifs, en particulier dans les pays développés.

Outre les tarifs, les agriculteurs des pays importateurs nets de produits alimentaires, y compris de nombreux PMA, doivent rivaliser avec les producteurs fortement industrialisés et subventionnés des pays développés.


Chaînes alimentaires multinationales: la concentration du pouvoir

La concentration grandissante du pouvoir du marché entre les mains d'une poignée de grands groupes transnationaux est un autre facteur qui transforme rapidement les marchés des produits agricoles. Vu que certains secteurs - du commerce à la transformation et à la vente au détail - sont de plus en plus dominés par un petit nombre de multinationales, le pouvoir commercial des agriculteurs et des pays exportateurs va en diminuant.

Le rapport de la FAO indique que pour parvenir du cultivateur au consommateur, "près de 40 pour cent du café du monde est négocié par quatre sociétés et 45 pour cent est transformé par seulement trois firmes de torréfaction".

La tendance se répète pour d'autres produits de base; en effet, ces dernières années, quelques sociétés intégrées verticalement ont acquis un contrôle croissant sur le commerce agricole mondial. La FAO affirme que le nombre de sociétés de négoce de cacao à Londres est passé de trente en 1980 à une dizaine en 1999.

De même, les six plus grands producteurs de chocolat assurent 50 pour cent des ventes mondiales. Trois sociétés multinationales contrôlent à elles seules 80 pour cent du marché de broyage des graines de soja en Europe, et plus de 70 pour cent aux Etats-Unis.

Au niveau de la vente au détail, le SOCO affirme que les supermarchés ont fait tache d'huile aussi bien dans les pays développés qu'en développement. Les 30 principales chaînes de supermarchés dominent près d'un tiers des ventes de fruits et légumes dans le monde entier. Les cinq plus grands hypermarchés contrôlent entre 30 et 96 pour cent des ventes de produits alimentaires dans l'UE et aux Etats-Unis.

"La domination du marché par les grandes surfaces leur donne une influence importante sur la production, la distribution et le commerce, notamment en intervenant directement avec les fournisseurs des pays en développement. Pour simplifier les opérations, la plupart des supermarchés préfèrent travailler avec un nombre restreint de fournisseurs qui ont les moyens de satisfaire leurs critères de qualité et de livraison", fait remarquer le rapport.

Le prix que les cultivateurs reçoivent représente généralement une petite fraction du prix de détail pour les produits finis, et oscille entre 4 pour cent pour le coton brut à 28 pour cent pour le cacao. Et le rapport ajoute: "Même dans le cas des bananes, qui n'ont quasiment pas besoin de traitement, 88 pour cent du prix de vente au détail va aux sociétés internationales de négoce, aux distributeurs et aux détaillants; ce qui laisse moins de 12 pour cent pour les pays producteurs et à peine 2 pour cent pour les ouvriers agricoles des plantations."
FAO/22511/L. Lizzie

Suite du dossier…

Marchés des produits de base: tendances mondiales, retombées locales

Baisse des recettes d'exportation des produits et des factures d'importations alimentaires

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Le subventionnement du coton dans les pays riches provoque la baisse des cours dans le monde entier

Contact:

John Riddle
Relations médias, FAO
john.riddle@fao.org
(+39) 06 570 53259

FAO/G. Bizzarri

Une poignée de chaînes d'hypermarchés consolident leur pouvoir sur le marché des produits de base

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