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Les pauvres accablés
Les éleveurs de basse-cour perdent leurs moyens d’existence
Jos, Nigeria – Le chemin pour sortir de la pauvreté est devenu plus tortueux pour les petits éleveurs urbains de la capitale des oeufs du Nigeria.

Grâce à la fraîcheur du plateau, Jos bénéficie d'un climat idéal pour l’aviculture qui fait vivre 2 000 petits producteurs qui expédient leurs oeufs dans tout le pays. Mais la grippe aviaire s’est abattue avec force sur les basses-cours, causant la détresse parmi les petits éleveurs qui comptent sur ces revenus pour nourrir leurs familles, financer les études de leurs enfants ou se constituer de petites pensions.

"Je ne sais pas d’où elle est arrivée. Tout ce que je sais, c’est qu’une ferme dans la région a été contaminée, puis la mienne a été touchée. Et j’ai perdu 7 000 poulets", déplore Pius Ilonah, complètement démoralisé. "Depuis, les amis m’aident en me donnant de la nourriture et un peu d’argent pour ma famille. Nous n’avons ni économies ni autres sources de revenus. Nous nous en sortons tout juste."

Deux de ses enfants sont au lycée et deux à l’université, avec de grandes chances d’avoir un bon travail et de meilleures conditions de vie. Mais maintenant, le rêve pourrait s’effondrer...

"Nous attendons que le gouvernement nous donne ce qu’il pourra pour que nous puissions redémarrer", dit-il. "Je voudrais emprunter de l’argent mais la banque veut prendre ma terre en nantissement. Il me faut 1 000 poules pondeuses pour démarrer, qui coûtent 800 000 naira (6 000 $). C’est une grosse somme. Qui va me la prêter?"

Les vétérinaires gouvernementaux font état d’un autre problème que les petits producteurs d’oeufs comme M. Ilonah auront à affronter en reprenant leurs activités.

Encouragés par le gouvernement dans les années 70, des milliers de citadins nigérians ont démarré de petits élevages de basse-cour pour sortir de la pauvreté. Des quartiers résidentiels entiers ont construit des poulaillers rudimentaires, économisant souvent sur la santé, l’hygiène et la biosécurité. Avec une maladie animale aussi virulente que le virus H5N1, c’était une catastrophe annoncée.

"Vous voyez, ces poulaillers n’ont pas une bonne ventilation. Et ce quartier a trop de basses-cours. Trop peuplé pour une bonne santé animale", explique le vétérinaire Ezek Pam. "Il faudra que M. Ilonah déménage pour obtenir une nouvelle certification".

Bonnes pratiques

Dans une zone industrielle aux abords de la ville, Sherifat Sheriff gère une ferme avicole modèle abritant 5 000 poules pondeuses dans des cages propres, bien aérées, situées dans un grand bâtiment derrière de hauts murs. Les poulaillers sont grillagés pour empêcher l’entrée d’oiseaux sauvages. Ses 10 ouvriers agricoles portent masques et combinaisons qu’ils doivent ôter dès qu’ils quittent le site. Désormais, seuls les visiteurs venant pour affaires peuvent entrer (avant, les membres de la famille pouvaient le faire librement) et ils doivent plonger leurs souliers dans un désinfectant pour laisser le virus à la porte.

"Depuis que j’ai démarré mon affaire en 1993, j’ai toujours fait très attention et aucune maladie n'a jamais touché mon élevage", dit Mme Sheriff, qui explique que contrairement aux Ilonahs, la production d’oeufs n’est qu’une des activités économiques de sa famille. Son mari est ingénieur, un de ses enfants est à l’université à l’étranger, les autres dans des collèges locaux d’élite.

Les gens craignent que la crise de la grippe aviaire, non seulement au Nigeria mais dans le monde entier, évince les petits producteurs pauvres, et que les grands éleveurs prennent la relève.

Où en est-on?

En avril 2006, sur un total de 140 millions de volailles, 750 000 avaient succombé à la grippe aviaire ou avaient été abattues au Nigeria. Jusqu’à présent, les autorités de santé animale ont compté sur un programme d’indemnisation pour les agriculteurs touchés afin de les encourager à signaler les foyers. Une campagne de communication massive conseille aux producteurs comment protéger leurs animaux.
FAO

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