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Faire face à la pénurie d'eau
Entretien avec Jacques Diouf, Directeur général de la FAO
Le thème de la Journée mondiale de l’eau 2007 est Faire face à la pénurie d’eau. Dans cette interview, M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, l’organisme chargé de coordonner la Journée cette année au sein du système des Nations unies, affronte le problème.

Quelle est la gravité du problème?

Au cours du siècle dernier, l’utilisation mondiale d’eau a augmenté deux fois plus vite que le taux de croissance démographique.

La pénurie d’eau touche déjà tous les continents et plus de 40 pour cent de la population de la planète. D’ici 2025, 1,8 milliard de personnes vivront dans des pays ou des régions victimes de pénuries d’eau absolues, et deux tiers de la population mondiale pourraient être exposés à des conditions de stress hydrique.

Pour appréhender toute l’ampleur du problème, il nous faut commencer par faire le bilan de l’immense impact que l’eau a sur nos vies au quotidien et sur notre capacité de nous créer un meilleur avenir.

Le manque d’accès à l’eau saine en quantité suffisante limite notre capacité de produire suffisamment de nourriture ou de gagner assez d’argent pour vivre. Il limite notre capacité d’administrer les industries et de fournir de l’énergie. Sans accès à l’eau pour boire et se laver, il est plus difficile d’atténuer la diffusion et l’impact de maladies mortelles comme le VIH/SIDA. Chaque jour, 3 800 enfants meurent de maladies liées à un manque d’eau potable et d’hygiène.

La pénurie d’eau est-elle le résultat des changements climatiques?

La pénurie d’eau est exacerbée par le changement climatique, en particulier dans les zones les plus arides du monde, où vivent plus de 2 milliards de personnes et la moitié de tous les pauvres de la planète. L’impact humain sur l’environnement et le climat doit être affronté pour protéger les ressources hydriques de la terre. Mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme l’accroissement des quantités d’eau nécessaires pour cultiver la nourriture d’une population croissante, car l’agriculture est le premier consommateur d’eau douce de la planète. De même que la tendance à l’urbanisation et les utilisations domestiques et industrielles d’eau croissantes pour les habitants des zones plus développées.

En dernière analyse, cependant, le problème réside dans la façon de gérer les ressources en eau existantes et dans la volonté politique, en tant que communauté mondiale, de soutenir les politiques et investir dans les programmes qui protègent notre environnement naturel, conservent les ressources et utilisent moins d’eau pour produire davantage.

La volonté politique et les investissements ne vont pas faire disparaître le désert du Sahara?

Assurément. Mais la volonté politique, la coopération internationale et les investissements peuvent aider à enrayer les pertes d’eau dans les gigantesques bassins hydrographiques comme ceux du Nil et du Lac Tchad. C’est précisément ce que font la FAO et d’autres organismes des Nations Unies. L’engagement politique et les investissements peuvent aider des millions de petits agriculteurs qui luttent chaque jour pour leur survie dans le monde entier à accéder à l’eau, en soutenant les programmes locaux qui font intervenir directement ces agriculteurs et leurs voisins à la conservation des pluies, à l’utilisation plus efficace de l’eau et à la protection des ressources hydriques. La détermination politique et morale peut nous aider à acheminer l’eau vers 1,1 milliard d’êtres humains qui n’ont pas accès aux 20-50 litres minimum nécessaires pour satisfaire leurs exigences les plus fondamentales, et vers 2,6 milliards d’êtres humains qui n’ont pas assez d’eau pour bénéficier de systèmes d’assainissement.

Vous soutenez que l’agriculture est le premier consommateur d’eau douce du monde. La solution aux pénuries d’eau ne devrait pas résider dans l’agriculture?

Tout d’abord, nous n’avons pas de baguette magique pour miraculeusement remédier à la pénurie d’eau. Mais il y a en revanche des moyens concrets de renverser la tendance. A la FAO, nous reconnaissons que le secteur agricole doit donner l’exemple pour affronter la pénurie d’eau en trouvant des moyens plus efficaces de conserver les eaux de pluie et d’irriguer les terres agricoles.

Il ne fait aucun doute que cultiver suffisamment de nourriture est fondamental pour lutter contre la faim et améliorer les conditions de vie sur tous les continents. Mais l’agriculture consomme environ 70 pour cent de tous les prélèvements d’eau douce, chiffre pouvant atteindre 95 pour cent dans certains pays en développement. Pour affronter la pénurie d’eau même lorsque la demande de nourriture augmente, nous devons soutenir des initiatives visant à produire davantage de nourriture avec proportionnellement moins d’eau. Là encore, cela veut dire protéger nos cours d’eau, veiller à la bonne santé de nos forêts et améliorer nos techniques d’agriculture et d’élevage.

Pouvez-vous nous donner un exemple?

Il s’agit de penser à la fois à grande échelle et à petite échelle. Pour commencer, la FAO préconise de petits projets d’irrigation à court terme au niveau des villages, dont la mise au point de méthodes peu coûteuses, rentables et relativement simples qui puissent servir aux petits exploitants pour irriguer leurs cultures. Nous avons organisé et parrainé des programmes pilotes dans des pays tels que l’Afrique du Sud, la Turquie et le Mexique, axés sur la petite hydraulique ou les systèmes communautaires de collecte des eaux de pluie.

Souvent, il s’agit d’aider les populations à se relever de graves pénuries d’eau et de nourriture en fournissant de nouvelles cultures et des animaux tout en mettant en place des projets d’irrigation, comme nous sommes en train de le faire actuellement au Niger, avec l’appui du gouvernement et des bailleurs de fonds internationaux. Mais le secret d’une réussite à long terme est de briser le cycle des crises de l’eau à répétition et de mettre en place des programmes réalisables, s’inscrivant dans la durée.

Cela requiert des changements de politique et une coopération à grande échelle. Et signifie améliorer la gestion des installations et traverser les frontières pour aménager et protéger les bassins hydrographiques.

A l’automne dernier, vous avez déclaré que le monde était loin de l’Objectif du Millénaire pour le Développement consistant à réduire de moitié la faim d’ici 2015. Comment être sûrs que ce ne sera pas la même chose avec le but d’améliorer l’accès à l’eau?

Les deux vont de pair. L’accès à l’eau est inextricablement lié à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, ayant pour vocation notamment de réduire l’extrême pauvreté et la faim d’ici 2015, d’arrêter la propagation du VIH/SIDA et d’assurer une éducation primaire pour tous les enfants. Tout ceci explique pourquoi on ne peut accomplir de véritables progrès dans le développement mondial sans affronter le problème de la pénurie d’eau.

Pour affronter la pénurie d’eau, il faut aborder toute une série de questions, qui n’ont pas toutes de lien direct avec l’agriculture, et qui vont de la protection de l’environnement et du réchauffement de la planète à la juste tarification de l’eau et à la distribution équitable pour l’irrigation, l’industrie et les usages ménagers. C’est pourquoi ce n’est pas seulement le secteur agricole, mais nous tous autant que nous sommes – organisations internationales, gouvernements, communautés locales – qui devons partager cette responsabilité.

En tant que communauté mondiale, nous avons les moyens d’améliorer grandement la gestion de nos ressources hydriques et de permettre à davantage de personnes d’accéder à l’eau. Mais là encore, nous ne pouvons le faire sans veiller à ce que l’accès à l’eau soit une plus haute priorité sur le plan politique, et sans investir dans des programmes qui améliorent les systèmes de conservation et d’alimentation en eau, qui protègent les écosystèmes de la terre et qui préservent l’humidité pluviale et utilisent plus efficacement l’eau pour la production vivrière.

22 mars 2007
FAO

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Contact:

Bureau des relations avec les médias, FAO
FAO-Newsroom@fao.org
(+39) 06 570 53625

FAO/24262/S. Casetta

Jacques Diouf, Directeur général de la FAO

Quelques chiffres

• Environ 1,2 milliard d’êtres humains, soit près d’un cinquième de la population mondiale, vivent dans des zones de pénurie physique d’eau, situation qui pourrait toucher 500 autres millions de personnes à l’avenir.
• L’agriculture est le premier consommateur d’eau dans le monde; elle représente environ 70 pour cent de tous les prélèvements d’eau douce dans les lacs, fleuves et aquifères.
• Les besoins quotidiens d’eau potable par personne sont de 2-4 l, mais 2 000 à 5 000 l d’eau sont nécessaires pour produire chaque jour la nourriture d’une seule personne.
• Il faut de 1 000 à 3 000 l d’eau pour produire un seul kg de riz et 13 000 à 15 000 l pour produire un kg de bœuf nourri aux céréales.
• Depuis 1950, les superficies irriguées ont doublé et les prélèvements d’eau à des fins agricoles, ménagères et industrielles ont triplé.
• 1,1 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à une eau saine pour répondre à leurs besoins quotidiens de base et 2,6 milliards ne disposent pas d’un système d’assainissement adéquat.

FAO/19733

1,1 milliard d'êtres humains n'ont pas accès à suffisamment d'eau pour satisfaire leurs besoins les plus fondamentaux

FAO/17124

Champ de pommes de terre irrigué au Cap-Vert

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1,2 milliard d'êtres humains vivent dans des zones de pénurie physique d'eau, et ils pourraient être 500 millions de plus à l'avenir.
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