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Une parcelle, deux fois plus de nourriture
La culture simultanée de riz et de poisson est une des plus efficaces pratiques agricoles
Depuis qu'existent les champs de riz, les agriculteurs capturent et élèvent du poisson dans l'eau des rizières. D'ailleurs, il est difficile de trouver une association végétal-animal mieux indiquée pour améliorer la nutrition et réduire la pauvreté, révèle un nouvel ouvrage sur le sujet publié conjointement par la FAO et le World Fish Centre implanté en Malaisie, Culture of Fish in Rice Fields.

Cet entretien avec un des éditeurs de l'ouvrage, Matthias Halwart de la FAO, passe en revue les moyens dont la production rizipiscicole contribue à la sécurité alimentaire en Asie - et le potentiel que cette pratique détient pour d'autres régions.

Q. Qu'est-ce que la rizipisciculture?

Dans la pratique, les poissons sont élevés dans une rizière inondée et les agriculteurs récoltent aussi bien le poisson que le riz. Mais bien que l'on pense souvent que le terme "riz/poisson" se réfère uniquement à la culture simultanée de riz et de poisson dans une rizière, il comprend d'autres méthodes, comme le système de rotation, où une récolte de riz est suivie d'une récolte de poisson, ou des systèmes où l'élevage et la riziculture se font côte à côte, se partageant les ressources en eau. Il est extrêmement rentable d'utiliser la même parcelle pour produire à la fois des hydrates de carbone et des protéines animales.

Q. Y a-t-il d'autres avantages?

Pour nourrir le poisson, on peut utiliser simplement les plantes et les animaux aquatiques qui vivent à l'état naturel dans les rizières. On n'a pas besoin d'acheter d'aliments supplémentaires, les sous-produits agricoles que l'on trouve normalement dans toute exploitation (comme la matière végétale ou le fumier) suffisent.

D'autre part, les poissons contribuent à la lutte contre les adventices car ils les mangent ou arrachent les racines; ils se nourrissent également d'insectes et d'escargots ravageurs. Il est intéressant de noter que l'utilisation de pesticides dans les exploitations de rizipisciculture est fortement réduite, voire éliminée. Si la protection de l'investissement réalisé motive ce choix, c'est, à vrai dire, une bonne pratique aussi bien pour le riziculteur que pour l'environnement, car les éléments scientifiques dont on dispose montrent que dans presque tous les cas, les insecticides ne sont pas nécessaires dans les cultures de riz tropical irrigué.

Le poisson peut aussi jouer un rôle important dans le cycle des nutriments de la rizière, accroissant sa fertilité tout en réduisant les besoins en engrais.

Q. Qu'est-ce que ceci représente pour les agriculteurs et leur famille?

Cette pratique détient un potentiel énorme pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, en particulier dans les zones les plus reculées.

Ajouter des poissons au champ non seulement donne de nouveaux rendements en protéines du poisson et une réduction des coûts des intrants, mais se traduit aussi par de meilleurs rendements en riz. L'ouvrage cite plusieurs études illustrant ce principe. Au Bangladesh, la rentabilité nette des exploitations rizipiscicoles a été supérieure de 50 % à la monoculture de riz. En Chine, l'accroissement oscillait entre 45 et 270 %, et la pisciculture associée au riz était près de trois fois plus rentable que la riziculture seule.

Il y a aussi des avantages moins évidents.

Q. Par exemple?

Une rizière humide a une biodiversité surprenante, qui constitue une riche source d'organismes comestibles. Une étude réalisée en Thaïlande a constaté que dans un seul champ de riz, on a récolté un légume et 16 différentes espèces animales. Une autre étude réalisée au Cambodge a signalé qu'un éventail de plus de 100 espèces végétales et animales - crevettes, crabes, crustacés, tortues, grenouilles, et même insectes et serpents - sont recueillies par les agriculteurs et utilisées par les ménages ruraux à des fins alimentaires ou médicinales. Toutes ces espèces aquatiques associées au riz sont importantes pour la nutrition des populations rurales, car elles contiennent des protéines, des minéraux et des acides gras essentiels pour un régime alimentaire équilibré.

Q. En dépit des avantages, cette pratique est encore largement limitée à l'Asie.

C'est exact. L'adoption de la rizipisciculture a été faible, même en Asie, et ce, pour diverses raisons. La Chine y consacre 1,2 million d'hectares, mais ceci représente moins de 4 % de ses superficies irriguées. Dans d'autres parties de l'Asie, on pense qu'un pour cent seulement de terres irriguées sont utilisées à cet effet. Madagascar fait exception avec près de 12 % de rizières associées à la pisciculture. Et d'autres pays, par exemple le Guyana et le Suriname, s'efforcent de divulguer cette intégration.

Q. Pourquoi la rizipisciculture n'est-elle pas plus diffuse?

Une rizière est, par définition, conçue pour la production de riz, ce qui veut dire que les conditions ne sont pas toujours optimales pour le poisson. Cette transition demande donc du travail - et un investissement. Il faut relever les diguettes, creuser des tranchées et des étangs, édifier des barrages et des méthodes de canalisation de l'eau, ajouter des grilles pour les poissons.

D'autre part, les décideurs n'ont pas encore pris conscience de tout le potentiel de cette méthode. La rizipisciculture est souvent considérée comme une innovation qui ne mérite pas d'être prise en compte dans les stratégies nationales de production rizicole. Notre livre conclut en soulignant la nécessité d'un changement profond des attitudes envers la rizipisciculture dans le secteur traditionnel de la production du riz.

11 mai 2005


Contact
George Kourous
Relations médias, FAO
george.kourous@fao.org
(+39)06 570 53168

FAO/G. Bizzarri

Matthias Halwart, du Département des pêches de la FAO, est un des éditeurs de l'ouvrage sur la rizipisciculture

Documents

Fiche d'information: Biodiversité aquatique des rizières (en pdf)

FAO/22575/J. Van Acker

Les rizières renferment une biodiversité surprenante

FAO/12985/P. Johnson

La production rizipiscicole donne généralement de meilleurs rendements en riz et nécessite moins de pesticides et d'engrais

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La culture simultanée de riz et de poisson est une des plus efficaces pratiques agricoles
11 mai 2005 - Cet entretien avec l'expert de la FAO Mattias Halwart fait état des moyens dont la production rizicole/piscicole contribue à la sécurité alimentaire et à l'environnement durable en Asie - et le potentiel que cette pratique détient pour d'autres régions.
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