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De bonnes nouvelles sur le front de la lutte contre la faim
Un entretien avec Andrew MacMillan
Le nombre de personnes chroniquement sous-alimentées dans le monde reste désespérément élevé mais, selon Andrew MacMillan, directeur de la Division des opérations de terrain de la FAO, cela n'est pas tellement surprenant dans la mesure où seuls quelques pays ont lancé des actions concertées à grande échelle contre la faim.

Dans cet entretien, M. MacMillan explique pourquoi il pense que les choses sont en train de changer.

Les efforts lancés pour lutter contre la famine chronique dans les pays en développement sont tombés à un rythme très inférieur à celui requis pour réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d'ici 2015. Existe-t-il des raisons d'être optimiste ?

Nous sommes dans une passe où, statistiquement parlant, la situation d'ensemble ne s'améliore pas encore. Nous avons toujours plus de 850 millions de personnes qui souffrent de la faim de manière chronique. Cependant, dans le même temps, de plus en plus de pays montrent qu'une fois qu'ils ont décidé de le faire, il est possible de mettre rapidement sur pied des programmes nationaux à grande échelle destinés à réduire la faim.

Pouvez-vous donner des exemples ?

Le Brésil a montré la voie avec le lancement de son Programme Faim Zéro en 2002 et, depuis, d'autres pays ont suivi. En mai dernier, les Présidents du Tchad, du Mali et de la Sierra Leone ont annoncé d'ambitieux programmes de sécurité alimentaire, engageant leurs propres fonds et sollicitant des contributions parallèles de la collectivité des donateurs.

Au Tchad, le gouvernement s'est engagé à verser 100 millions de dollars des ressources provenant de ses revenus pétroliers et a reçu des promesses de contribution réciproque de donateurs. En Sierra Leone, le programme est la concrétisation de la promesse faite par le président Kabbah lors de sa réélection en 2002, de faire tout ce qui est en son pouvoir « pour que pas un seul Sierraléonien ne se couche le ventre vide » au terme de son mandat quinquennal.

Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, va lancer en janvier 2006 un vaste programme national de réduction de la faim, doté d'un budget de plus de 250 millions de dollars, qui devrait toucher plus d'un million de foyers, soit 6,5 millions de personnes.

Globalement, on compte une trentaine de pays qui sont politiquement décidés à s'attaquer à la faim sur une grande échelle. En Afrique, on peut aussi citer le Kenya, le Malawi, la Tanzanie et le Ghana. Au Soudan - du nord au sud - nous nous attendons à voir apparaître un grand programme dans les prochains mois qui inscrira les interventions d'urgence dans une approche à plus long terme de lutte contre l'insécurité alimentaire.

En Amérique latine, on note des signes très encourageants d'élaboration de programmes nationaux de sécurité alimentaire au Guatemala, au Honduras, au Mexique, au Nicaragua et au Venezuela. Lors d'une récente réunion à Guatemala, les représentants de tous les grands programmes de sécurité alimentaire de la région ont pu partager leurs expériences et examiner les moyens de faire passer leurs programmes nationaux à la vitesse supérieure.

En Asie, l'Indonésie met la dernière main à un très grand programme destiné à aider les districts vulnérables à élaborer leurs propres stratégies pour lutter contre l'insécurité alimentaire et réduire la faim. Il s'agit là de quelque chose d'extrêmement important car, après la Chine qui a déjà accompli d'énormes progrès dans la lutte contre la faim grâce à des programmes ciblés, l'Indonésie est le deuxième pays le plus peuplé d'Asie.

Partout dans le monde, nous voyons que les gouvernements font preuve d'une nouvelle détermination au plan de la lutte contre la faim. Nous voyons se matérialiser la volonté politique à laquelle nous faisions appel lors du Sommet mondial de l'alimentation : cinq ans après. Il nous faut maintenant impliquer ces gouvernements avec d'autres partenaires dans la mise en forme de programmes à la hauteur de leurs moyens. Et là aussi, je pense que nous pouvons être optimistes.

Comment cela ?

En premier lieu, il existe un large consensus entre les institutions internationales les plus impliquées dans les questions de la faim sur ce qu'il faut faire. La FAO le résume en une « approche double » combinant la promotion d'un développement agricole durable à grande échelle (donnant la priorité aux petites exploitations) et des programmes ciblés, destinés à garantir que les personnes souffrant d'insécurité alimentaire et n'ayant ni la capacité de produire leur propre nourriture ni les moyens de l'acheter ont accès à des approvisionnements appropriés.

Deuxièmement, le processus des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) prend de la vitesse. On peut espérer que le resserrement des liens entre les stratégies de réduction de la pauvreté et les OMD va focaliser l'attention sur le rôle clé que joue la réduction de la faim dans la réduction de la pauvreté et dans la réalisation de nombre des autres OMD. De nombreux pays vont vouloir venir à New York en septembre [au Sommet des Nations Unies sur les progrès dans la réalisation des OMD] pour annoncer qu'ils prennent des mesures pratiques pour atteindre l'objectif de réduction de la faim et de la pauvreté.

Troisièmement, je pense que l'on reconnaît de plus en plus que tout pays dont un cinquième de la population ou plus est chroniquement sous-alimentée - plus de 50 pays entrent dans cette catégorie - va trouver que la croissance économique rapide dont il a besoin pour réduire la pauvreté est difficile à atteindre. C'est comme d'essayer de conduire une voiture dont le frein à main est serré. Les pays reconnaissent aussi que, vu que la faim est la principale cause de la mortalité infantile, ils ne pourront atteindre leurs objectifs en matière de santé si le niveau de la consommation de produits alimentaires n'augmente pas chez les pauvres. Et ils voient aussi qu'il est peu probable que les économies rurales progressent s'ils n'investissent que dans les secteurs de la santé et de l'éducation : ces investissements doivent s'accompagner d'investissements parallèles dans les secteurs productifs, surtout dans l'agriculture et les activités connexes.

Quelles mesures pratiques peut-on envisager pour traduire cette volonté politique en action ?

La FAO et ses partenaires conseillent aux pays politiquement engagés de préparer des programmes de sécurité alimentaire de grande envergure, ayant pour objectif ultime de réduire de moitié la proportion de la population souffrant de la faim d'ici à 2015, mais se focalisant au départ sur ce qu'il est possible de réaliser avec une forte chance de réussite même avec des ressources limitées.

Au lieu d'essayer de doubler les rendements des cultures et de l'élevage, ce qui implique en général de travailler avec des exploitants aisés qui ont accès aux services et aux marchés, nous devons changer de tactique pour habiliter les très nombreuses collectivités vulnérables dépendantes de l'agriculture à obtenir, dans un premier temps, des gains de productivité moins ambitieux - de l'ordre de 25 à 30 pour cent - et à les voir se refléter dans l'amélioration de la nutrition des ménages. Cela permettra à un grand nombre de personnes de mettre le pied sur le premier barreau de l'échelle qui les fera sortir de la pauvreté et de briser le carcan que constitue le manque d'énergie qui limite leur capacité de travailler et d'apprendre et les rend vulnérables aux maladies.

Cela a évidemment des répercussions sur l'élaboration des programmes parce qu'il n'est plus alors nécessaire de faire appel à un personnel de vulgarisation très compétent : on peut avoir recours à des agriculteurs formés pour aider leurs collectivités et les collectivités avoisinantes à identifier et utiliser les solutions adaptées à leurs communautés, qu'ils considèrent les meilleures pour lutter contre la faim chronique en utilisant de manière plus productive les ressources disponibles, y compris les connaissances autochtones.

Il importe de s'attaquer à la question de l'accès à la sécurité alimentaire en élaborant progressivement un éventail de programmes de filets de sécurité ciblant diverses catégories de personnes souffrant de l'insécurité alimentaire. Les gouvernements ont tendance à dire : « Oh! c'est de l'assistance sociale et nous ne pouvons pas nous permettre cela ». Or, ce que le dernier rapport de la FAO, « Etat de l'insécurité alimentaire » a montré, pour ce qui est du coût de la faim et des avantages de sa réduction, est que les gouvernements ne peuvent pas se permettre de ne pas briser le cycle de la faim pour leurs ressortissants.

Il se passe donc beaucoup de choses maintenant et je pense que cela se verra beaucoup mieux dans les chiffres que nous aurons dans quatre ou cinq ans. Rien ne va arriver immédiatement parce qu'il faut du temps pour que ces programmes soient à la hauteur du problème, mais le processus commence à s'accélérer.

Comment peut-on impliquer plus de pays ?

L'Alliance internationale contre la faim va nous aider. Elle est fondée sur la conviction que la responsabilité de l'éradication de la faim n'appartient pas uniquement aux gouvernements. Tout le monde peut participer. La société civile a un rôle à jouer dans ce qui est vraiment un objectif national.

Le succès de la campagne internationale d'allègement de la dette s'explique en partie par la participation de la société civile. La même chose peut se passer pour éliminer la faim. Lorsque les gens sont convaincus qu'il est possible de réduire la faim durant une existence, cela peut vraiment arriver rapidement. Il n'y a aucun obstacle technique ou même financier infranchissable. Il suffit simplement que l'humanité décide de faire de la faim - comme de l'esclavage - une chose du passé. Ne pas le faire reviendrait à condamner par pure incurie des millions de nos concitoyens à une mort prématurée.

1er juillet 2005


Contact:
Teresa Buerkle
Relations médias, FAO
teresamarie.buerkle@fao.org
(+39) 06 570 56146
(+39) 348 14 16 671

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FAO/G. Bizzarri

Andrew MacMillan

FAO

Les enfants, principaux bénéficiaires du Programme Faim Zéro du Brésil, l'un des premiers programmes nationaux à grande échelle destinés à réduire la faim

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