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Des envahisseurs sur la table
Evaluer l’utilisation responsable d’espèces invasives
26 février 2007, Rome - Les envahisseurs sont parmi nous. Ils se cachent sous notre nez. Dans nos villes. Entre nos murs. Et jusque dans nos réfrigérateurs.

Certains y sont installés depuis des années; d’autres sont de nouveaux venus.

Prenez la pomme de terre: une culture transplantée du Nouveau Monde vers l’Europe, c’est aujourd’hui un aliment de base pour des millions de gens. Rien de plus banal. Il n’en reste pas moins qu’elle aussi est un envahisseur.

Maïs, café, tomate, canne à sucre, dinde, vache, mouton... ont été, tous autant qu’ils sont, transportés d’un lieu à un autre pour y être cultivés ou élevés. De nos jours, ces envahisseurs comestibles sont courants. Ils n’ont plus aucune connotation d’étranger à nos yeux. Et pourtant, ils le sont.

La prochaine vague

Aujourd’hui, la colonisation de nos supermarchés et de nos tables par les envahisseurs se poursuit à un rythme soutenu.

La dernière vague – équipée de nageoires, la peau scintillante et les yeux bulbeux – ressemble davantage aux extra-terrestres de science fiction qu’à la terne pomme de terre. Normal, c’est du poisson!

Les pisciculteurs ont de bonnes raisons de choisir des espèces exotiques de poisson, de mollusques ou de crustacés. En effet, ceux-ci présentent souvent de gros avantages: ils grandissent plus vite et mieux, sont plus résistants et plus faciles à élever et rapportent davantage au marché.

Il y a quinze ans, le tilapia africain était une curiosité hors de son aire de répartition naturelle; aujourd’hui, c’est un poisson très prisé dans le monde entier que l’on trouve dans les supermarchés depuis Kansas City jusqu'à Stockholm.

Dans certaines parties d’Asie, où son élevage est désormais généralisé, le tilapia offre aux ruraux pauvres de nombreux avantages du point de vue économique et de la sécurité alimentaire. "Non seulement ce poisson plait à tout le monde, mais tout le monde peut l'élever facilement et il semble avoir peu d’impacts négatifs sur l’environnement", affirme Devin Bartley du Département des pêches de la FAO. "Les Asiatiques le consomment et le vendent à l’exportation".

Au Chili, vers le milieu des années 80, les aquaculteurs ont introduit le saumon du Pacifique et de l’Atlantique, qui est devenu aujourd’hui une industrie prospère: le Chili est le premier producteur mondial de saumon d’élevage, pour une valeur de 680 millions de dollars par an.

Ne pas se fier à tous

Mais les espèces exotiques ne se comportent pas toujours de la même façon chez elles et dans leurs nouvel habitat, ce qui peut avoir parfois des conséquences désastreuses. Certaines introductions ont procuré des gains en recettes, mais d’autres ont causé des pertes économiques massives ou de gros dommages à l’environnement.

La vorace perche du Nil, introduite dans le lac Victoria dans les années 50, a été tenue pour responsable de l’extinction de plusieurs centaines d’espèces autochtones. (Parallèlement, c’est une importante source de revenus pour les communautés riveraines, avec des exportations vers l’Europe estimées à quelque 170 millions d'euros par an.)

Autre exemple: l'escargot Pomacea canaliculata, introduit aux Philippines et dans d’autres pays d’Asie au début des années 80. Facile à élever et se reproduisant rapidement, il a une teneur élevée en protéines qui en aurait fait un complément idéal pour l’alimentation des ruraux pauvres, de même qu’un excellent produit d’exportation.

Malheureusement, le gastéropode n’a pas rencontré la faveur des consommateurs. Résultat: il a pris la poudre d’escampette et s’est reproduit dans les rizières irriguées, se transformant en un ennemi redouté des cultures, ravageant des milliers d’hectares de jeunes plants.

De nouvelles espèces ichtyques peuvent aussi être porteuses de nouvelles maladies, pour lesquelles les stocks indigènes n’ont pas développé de résistance. C’est ce qui s’est produit au début des années 90 dans la Province chinoise de Taiwan, où le secteur de la crevetticulture a été pratiquement anéanti.

Il existe d’autres exemples d’envahisseurs qui changent d’habitat, rivalisent avec les espèces locales ou s’en nourrissent, ou encore qui se reproduisent avec leurs espèces apparentées, provoquant une forme de pollution génétique.

Un outil pour des introductions responsables

Dans les années 80, les introductions sur de longues distances d’espèces de poissons dans de nouveaux habitats pour la pisciculture sont devenues de plus en plus courantes et la FAO a commencé à s'y intéresser de près.

Pendant longtemps, la FAO n’a suivi que les espèces continentales, quelque 1 300 au total. Mais à mesure que croissait l’appétit pour le poisson de par le monde, aussi bien en demande nette qu'en demande d’une plus grande diversité, les espèces d'élevage augmentaient et la FAO commença à recueillir des informations sur les espèces marines et les espèces autres que le poisson.

L’Organisation a récemment lancé une version élargie de sa base de données qui comprend les introductions de tous les produits par l’aquaculture; elle contient désormais plus de 5 000 entrées de plusieurs centaines d’espèces introduites. L’expansion a été en grande partie financée par le budget ordinaire de la FAO et le Projet FishCode, mais un soutien vital est arrivé des Pays-Bas par le biais du Programme de partenariat FAO-Pays-Bas (FNPP).

La banque de données, disponible sur CD-Rom, comprend également une bibliothèque numérique de rapports et d’études de la FAO, ainsi que le texte des principaux instruments internationaux relatifs au transport et à l’introduction d’espèces aquatiques.

Pour chaque espèce introduite, la base de données donne des informations sur le site et la période où a eu lieu la première introduction, par qui elle a été introduite et pourquoi, et les éventuelles conséquences positives ou négatives que cela a entraînées. A ces informations viennent s’ajouter des liens vers des références pour obtenir des renseignements complémentaires.

"L’idée consiste à faire prendre conscience aux gens des avantages et des risques que comporte l’introduction d’une espèce donnée dans une zone, ainsi que des règlements internationaux qui régissent ces introductions, afin d'éviter de commettre des erreurs et prendre de bonnes décisions dans un cadre légal", explique M. Bartley. "Toute introduction doit être précédée d’une analyse des risques/bénéfices au nom d’un principe de précaution. Et nous entendons y contribuer grâce à ce CD-Rom".

Contact:
George Kourous
Relations médias, FAO
george.kourous@fao.org
(+39) 06 570 53168
(+39) 348 141 6802

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FAO

Un envahisseur... ou le dîner?

Historique des envahisseurs

Depuis la nuit des temps, les mouvements de cultures et de races d’élevage ont aidé à révolutionner les régimes alimentaires et à réduire la pauvreté.

Au XVIème siècle, l’introduction de la pomme de terre, culture économique à croissance rapide, de l’Amérique du Sud vers l’Europe du Nord, a aidé à libérer les pauvres de la faim chronique en fournissant une bonne partie des calories nécessaires à la révolution industrielle.

Le maïs, originaire des Amériques, nourrit désormais une bonne partie du continent africain.

L’Europe et l’Afrique ont introduit des plants aux Amériques, notamment le café, la vigne et le blé. La canne à sucre, fondamentale dans des régions comme le Brésil et les Caraïbes, est un autre immigrant relativement récent du Nouveau monde.

En Afrique, l’introduction du chameau de l’Arabie a permis aux gens de vivre et de travailler dans des environnements plus extrêmes et a enrichi leurs régimes alimentaires de protéines grâce à sa viande et à son lait. Un autre envahisseur qui a aidé l’humanité à mieux se nourrir.


FAO/D. Bartley

Culture de tilapias en cages dans un lac volcanique à Maningau, Sumatra

FAO/D. Bartley

Le pacú, de la forêt pluviale brésilienne aux bassins du Viet Nam

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Evaluer l’utilisation responsable d’espèces invasives
26 février 2007 - Une banque de données de la FAO récemment mise à jour aide les pisciculteurs du monde entier à prendre des décisions avisées sur l’introduction d’espèces piscicoles exotiques dans de nouveaux habitats.
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