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Au cours des prochaines décennies, la croissance démographique dans le monde sera la principale source d'accroissement de la demande alimentaire mondiale. Non seulement les naissances augmentent elles, mais le profil démographique de la population mondiale évolue constamment. Les tendances qui se dégagent dans certaines régions d'Afrique subsaharienne sont particulièrement inquiétantes.
Les décideurs qui conçoivent des politiques alimentaires et agricoles sans tenir compte des tendances démographiques risquent de se fourvoyer. Il existe toutefois des stratégies avérées qui permettent de freiner, notamment à long terme, le rythme de la croissance démographique.
C'est là l'essentiel du message qui s'est dégagé d'une réunion d'un Groupe d'experts sur la production alimentaire et la croissance démographique, parrainée par la FAO et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) qui s'est tenue au siège de la FAO du 3 au 5 juillet.
Pour garantir que le facteur population reçoive l'attention qu'il mérite dans les politiques alimentaires et agricoles, le Groupe a proposé une série d'amendements et d'ajouts à la Déclaration et au Plan d'action, les principaux documents qui seront approuvés par les Chefs d'Etat et de Gouvernement lors du Sommet mondial de l'alimentation, qui se tiendra à la FAO du 13 au 17 novembre. Ces documents constituent le plan stratégique pour une vaste campagne de lutte contre la faim dans le monde.
"Compte tenu du rôle essentiel que la croissance démographique et l'émigration ont joué dans la sécurité alimentaire au cours des vingt cinq dernières années et qu'elles joueront au cours du prochain quart de siècle, nous devons essayer d'intégrer les questions de population au débat", a déclaré le Président de la réunion, le professeur Aderanti Adepoju, Directeur de l'Institut africain de développement économique et de planification. "Nous devrons constamment revenir à la charge, notamment en ce qui concerne l'Afrique, où les tendances alimentaires sont inquiétantes et où la transition démographique est lente."
La solution fréquemment avancée au problème de la sécurité alimentaire définie comme l'accès de tous, en tout temps, aux aliments nécessaires pour mener une vie saine et active est d'accroître la production alimentaire. Et pourtant, la planète produit plus qu'assez de nourriture pour garantir un régime alimentaire adéquat pour chacun. C'est principalement le manque d'accès à la nourriture qui condamne 800 millions de personnes à la dénutrition chronique, souvent parce qu'elles sont trop pauvres pour pouvoir se procurer des vivres à un prix qui stimulerait la demande effective du marché.
"Le Groupe a estimé que les textes du Sommet privilégient l'aspect offre, c'est à dire la production", a déclaré le professeur Adepoju. "A notre avis, l'aspect demande, qui renvoie aux régions où les populations habitent ou migrent, à l'incidence des mouvements de population sur la production alimentaire et aux racines de la pauvreté est tout aussi important."
Pour corriger ce qu'il jugeait être un déséquilibre, le Groupe d'experts a proposé d'ajouter des engagements aux textes du Sommet, ou d'étoffer les engagements qui y figurent, dans des domaines comme les soins de santé primaires, la santé génésique, les services sociaux de base et l'éducation (notamment pour les femmes), des éléments clefs d'une politique démographique qui contribuerait également à la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire.
Le Groupe d'experts a débattu du document technique Besoins alimentaires et croissance démographique, produit par le Secrétariat du Sommet mondial de l'alimentation. Ce document souligne, notamment, que les changements démographiques dans les pays en développement entraînent des modifications des besoins énergétiques moyens. Le vieillissement de la population et l'augmentation de la taille corporelle dus à une meilleure nutrition entraînent une augmentation des besoins en énergie, tandis que la baisse de la fécondité et l'urbanisation tendent à les réduire.
Une fois tous les facteurs pris en compte, les experts prévoient que, d'ici l'an 2050, les besoins en énergie pourraient doubler dans l'ensemble des pays en développement et tripler en Afrique tropicale. Les politiques d'intérêt général devront tenir compte de cette nouvelle réalité.
Le Groupe était composé d'experts provenant de différentes disciplines, rassemblés pour faciliter un "échange fécond et audacieux de points de vue", pour reprendre les propos de Henri Carsalade, Sous-Directeur général, Département du développement durable. "Jusqu'à récemment, les politiques et les programmes ont été abordés dans une optique sectorielle. Il faut dorénavant établir le lien entre les différents problèmes", a t il déclaré dans son allocution inaugurale.
Il a ainsi résumé les travaux du Groupe:
"Comment les politiques et les programmes de population peuvent ils contribuer à atténuer les pressions en matière de sécurité alimentaire? Il ne s'agit pas simplement de faire baisser les taux de croissance démographique, mais d'aborder également les questions de migration, de santé, de main d'oeuvre, etc. Deuxièmement, dans quelle mesure les politiques et les programmes agricoles peuvent ils contribuer à régler les problèmes démographiques? Une situation de sécurité alimentaire peut influer sur le nombre d'enfants que les familles décident d'avoir, modifier les taux et les tendances de la mortalité, tandis que les politiques
agricoles peuvent avoir des répercussions profondes sur les flux migratoires".
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© FAO,1996