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Dans le troisième d´une série d´articles sur l´Afrique, Leyla Alyanak s´est rendue au lac Malombe, au Malawi, où les villages de pêcheurs prennent des mesures draconiennes pour rétablir les stocks de poisson.

Les habitants des villages de pêcheurs organisent leurs propres patrouilles pour faire respecter les règlements

Un tas de cordelettes jaunes, blanches et d'un vert vaseux s'entassent dans un angle de la cabane d'un pêcheur. Comme l'horloge arrêtée pendue au mur, ces filets semblent être devenus inutiles.

"Avant, la pêche était bonne", se plaint Francis Simbili, qui pêchait dans l'Upper Shire River, le petit bras d'eau qui relie le lac Malawi, grand comme une mer, à son voisin plus petit, le lac Malombe, la plus grande pêcherie du pays.

"Naguère, je jetais mon filet trois fois par jour et, chaque fois, il était rempli de poisson. Mes six enfants pouvaient manger, nous avions constamment des provisions abondantes et de l'argent pour réparer nos filets et nos bateaux. Puis, le poisson a commencé à disparaître. J'ai commencé à gagner moins d'argent et je pouvais tout juste payer les réparations des filets."

A cette époque, la principale prise dans l'Upper Shire était le chambo, qui, consommé avec des frites et de la lager, était très populaire dans les restaurants du pays. Mais les captures dans la rivière sont tombées de 570 tonnes en 1983 à 96 en 1991. Aujourd'hui, la pêche n'est plus rentable et le nombre de filets a diminué de moitié.

Plus au sud, le long des berges du lac Malombe, le même scénario s'est reproduit. Les stocks de chambo ont chuté et les prises de petits poissons, notamment le kumbuzi qui constitue aujourd'hui l'essentiel des prises, ont stagné. Plusieurs zones de pêche demeurent rentables, mais la valeur totale des prises dans le lac a reculé de près de 70 pour cent de 1983 à 1991.

Les dizaines de milliers de personnes de la région qui dépendent encore de la pêche d'une façon ou d'une autre ont été durement touchées sur le plan financier. "Il y a vingt ans, nous prenions de très gros chambos", déclare Janet Jumesi. "Aujourd'hui, ils sont de plus en plus petits et de plus en plus rares. Nous en prenions assez pour nourrir la famille et nous vendions le reste. Aujourd'hui, nous n'arrivons même pas à nourrir notre famille."

La surexploitation explique la chute des stocks halieutiques, dans la rivière comme dans le lac, exclusivement exploités par des pêcheurs artisanaux. "Le nombre de pêcheurs a augmenté", indique Friday Njaya, un fonctionnaire du Ministère des pêches au lac Malombe. Les pêcheries sont une ressource ouverte à tous et aucune limite n'était imposée quant au nombre de personnes pouvant pêcher dans le lac".

Et d'ajouter: "Lorsque le poisson était abondant, les filets de trois pouces étaient la norme. Lorsque les pêcheurs ont commencé à constater une diminution de leurs prises, ils ont utilisé des filets plus petits. La maille est descendue à un demi-pouce, parfois même à un quart de pouce. Ils ramassaient donc tout dans le lac, avant que des mesures ne soient prises."

D'après une étude de la FAO, il n'a pas clairement été établi si l'effondrement des stocks de chambos migratoires sur l'Upper Shire River était dû à la surpêche dans le lac Malombe ou à l'augmentation de la pêche du kumbuzi à la seine. L'utilisation des seines a fortement diminué la végétation aquatique, détruisant les zones de frayères et diminuant la quantité de sédiments nutritifs fixés par la végétation.

La surpêche a amené le Ministère des pêches à adopter des règles destinées à conserver les stocks. On a tenté de réglementer la maille des filets et la pêche nocturne. La pêche sur l'Upper Shire River a été suspendue, tandis que les pêcheurs ne peuvent pêcher sur le lac Malombe que trois mois par an. Mais, en partie en raison du manque de fonds, les règlements ont été largement ignorés.

Un projet de la FAO et du Programme des Nations Unies pour le développement aide aujourd'hui le Ministère des pêches et les villages de pêcheurs à conserver les stocks. La création de comités villageois constitue un élément essentiel du projet. Ces comités fixent les règles pour la pêche et la population du village les fait respecter en travaillant au coude à coude avec les autorités.

"Nous surveillons de près les nouveaux venus", a déclaré Lloyd Chitafumbwa, président du comité de Nasupulu. "S'ils n'ont pas des filets de taille réglementaire -  nous avons imposé l'utilisation des filets de trois quarts de pouce et prévoyons de passer à des filets d'un pouce  - nous les signalons au Ministère des pêches et ils ne sont plus autorisés à pêcher ici, une fois que la plupart des comités en sont d'accord."

Etant donné que ceux qui se lancent dans la pêche sont obligés, selon une coutume locale, de se présenter d'abord au chef du village, il est un peu plus facile de surveiller leurs agissements. "L'an dernier, il y avait un pêcheur qui utilisait une maille minuscule", se rappelle Michael Sambakunfi, le secrétaire du comité. "Lorsque les membres du comité ont vu qu'il s'agissait en fait d'une moustiquaire, ils l'ont confisquée et l'ont fait brûler."

"Certains pêcheurs enfreignent la loi à l'occasion", a indiqué Heimo Mikkola de la FAO. "Mais les villageois se surveillent entre eux mieux que ne peut le faire le Ministère des pêches." Il estime que 90 à 95 pour cent des pêcheurs de la région respectent aujourd'hui les règlements.

Le Chambo

Il existe trois espèces de chambo endémiques au Malawi: Oreochromis lidole, O. squamipinnis et O. karongae

Le "Chambo and chips" est un des plats plus populaires au pays

Les femelles et le fretin chambo passent ensemble une longue période dans les eaux peu profondes des zones de reproduction

Toutes les espèces de chambo migrent au cours de leur vie d´eaux peu profondes vers des eaux profondes

La saison de reproduction du chambo s´étend de juillet à avril

En plus d'associer les communautés villageoises à l'aménagement et à l'exploitation de leurs ressources halieutiques, le projet les aide à trouver d'autres façons de gagner leur vie ou d'accroître leur revenu, ce qui est essentiel, compte tenu des restrictions actuelles sur la pêche.

De nombreuses familles combinent déjà la pêche avec l'agriculture à temps partiel ou à temps plein, cultivant essentiellement le maïs et les arachides. Certains des armateurs, qui fournissent bateaux et matériel et s'attribuent 50 pour cent et plus de la valeur de la prise, possèdent des fermes importantes.

Mais les pêcheurs plus pauvres, qui constituent l'équipage des bateaux et se partagent ce qui reste des prises, gagnent moins de dix dollars EU par mois. Le lopin de terre qui leur permettrait de gagner leur vie n'est pas à la portée de leur bourse. Au cours de la sécheresse de 1992-1995, qui a également affecté les stocks halieutiques dans le lac Malombe, peu profond, nombreux sont ceux qui ont dû établir des potagers entourés de clôtures sur le lit du lac asséché pour y faire pousser des légumes de saison sèche et du maïs.

Il n'est pas facile de trouver de l'emploi. En dehors de l'industrie de la pêche, qui demeure le pilier de l'économie locale, les magasins et les débits de boissons, les bureaux du gouvernement, les centres religieux et les hôpitaux sont les seuls autres endroits où on peut trouver du travail dans le petit chef-lieu de district de Mangoche et aux alentours.

Certaines études de la FAO montrent toutefois que le tourisme sur les berges du lac Malawi offre certaines possibilités d'activités commerciales rentables. Il serait également possible d'aider les populations locales, notamment les femmes, à accroître leur revenu grâce au commerce du poisson et à la vente des légumes.

En fait, les bonnes idées ne manquent pas. Le problème comme dans d'autres villages pauvres, c'est que la plupart des familles n'ont pas les garanties nécessaires pour obtenir un prêt de démarrage ou le capital pour investir dans une activité plus rentable que celle qui consiste, par exemple, à vendre des beignets le long de la route, en concurrence directe avec leur voisin.

L'agence allemande d'aide au développement, GTZ, un important partenaire et bailleur de fonds du projet FAO/PNUD, accorde de petits prêts à des familles de la région. Un projet cible les femmes qui peuvent se procurer du poisson pour la transformation. D'autres femmes s'assurent qu'elles remboursent le prêt et, à leur tour, bénéficient de prêts une fois que l'argent est remboursé. Le taux de remboursement est de 100 pour cent.

Mais certains consultants indiquent que d'autres organisations, y compris la Banque mondiale, n'ont pas jusqu'à présent monté de projets de microcrédit au Malawi. A grand renfort de publicité, la Banque a accordé en 1991 un prêt de 300 000 dollars au gouvernement pour le secteur des pêches. Ce prêt est censé être utilisé en partie pour fournir du crédit à des projets générateurs de revenu dans les villages de pêcheurs.

Les autorités ont encouragé les femmes à créer des groupes. Dans certains cas, les femmes ont mis en commun leurs économies durement gagnées et ont ouvert des comptes en banque, mais elles attendent encore les prêts qu'on leur a promis.

La pêche en chiffres

La pêche représente 4 pour cent du produit intérieur brut du Malawi

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Le poisson assure 60 à 70 pour cent des protéines animales consommées dans le pays

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90 pour cent des prises sont le fait de petits pêcheurs artisanaux

Un des dangers qui menacent est que les populations seront de plus en plus poussées à prendre leurs bateaux pour aller pêcher de façon illégale si elles ne peuvent gagner assez d'argent pour compenser les pertes subies. Et cette pression est susceptible de s'accroître. Si, d'après certaines indications, les stocks semblent se maintenir dans certains endroits, les limites de pêche continueront vraisemblablement d'être en vigueur pendant encore un certain temps. En fait, les spécialistes des ressources aquatiques estiment que le nombre de bateaux sur le lac devra diminuer si l'on veut que les pêcheries deviennent durables.

"Je garde mon filet", déclare Francis Simbili. "Si je n'ai plus rien à manger, je serai peut-être contraint d'enfreindre les règlements. Je suis le président du comité de Ngoyi-Chipeta, et je dois donc donner l'exemple. Si je devais enfreindre les règles, cela voudrait dire que n'importe qui peut aller pêcher."

Mais Simbili et d'autres membres du comité qui en compte 29 sont confiants de ne pas en arriver à ces extrêmes. Ils ont d'ailleurs déjà présenté une proposition visant à fermer le lac Malombe à toute exploitation pendant deux ans pour lui donner le temps de se rétablir. "Nous sommes prêts à faire un gros sacrifice. Nous ne sommes tout de même pas prêts à laisser nos familles mourir de faim", déclare-t-il.

Il n'est pas encore certain, toutefois, que cette initiative soit acceptée par les autres villageois. Pour beaucoup, cette interdiction serait un acte d'autodestruction. Quel que soit le résultat, les habitants de la région de l'Upper Shire River et du lac Malombe devront à l'avenir naviguer sur des eaux plutôt tumultueuses.

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10 janvier 1997


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