Mise en oeuvre du Plan d'Action du Sommet mondial de l'alimentation:
Premières étapes, premiers défis

Document d'information préparé par l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (OAA) en vue de la Conférence interparlementaire spécialisée sur le thème "Atteindre les objectifs du Sommet Mondial de l'Alimentation par une stratégie de développement durable"

Rome, 29 novembre - 2 décembre 1998


1. Le Sommet mondial de l'alimentation, qui s'est tenu à Rome du 13 au 17 novembre 1996, a réuni des Chefs d'Etat et de gouvernement, pour la première fois dans l'histoire, pour relever le défi de l'éradication de la faim et de la malnutrition et la réalisation de la sécurité alimentaire pour tous.

2. La Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale et le Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation ont été adoptés par les 186 chefs de délégation présents, dont 112 étaient des Chefs d'Etat ou de gouvernement, Vice-Présidents ou Vice-Premier Ministres. Quinze pays ont formulé des "réserves ou déclarations interprétatives" au sujet de certains aspects spécifiques des documents.

3. Dans la Déclaration de Rome, les participants ont proclamé leur "volonté politique et (leur) engagement commun et national de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et de déployer un effort constant afin d'éradiquer la faim dans tous les pays et, dans l'immédiat, de réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à 2015 au plus tard." La Déclaration énonce sept engagements qui posent les bases nécessaires à la réalisation de la sécurité alimentaire durable pour tous, et le Plan d'action décrit les objectifs et les mesures à prendre en vue de la mise en œuvre pratique des sept engagements.

4. L'Engagement Sept souligne que c'est à chaque gouvernement qu'il incombe au premier chef de créer un environnement économique et politique qui assure la sécurité alimentaire de ses citoyens, en impliquant à cette fin tous les éléments de la société civile. A cette fin le Plan d'action envisage, entre autre, des campagnes nationales sur le thème de "la nourriture pour tous" afin de mobiliser, dans chaque pays, toutes les parties prenantes de la société et leurs ressources. En même temps, le Plan d'action demande une coopération renforcée au niveau régional et international pour appuyer l'action nationale, et toutes les institutions internationales concernées sont appelées à prendre part à cet effort coordonné.

5. La FAO, qui a organisé le Sommet, doit jouer un rôle crucial dans la promotion du suivi à tous les niveaux, et doit aussi agir directement dans les sphères de son mandat. Des informations sur les activités entreprises par la FAO (voir aussi l'encadré qui suit la Section A), de même que les documents analytiques préparés pour le Sommet, seront mis à la disposition des participants à la Conférence interparlementaire spécialisée. Le présent document, dans la Section A, résume les mesures adoptées pour assurer le suivi intergouvernemental des progrès vers la réalisation des objectifs du Sommet. La Section B fait le point sur la situation actuelle de la sécurité alimentaire mondiale et les perspectives pour l'avenir.

 

A. SUIVI DES PROGRES PAR LE COMITE DE LA SECURITE ALIMENTAIRE MONDIALE

6. Le Sommet a confié au Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) de la FAO la fonction critique d'assurer le suivi de l'exécution du Plan d'action. Pour atteindre l'objectif 7.3 de l'Engagement Sept, les gouvernements, en collaboration avec tous les acteurs de la société civile et en coordination avec les organisations internationales pertinentes, et par l'intermédiaire du Comité, se sont engagés à:

  • établir un calendrier, des procédures et des modèles de rapport, et un processus permettant de définir des objectifs et des indicateurs vérifiables;
  • assurer un suivi régulier de la mise en oeuvre aux niveaux national, sous-régional, régional et international;
  • encourager la participation effective des acteurs pertinents de la société civile; et
  • entreprendre, en 2006, une évaluation intérimaire de grande ampleur concernant la mise en œuvre du Plan d'action, et un examen à mi-parcours de l'objectif fixé, qui est de réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à 2015 au plus tard.

7. Le CSA s'est réuni à deux occasions depuis le Sommet. Lors de sa session d'avril 1997, il a examiné tous les aspects du Sommet mondial de l'alimentation et de son suivi, en vue de faire rapport par l'intermédiaire du Conseil à la Conférence de la FAO, et il est convenu d'une procédure provisoire d'établissement de rapports pour l'année 1997, première année de mise en oeuvre du Plan d'action

Premiers rapports

8. Lors de sa session de juin, 1998, le Comité a examiné une synthèse des rapports sur la mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation, préparée par le Secrétariat de la FAO à partir de rapports reçus de 68 pays, de la Commission européenne, de 14 institutions des Nations Unies, de 13 organisations internationales et de six organes régionaux. (Le CSA a été également informé que 27 autres rapports nationaux étaient parvenus au Secrétariat au moment de la session).

9. Les renseignements communiqués par les pays et institutions qui ont fait parvenir leurs rapports font ressortir une détermination universelle à mettre en oeuvre le Plan d'action du Sommet, dans toutes ses dimensions. Cela montre à quel point le caractère multidimensionnel de la sécurité alimentaire, exprimé dans la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale, est aujourd'hui pleinement reconnu. Là où ils faisaient défaut, des mécanismes ont été mis en place pour promouvoir, coordonner et exécuter le suivi du Sommet.

10. En revanche, le Secrétariat n'a pas été en mesure, dans le cadre de ce premier examen, de tirer des conclusions générales sur les progrès de l'exécution du Plan d'action. Premièrement, les données contenues dans les rapports sur les politiques et programmes en faveur de la sécurité alimentaire pour tous portent essentiellement sur la continuation de mesures déjà engagées au moment du Sommet. Certes, les rapports font état de nouvelles mesures adoptées ou envisagées suite au Sommet mondial. Toutefois, les résultats de ces nouvelles interventions n'ont pu, en règle générale, être constatés ou analysés, comme on pouvait s'y attendre, puisque les rapports ne couvraient que l'année qui a suivi immédiatement celle du Sommet. Deuxièmement, il convient de souligner que l'échantillonnage vaste mais hétérogène de rapports de pays sur lequel ce document s'appuie ne saurait justifier que l'on en tire des conclusions générales sur le fond. En outre, et compte tenu du très vaste éventail de thèmes abordés dans le Plan d'action, tous les pays se sont montrés sélectifs, à des degrés variables, et le Secrétariat n'a par conséquent pas été en mesure de dégager un panorama complet.

11. De nombreux pays ont fait état des principaux problèmes rencontrés et des principaux objectifs visés dans la mise en oeuvre du Plan d'action. L'insécurité alimentaire, qui affecte de larges segments ou groupes spécifiques de population, est mentionnée par de nombreux pays en développement, qui mettent fréquemment l'accent sur le déficit alimentaire croissant et/ou l'instabilité de la production vivrière. Les cas de dénutrition et de malnutrition, qui touchent particulièrement les enfants mais également les adultes, sont documentés, même lorsque la situation de la sécurité alimentaire est dans l'ensemble satisfaisante. La pauvreté est universellement considérée comme une cause principale de l'insécurité alimentaire au niveau des ménages et une large place est faite au développement humain, principalement par l'éducation et l'amélioration de l'état de santé. Les conflits, les situations d'insécurité et les catastrophes naturelles sont également mentionnées.

12. Plusieurs pays soulignent la nécessité d'adopter des politiques macro-économiques rationnelles et de tirer parti des échanges internationaux; Le développement durable de l'agriculture et de la production vivrière est considéré presque unanimement comme un objectif essentiel, souvent lié au développement du secteur agro-alimentaire. L'intensification de la production et sa diversification, notamment en faveur de la production animale et halieutique, sont au nombre des objectifs visés. L'accent est mis sur l'amélioration de la productivité en faveur des pauvres et sur la durabilité environnementale, ce qui suppose les initiatives suivantes: Recherche et diffusion des technologies, accès facilité à la terre, aux intrants et au crédit, meilleure utilisation des terres, mobilisation des ressources hydriques et maîtrise de l'eau. Dans la chaîne alimentaire, la commercialisation, la qualité et l'innocuité des aliments et l'amélioration de la transformation sont des préoccupations fréquemment citées. La décentralisation et le développement des infrastructures rurales figurent également au premier rang des questions soulevées dans les rapports.

Conclusions du Comité

13. Le Comité a félicité les pays et les organisations qui avaient présenté des rapports, mais il a déploré qu'un grand nombre de pays ne l'aient pas fait et les a invités instamment à soumettre dès que possible leurs rapports. Le Comité a de nouveau souligné qu'il importait de déployer des efforts concertés pour mettre en oeuvre le Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation et a demandé à tous les pays de présenter à l'avenir leurs rapports en temps utile, pour qu'il soit possible de dresser un tableau complet des progrès réalisés.

14. Le Comité a convenu qu'il était difficile, sur la base des rapports fournis, de tirer des conclusions générales sur les progrès réalisés dans l'application du Plan d'action dans le contexte du principal objectif du Sommet, qui consistait à réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à 2015. On a souligné qu'il était nécessaire de perfectionner le mode de présentation de façon que les rapports nationaux fournissent les informations nécessaires à l'analyse des actions entreprises et à l'identification des pratiques qui avaient fait leurs preuves et de celles qui avaient échoué.

15. Le Comité a convenu que le Secrétariat devrait élaborer un cadre d'analyse pour préparer les futurs rapports à soumettre au Comité pour examen et évaluer les progrès réalisés dans l'application du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation. Il a réaffirmé que les futurs rapports devraient montrer dans quelle mesure le monde se rapprochait ou s'éloignait de l'objectif de réduction du nombre des personnes sous-alimentées qui avait été fixé par le Sommet.

16.Le Comité a demandé à la FAO, dans le cadre des activités interinstitutions du Système d'information et de cartographie sur l'insécurité alimentaire et la vulnérabilité (SICIAV), d'élaborer une série cohérente d'indicateurs à utiliser pour une analyse plus approfondie et détaillée de la sécurité alimentaire, fondée sur des séries de données nationales comparables. Le Comité s'est félicité de ce que plusieurs pays avaient offert de mettre à la disposition du Secrétariat des séries de données et des études pouvant être utilisées pour le suivi futur.

17. Plusieurs délégués des pays en développement ont souligné qu'il était important pour eux de continuer à bénéficier d'un appui technique et financier international pour mettre en oeuvre le Plan d'action. Nombre de délégués, représentant pour la plupart des pays en développement, ont évoqué à ce propos l'importance du Programme spécial de la FAO pour la sécurité alimentaire et de la coopération Sud-Sud. Plusieurs délégués ont souligné le rôle capital du captage et de la récolte des eaux, en Afrique, notamment, dans le développement de la lutte contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire. On s'est félicité de l'aide fournie par la FAO aux pays en développement et aux pays en transition pour la formulation de stratégies agricoles à l'horizon 2010.

18. Le Comité a noté que les aliments ne devaient pas être utilisés comme moyen de pression politique et économique et qu'il fallait s'abstenir de prendre des mesures unilatérales contraires au droit international et à la Charte des Nations Unies, qui mettaient en danger la sécurité alimentaire.

19. Le Comité a souligné l'importance d'une étroite coopération entre la FAO, le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et d'autres organisations internationales, ainsi qu'avec des institutions de coopération bilatérale, aux fins de l'application du Plan d'action. A cet égard, le Comité s'est félicité de l'entrée en activité du réseau sur le développement rural et la sécurité alimentaire du Comité administratif de coordination (CAC), mis en place pour favoriser l'échange d'informations et l'établissement de réseaux interactifs entre les institutions des Nations Unies à tous les niveaux, ainsi que la coopération au niveau national par le biais de groupes thématiques pour le développement rural et la sécurité alimentaire relevant du système des coordonnateurs résidents des Nations Unies.

20. Le Comité a été informé des mesures prises pour mettre en oeuvre l'objectif 7.4 concernant le droit à une nourriture adéquate et le droit fondamental de chacun d'être à l'abri de la faim. Il s'est réjoui de la coopération entre le Bureau du Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et la FAO sur cette importante question. Le Comité a félicité le Haut Commissariat pour la consultation sur le droit à une alimentation adéquate qu'il avait convoquée, réponse concrète et pragmatique à l'objectif 7.4. Il a aussi félicité le Haut Commissariat pour le débat général sur le contenu normatif du droit à la nourriture, au sein du Comité des droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que le Secrétariat de la FAO pour sa contribution aux deux réunions.

21. Il a noté que la Commission des droits de l'homme avait approuvé la proposition de la Consultation concernant l'organisation d'une réunion de suivi avant la fin de 1998, afin de poursuivre le débat sur la teneur et les moyens d'application des droits touchant à une nourriture adéquate. Le Comité a également noté avec satisfaction que le Comité des droits économiques, sociaux et culturels rédigerait un commentaire général afin de contribuer à élucider la teneur des droits concernant l'alimentation visés à l'Article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Arrangements futurs de suivi

22. Le Comité a reconnu qu'il devait entreprendre en l'an 2006, comme prévu lors du Sommet, un examen à mi-parcours des progrès accomplis dans la réduction du nombre de personnes sous-alimentées, qui devrait diminuer de moitié par rapport à 1996 d'ici 2015. Le Comité a convenu de commencer son travail de suivi en l'an 2000 et de réaliser deux cycles complets d'évaluation avant l'examen à mi-parcours. Le Comité a convenu que pour les cycles de suivi précédant l'examen à mi-parcours, le premier groupe d'engagements examinés inclurait les objectifs "centrés sur les personnes", c'est-à-dire ceux visés dans les Engagements I, II et V, tandis que le second groupe comprendrait les objectifs "axés sur le développement" c'est-à-dire ceux visés dans les Engagements III, IV et VI. Les éléments pertinents de l'Engagement VII seraient adéquatement examinés dans chaque groupe.

23. Le Comité a réaffirmé que l'essentiel était que le Plan d'action soit exécuté, et il a fait remarqué que la présentation de rapports était un moyen plutôt qu'une fin. A cet égard, il a souligné que si la mise en application des engagements était principalement du ressort des pays, le suivi devait se faire au niveau international. Il a été suggéré que le CSA utilise des approches novatrices pour définir son ordre du jour, en faisant appel notamment, pour la préparation de questions thématiques, aux comités techniques et aux conférences régionales de la FAO, ainsi qu'à d'autres institutions internationales, aux ONG et à d'autres partenaires.

PROGRAMME SPECIAL POUR LA SECURITE ALIMENTAIRE (PSSA)

L'objectif du Programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA) de la FAO est d'aider les pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) à améliorer leur sécurité alimentaire nationale en augmentant rapidement leur productivité et leur production vivrière, tout en réduisant la variabilité de la production d'une année sur l'autre et en améliorant l'accès aux vivres grâce à une démarche multidisciplinaire participative sur une base durable du point de vue économique et écologique. L'augmentation des revenus nets des agriculteurs, l'emploi rural, l'équité sociale et le respect de la parité homme-femme sont au coeur du PSSA.

Le 21 Septembre 1998, le Programme spécial pour la sécurité alimentaire était opérationnel dans 36 PFRDV &endash; 20 en Afrique, 10 en Asie et au Proche-Orient,, 3 en Amérique Latine, 2 en Europe et un en Océanie. Dans 33 PFRDV, le PSSA était à différents stades de formulation.

Stratégie d'exécution du PSSA

L'exécution du PSSA se fait en deux temps, une phase pilote suivie d'une phase d'expansion. Chaque pays, après avoir demandé de participer au PSSA, s'engage à établir un Plan d'action national pour parvenir à la sécurité alimentaire nationale et un Plan des opérations (PO), qui sera exécuté dans le pays. Ce PO constitue la phase pilote du Programme spécial, qui dure en général deux à trois ans.

Phase pilote

La phase pilote est planifiée et exécutée par les gouvernements et les communautés rurales concernés grâce à la mobilisation et à la formation de personnel local et à la fourniture de semences, d'outils et de matériel, dans le cadre de la participation populaire et d'activités respectueuses de la parité homme-femme. L'assistance technique et financière est fournie par des sources nationales et internationales. Cette phase comprend quatre éléments:

  • Système simple de collecte de l'eau, d'irrigation et de drainage utilisant les eaux de pluie, les eaux d'écoulement, les ruisseaux, les eaux souterraines, etc.; et mise en valeur des terres agricoles pour assurer la production contre les aléas du climat.

  • Intensification des systèmes durables de production végétale grâce au transfert de technologies adéquates accessibles à tous.

  • Diversification de la production, y compris aquaculture, pêche artisanale, petit élevage (volailles, moutons, chèvres, cochons, etc.) et arboriculture.

  • Analyse des obstacles à la sécurité alimentaire. On analyse avec une attention particulière les obstacles socio-économiques à l'expansion de la phase pilote, pour les hommes et pour les femmes et selon des groupes spécifiques.

Les résultats obtenus, y compris les coûts et bénéfices pour les producteurs, sur chaque site et pour chaque campagne, sont quantifiés et analysés afin de réorienter les opérations et de fournir une base d'analyse solide pour l'application sur de nouveaux sites ou pour la préparation de la phase d'expansion du Programme.

Phase d'expansion

La phase d'expansion se compose des éléments ci-après:

  • Un ensemble de politiques concernant la sécurité alimentaire et le secteur agricole, pour lever les obstacles macro-socio-économiques et assurer un environnement favorable à la production agricole, à la transformation, à la commercialisation, aux échanges et à l'accès aux vivres.

  • Un élément d'investissement agricole de trois ans, à ajuster chaque année pour surmonter les obstacles matériels, y compris au niveau des infrastructures, et accroître le financement privé et public des activités et services agricoles, et la préparation d'études sur des projets susceptibles de bénéficier d'un financement.

Quelques résultats et réalisations du PSSA

Erythrée: Pendant la campagne agricole de 1996, les résultats ont montré que les rendements avaient plus que doublé par rapport à ceux des variétés locales cultivées sur les exploitations voisines. Le nombre d'agriculteurs participant au programme a doublé par rapport à l'année précédente.

Ethiopie: Pendant la campagne agricole de 1997, les rendements du tef, du sorgho et du blé sur les exploitations expérimentales ont été presque double de ceux des exploitations types. Une analyse coût-avantage a montré que le ratio valeur-coût s'établissait entre 2,2 et 2,5. Le Gouvernment a tenu compte des expériences acquises avec le PSSA lorsqu'il a formulé les mesures de vulgarisation pour son programme de production sur les terres arides concernant environ 10 000 agriculteurs.

Chine: On estime que les rendements des céréales ont augmenté de plus de 60 pour cent entre 1994 et 1997. Le revenu annuel de chaque agriculteur a plus que doublé depuis les travaux d'amélioration commencés en 1994, passant d'une moyenne de 667 yuan pendant la période 1992-94 à 1 277 yuan en 1997. Plus de 650 000 agriculteurs ont bénéficié d'une formation.

Népal: Les superficies irriguées ont augmenté de 10 à 42 pour cent et le taux d'exploitation est passé de 30 à 60 pour cent dans 19 sites pilotes cultivant une grande variété de produits. Des technique de maîtrise de l'eau sur l'exploitation et des groupes d'usagers plus forts dans les districts Hill et Terai ont été efficaces pour améliorer les connaissances des agriculteurs et utiliser l'eau de façon plus rationnelle. Les zones sous irrigation permanente ont augmenté de 15 pour cent en une seule campagne. Les rendements du blé ont augmenté en moyenne de 70 pour cent et ceux du riz d'environ 45 pour cent. On a calculé que le taux de rentabilité interne varie de 47 à 89 pour cent.

Tanzanie: Les chiffres concernant la campagne de 1996 pour les sites pilotes PSSA ont montré que les rendements avaient augmenté de 50 à 130 pour cent pour le riz et de 118 à 165 pour cent pour le maïs par rapport à ceux précédant la mise en oeuvre du PSSA. Les activités de production animale menées également dans le cadre du PSSA ont porté sur l'amélioration des méthodes d'élevage des poulets et des chèvres et la vaccination de plus de 14 000 poulets contre la maladie de Newcastle. Les groupements d'agriculteurs ont été renforcés.

Coopération Sud-Sud

L'initiative de coopération Sud-Sud a été lancée par la FAO en 1996 dans le cadre du PSSA. L'objectif est de permettre aux pays bénéficiaires de tirer parti de l'expérience et de l'expertise de pays en développement plus avancés. Dans ce cadre, les pays en développement plus avancés se mettent d'accord pour envoyer des techniciens et experts de terrain dans certains pays bénéficiaires pendant deux ou trois ans pour travailler directement avec des communautés rurales d'agriculteurs participant au Programme spécial. L'effectif requis est déterminé au cas par cas, mais il doit permettre d'atteindre une masse critique (une centaine environ), et viser un nombre de sites suffisant pour couvrir toutes les régions du pays. Les experts et techniciens sont envoyés sur place de manière progressive, selon les besoins, sur la période de deux à trois ans mentionnée ci-dessus.

L'initiative de coopération Sud-Sud a déjà acquis beaucoup d'élan, puisqu'une vingtaine de pays en développement avancés ont manifesté leur intention de fournir des experts et des techniciens de terrain aux PFRDV, selon les mandats et conditions stipulés par cette coopération.

Une coopération Sud-Sud est opérationnelle au Sénégal depuis novembre 1996, et 61 experts et techniciens de terrain vietnamiens travaillent déjà directement avec les agriculteurs sénégalais dans les communautés rurales participant au PSSA.

Des accords similaires ont récemment été signés entre la Chine et l'Ethiopie et entre l'Inde et l'Erythrée. De même, des accords seront bientôt signés entre le Maroc et le Niger, le Maroc et le Burkina Faso, le Bangladesh et la Gambie, la Chine et le Mali et la Chine et la Mauritanie. De plus, des accords de coopération Sud-Sud entre l'Egypte et la Tanzanie et entre le Viet Nam et le Bénin sont en cours de formulation.

Collaboration avec des partenaires internationaux du développement

Le PSSA est un programme qui appartient à chaque pays, il est préparé et exécuté sous la responsabilité directe de chaque gouvernement, avec l'assistance technique de la FAO et le soutien financier (outre celui de la FAO) de donateurs bilatéraux et multilatéraux, de banques de développement et autres institutions de financement, ainsi que d'ONG et du secteur privé.

B. LA SECURITE ALIMENTAIRE MONDIALE AUJOURD'HUI ET DEMAIN

Evolution récente de la situation

24. Le nombre de personnes souffrant de malnutrition chronique dans les pays en développement est actuellement estimé à 828 millions pour la période 1994-1996 (tableau). La proportion des sous-alimentés a donc légèrement baissé depuis le début des années 90, mais leur nombre absolu a un peu augmenté, du fait de la croissance de la population mondiale et de la modification de la pyramide des âges, qui a influé sur les besoins minimums moyens.


TABLEAU
Pourcentage et nombre de personnes sous-alimentées dans les pays en développement, par région, 1992-94 et 1994-96*


Région

Pourcentage de sous-alimentés
Nombre de sous-alimentés (millions)

1990-92
1994-96
1990-92
1994-96

Afrique subsaharienne

40
39
196
211

Proche-Orient et Afrique du Nord

11
12
34
42

Asie de l'Est et du Sud-Est

17
15
289
258

Asie du Sud

21
21
237
254

Amérique latine et Caraïbes

15
13
64
63

Toutes régions en développement

20
19
822
828


Source: FAO.

Note: Les totaux comprennent les chiffres de l'Océanie, qui ne figurent pas dans le corps du tableau


* Les nouvelles estimations concernant le nombre des sous-alimentés, pour la période 1990-92, font état de 822 millions de personnes. Ce chiffre diffère des estimations précédentes pour la même période, établies à 840 millions lors du Sommet mondial de l'alimentation et dans le SOFA 1997. La différence est due principalement aux révisions à la baisse apportées rétrospectivement aux estimations des Nations Unies concernant la population totale de certains pays critiques. Ces révisions ont rendu nécessaires de nouvelles estimations du nombre des sous-alimentés pour les périodes précédentes, entraînant de légers ajustements des chiffres précédemment retenus pour certains pays.

25. Le tableau ci-dessus confirme que le plus grand nombre de sous-alimentés se trouve en Asie, mais que c'est en Afrique subsaharienne que le pourcentage des sous-alimentés est le plus élevé. Les tendances récentes ne sont pas rassurantes: le progrès enregistré dans certaines régions a été amplement résorbé par la détérioration observée ailleurs. On a maintes fois répété que ces chiffres sont inacceptables et qu'ils doivent impérativement être réduits dans des proportions considérables. Le Plan d'action issu du Sommet mondial de l'alimentation est actuellement mis en œuvre en vue de réduire de moitié le nombre des sous-alimentés d'ici 2015 au plus tard.

26. La disponibilité énergétique alimentaire (DEA) par habitant, mesurée en kilocalories par jour, est la quantité de nourriture disponible en moyenne par personne et par jour dans le pays considéré; elle est le principal indicateur utilisé pour estimer dans quelle mesure l'alimentation est adéquate. L'analyse de la DEA moyenne par pays fait ressortir les variations intrarégionales qui n'apparaissent pas dans les agrégats régionaux du tableau 1. Les pays où les disponibilités alimentaires sont insuffisantes, qui sont généralement ceux où la proportion des sous-alimentés est le plus élevée, sont fortement concentrés en Afrique subsaharienne, mais il y en a aussi un nombre appréciable en Asie du Sud et du sud-est.

27. Une analyse de l'évolution du phénomène de la sous-alimentation dans chaque pays entre les périodes 1990-1992 et 1994-1996 révèle que le pourcentage des sous-alimentés a diminué dans la majorité des pays, alors qu'au début des années 90 il a beaucoup augmenté dans quelques pays en raison de circonstances exceptionnelles.

28. Dans près de la moitié des pays d'Afrique subsaharienne, la proportion de sous-alimentés a augmenté entre 1990-1992 et 1994-1996. Il est vrai que dans beaucoup de pays à forte croissance démographique, le nombre absolu des sous-alimentés augmente même lorsque leur proportion diminue.

29. En Asie comme dans la région Proche Orient et Afrique du nord, le pourcentage de sous-alimentés a diminué dans plus des deux tiers des pays entre 1990-1992 et 1994-1996. Sur les 24 pays de la région Amérique latine et Caraïbe, 21 ont réduit, au cours de la même période, la proportion des sous-alimentés.

30. Une caractéristique importante de la sous-alimentation tient au fait qu'elle est étroitement liée aux moyens financiers dont disposent les populations pour acheter de la nourriture. Comme on pouvait s'y attendre, c'est dans les pays où les revenus par habitant sont les plus élevés que la DA est la plus grande et que la proportion de sous-alimentés est la plus faible. Mais il est inquiétant de constater, lorsqu'on adopte une perspective à long terme basée sur les trois périodes 1969-1971, 1990-1992 et 1994-1996, que contrairement à la tendance générale observée dans l'ensemble des pays en développement, ni le nombre ni la proportion des sous-alimentés n'ont diminué dans les groupes de pays les plus pauvres.

31. Au cours des dernières années, la situation économique d'ensemble d'un grand nombre de pays en développement s'est très sensiblement améliorée. Cependant, les répercussions de la crise financière qui a d'abord frappé l'Asie risquent de mettre un terme à cette conjoncture favorable; c'est ce que l'on observe déjà de façon marquée dans de nombreux pays - et la crise menace de s'étendre. Une récession mondiale se traduirait inéluctablement par une aggravation de l'insécurité alimentaire pour des millions de personnes, en raison des effets négatifs sur les revenus des ménages, sur l'emploi et sur les perspectives de production agricole et d'échanges commerciaux. De surcroît, la crise économique ne manquerait pas d'affaiblir la capacité financière des gouvernements à promouvoir l'agriculture et le développement rural, et aurait des répercussions négatives sur le cadre général de l'assistance internationale.

Perspectives mondiales de la sécurité alimentaire à l'horizon 2010

32. La FAO a entrepris de mettre à jour l'évaluation à long terme contenue dans son étude intitulée "Agriculture: Horizon 2010", afin notamment de mieux estimer les possibilités de progrès en ce qui concerne l'objectif fixé lors du Sommet mondial de l'alimentation. Dans cette optique, la période considérée dans cette analyse a donc été prolongée jusqu'en 2015. Cette nouvelle évaluation est encore à l'ébauche, mais selon des conclusions préliminaires, les principales perspectives sur l'alimentation et l'agriculture ne devraient guère s'écarter de celles décrites dans l'étude Agriculture: Horizon 2010 et dans les documents techniques préparés pour le Sommet mondial de l'alimentation.

33. Malgré un progrès sans précédent du potentiel technique et économique, on assiste en cette fin de siècle à un ralentissement continu de la croissance de la production agricole mondiale, alors que des centaines de milliers de personnes, notamment d'enfants, continuent à souffrir chroniquement de faim et de malnutrition. L'existence de ces deux tendances ne signifie nullement que le monde ne sera pas en mesure, dans l'ensemble, de produire les aliments qui seraient nécessaires à l'élimination de la sous-alimentation. La persistance de la faim est plutôt due à des échecs dans la répartition du développement. Par exemple, nombre de pays à faible revenu et fortement tributaires de l'agriculture n'ont pas réussi à promouvoir la production vivrière locale et le développement rural. On peut et doit trouver des stimulants favorisant les innovations et les investissements afin d'assurer la durabilité du développement agricole et, en fin de compte, de générer suffisamment de nourriture et de revenus pour tous, mais il faut pour cela introduire des réformes et des ajustements institutionnels appropriés et accorder l'attention voulue à l'équité sociale. Quelles sont les possibilités de progrès au cours des 10 ou 15 prochaines années?

Des améliorations insuffisantes des indicateurs moyens de l'alimentation et de la nutrition

34. La croissance démographique est le principal facteur déterminant la croissance de la demande globale d'aliments. L'augmentation de la population mondiale, en chiffres absolus, qui avait atteint le chiffre de près de 90 millions de personnes par an dans la seconde moitié des années 80, est maintenant tombée à environ 80 millions de personnes par an, dont plus de 90 pour cent dans les pays en développement. Parallèlement, si l'on en croit les dernières évaluations des perspectives de croissance économique publiées par la Banque mondiale, les perspectives globales des pays en développement devraient s'améliorer au cours des dix prochaines années, mais il y aurait des différences considérables d'un pays à l'autre. Selon ces analyses, on peut s'attendre à une nouvelle amélioration des indicateurs moyens de l'alimentation et de la nutrition pour l'ensemble du monde et pour les pays en développement, mais les problèmes d'insécurité alimentaire et de sous-alimentation persisteront dans de nombreux pays (probablement à des niveaux légèrement améliorés).

35. Dans l'ensemble des pays en développement, les disponibilités alimentaires par habitant devraient augmenter, et l'incidence de la sous-alimentation devrait baisser, en valeur relative, dans les pays en développement (c'est-à-dire en pourcentage de la population totale) mais compte tenu des tendances de la croissance démographique et de l'évolution des structures des populations, il n'y aura qu'une faible baisse du nombre absolu de personnes sous-alimentées par rapport au niveau actuel de plus de 800 millions de personnes. Les taux de sous-alimentation pourraient rester élevés en Afrique subsaharienne mais légèrement baisser en Asie du Sud. L'efficacité des politiques de lutte contre la pauvreté et de promotion de moyens de subsistance durables parmi les groupes vulnérables jouera donc un rôle déterminant dans la lutte contre la sous-alimentation.

La production locale, source principale d'aliments dans les pays en développement, malgré les perspectives d'une augmentation des importations

36. Pour satisfaire la croissance de la demande effective d'aliments (c'est-à-dire telle qu'elle est exprimée sur le marché), la production agricole mondiale devra augmenter à un rythme d'environ 1,8 pour cent par an. C'est de la production locale que viendront pour l'essentiel les augmentations des disponibilités totales d'aliments dans les pays en développement. Pour nombre de ces pays, le développement agricole et rural est essentiel pour assurer les approvisionnements alimentaires, mais il sert aussi à garantir les moyens d'existence d'un grand nombre de ruraux.

37. Les importations nettes de produits alimentaires devraient néanmoins continuer à augmenter dans les pays en développement. Les importations nettes de céréales pourraient passer du niveau de 100-110 millions de tonnes des dernières années à plus de 160 millions de tonnes en 2010 et augmenter encore par la suite. Une partie de ces importations de produits alimentaires devrait être fournie sous la forme d'aide alimentaire.

38. Le reste du monde (et notamment les grands pays exportateurs de l'OCDE) ne devrait pas avoir de grandes difficultés à produire ces disponibilités exportables supplémentaires de céréales (et de produits animaux), puisque: a) leur propre demande intérieure augmentera très lentement en volume et b) les exportations supplémentaires destinées aux pays en développement seront probablement compensées en partie par la forte baisse des exportations en direction de l'Europe de l'Est et des pays de l'ex-URSS. Cette dernière région pourrait probablement devenir un petit exportateur net de céréales.

39. A plus long terme, le groupe des pays en développement (tel qu'il est actuellement défini) pourrait passer d'une situation d'exportateurs nets de produits agricoles primaires à une situation d'importateurs nets, c'est-à-dire que ces pays devront régler leurs importations de produits alimentaires en partie à l'aide de recettes tirées d'exportations de biens et services non agricoles et de produits agricoles à plus haute valeur ajoutée.

40. A cet égard, on peut s'attendre à ce que la baisse séculaire, en valeur réelle, des cours mondiaux des produits agricoles, et notamment des céréales, s'atténue progressivement. Il y aura moins de pression à la baisse sur les prix du fait de l'application des accords du Cycle d'Uruguay qui se traduira par une baisse des excédents structurels et une réduction des effets de distorsion découlant du soutien de la production et du commerce agricoles. On peut craindre par ailleurs qu'avec la baisse des stocks détenus par les pouvoirs publics et la modification de la répartition géographique des stocks détenus dans le monde, il y ait un risque plus élevé d'instabilité des cours mondiaux et de réduction des volumes disponibles pour l'aide alimentaire.

L'intensification durable comme moteur de la croissance de la production

41. Selon les prévisions, environ les quatre cinquièmes des augmentations de la production végétale dans les pays en développement proviendront de l'intensification de la production agricole, et plus précisément d'une augmentation des rendements dans les deux tiers des cas et, pour le reste, d'une augmentation de l'intensification de cultures (cultures multiples, raccourcissement des jachères), notamment dans les pays où les conditions agro-écologiques s'y prêtent et où il n'est guère possible d'accroître les superficies cultivées. Pour obtenir cette hausse des rendements, il faudra accorder une priorité élevée aux investissements dans le secteur agricole primaire et dans la recherche et la vulgarisation agricoles, de façon à disposer de toute une gamme de technologies modernes.

42.L'augmentation et l'intensification prévues de la production agricole ont diverses implications au niveau de l'environnement et de la durabilité: a) l'expansion limitée des terres agricoles ne devra plus se traduire par le taux de déforestation rapide observé dans les zones tropicales par le passé, mais il faut pour cela assurer une utilisation durable des terres; b) l'eau devient rapidement un grand facteur limitant et des politiques touchant tous les secteurs doivent être introduites pour assurer une gestion efficace des ressources en eau, y compris en accroissant le coût payé par les utilisateurs; c) il y aura une nouvelle intensification de l'emploi de produits agrochimiques (engrais, pesticides) dans les pays en développement, mais à un rythme moindre que par le passé et d) il est indispensable d'appliquer les intrants externes en toute sûreté (engrais, pesticides et variétés améliorées) pour favoriser une agriculture durable.

43. La possibilité d'assurer un développement agricole et rural durable dépendra dans une large mesure de l'application concertée d'une série d'instruments appropriés. L'utilisation efficace des technologies existantes et la mise au point de nouvelles technologies ont la potentialité d'assurer l'intensification durable de la production. Si des mesures incitatives sont prises et les innovations et les investissements sont stimulés afin de réaliser pleinement ce potentiel, il devrait être possible de réduire au minimum les arbitrages à faire entre croissance de la production vivrière et protection de l'environnement.

Le grand défi: réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015 au plus tard

44. Les paragraphes ci-dessus indiquent les résultats d'une évolution « au fil de l'eau ». Parmi les facteurs sur lesquels il est possible d'agir, et qui pourraient infléchir cette évolution, figure au premier chef la mise en oeuvre efficace du plan d'action adopté lors du Sommet mondial de l'alimentation, qui vise à réduire de moitié le nombre de personnes affamées d'ici à 2015 au plus tard. Selon les tendances actuelles, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique devrait diminuer pour cette date, mais pas de moitié. La réalisation de cet objectif du Sommet suppose donc un effort important. Au niveau planétaire, les quantités supplémentaires d'aliments qu'il faudrait produire et commercialiser seraient minimes. L'objectif est également réalisable au niveau de nombreux pays, à condition que ceux où la sous-alimentation est généralisée accordent une haute priorité au développement agricole et mènent des politiques nettement plus vigoureuses afin d'améliorer les possibilités d'activités rémunératrices pour les pauvres. On estime également que les investissements dans le secteur agricole devraient, dans ce but, augmenter de 20 à 30 pour cent par rapport au niveau tendanciel.

45. Selon des analyses préliminaires, et même en prenant pour hypothèse des taux exceptionnellement élevés de croissance des revenus et de la demande, et la possibilité de combiner production intérieure et importations, certains pays éprouveront les plus grandes difficultés à atteindre l'objectif fixé lors du Sommet mondial de l'alimentation. Souvent, on trouve dans ces pays une forte croissance démographique (plus de 2 pour cent par an), un faible niveau de disponibilités caloriques par habitant (moins de 2 000 calories par jour) et une répartition assez inégale de la consommation alimentaire. S'ils veulent atteindre l'objectif fixé lors du Sommet mondial de l'alimentation, ils devront absolument s'efforcer d'éliminer les iniquités en matière d'accès aux aliments par toute une série de mesures de lutte contre la pauvreté, y compris par un meilleur accès aux moyens de production et à l'emploi.

46. En conclusion, la situation de la sécurité alimentaire mondiale semble en général suivre un scénario de progrès lent et inégal, comme prévu dans les documents techniques établis par la FAO pour le Sommet mondial de l'alimentation. Dans la pratique, pour autant que l'on puisse en juger à ce stade initial, le rythme des progrès est loin d'avoir atteint le niveau qui serait nécessaire pour réaliser l'objectif du Sommet. A moins que des efforts de grande ampleur ne soient consentis pour améliorer les disponibilités alimentaires et éliminer l'iniquité, l'incidence de la sous-nutrition risque, dans certains pays, de se situer encore dans une fourchette allant de 15 à 30 pour cent de la population totale. Or, c'est précisément cette perspective d'une baisse trop lente de la sous-alimentation qui a animé les débats du Sommet et débouché sur l'adoption de l'objectif de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015.