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Venir à bout de la tique Amblyomma
Depuis plus de 170 ans, la tique Amblyomma variegatum sévit dans les îles des Caraïbes, provoquant de graves pertes économiques pour les éleveurs. Le Programme CAP (Caribbean Amblyomma Programme), lancé par la FAO, l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA) et la Communauté des Caraïbes (CARICOM), s'efforce d'éradiquer le parasite des Caraïbes et de l'empêcher d'atteindre les côtes des continents américains.
La tique tropicale se propage sur le bétail, le vecteur qui, du Sénégal, lui a permis d'atteindre les Caraïbes au XIXème siècle. Toutefois, tout porte à croire que cet acarien est également véhiculé par l'aigrette du bétail, un oiseau qui parcourt de longues distances et peut même atteindre la côte de la Floride. En prenant davantage conscience du potentiel de mobilité de la tique tropicale, on a souligné l'urgence extrême de son éradication aux Caraïbes. La tique tropicale préfère les bovins domestiques, mais attaque également les moutons, les chèvres, les chevaux et les chiens. Dans certaines zones, elle peut infester l'homme, causant de fortes irritations et inflammations de la peau. Sa piqûre peut facilement produire une plaie septique ou un abcès chez le bétail, ce qui réduit énormément la valeur commerciale des peaux. Toutefois, les maladies qu'elle porte sont bien plus graves. Par exemple, elle est le principal vecteur du Cowdria ruminantium, un micro-organisme qui cause la péricardite chez les animaux de ferme. Le parasite est également associé à une prévalence accrue de dermatophilose aiguë, une maladie de peau des bovins causée par la bactérie Dermatophilus congolensis. Ces deux maladies peuvent tuer le bétail et réduire la production de lait et de viande. Dans les îles des Caraïbes touchées, la péricardite et la dermatophilose ont gravement réduit l'élevage d'animaux de ferme. Sur l'île de Nevis, par exemple, 90 pour cent des bovins et 70 pour cent des petits ruminants sont morts de dermatophilose lorsque l'île a été infestée par la tique. La présence de ce parasite a empêché de nombreux éleveurs d'exploiter pleinement la demande de viande de l'industrie du tourisme et des consommateurs locaux. Selon un rapport à mi-parcours de 1995-1996, les îles concernées importent 100 millions de dollars de produits de l'élevage chaque année. La coopération internationale aide à conjurer une infestation aux AmériquesLa bonne exécution du CAP ferait du bien non seulement aux éleveurs des Caraïbes, mais protègerait également le gagne-pain des éleveurs de tout l'hémisphère occidental. Si les tiques devaient se répandre jusque sur le continent des Amériques, on court le risque que la péricardite s'implante rapidement et de façon permanente, car des expériences agricoles ont montré que deux tiques indigènes américaines sont en mesure de transmettre la maladie. Les chercheurs estiment qu'une infestation de tiques tropicales sur le continent américain pourrait coûter à l'industrie du bétail jusqu'à 762 millions de dollars E-U. Par rapport à cette somme, le coût du programme CAP, 20 millions de dollars sur six ans, est minime.
Le programme CAP est un effort conjoint de la communauté internationale et des Caraïbes. Les donateurs internationaux, dont la FAO, l'IICA, le Département de l'agriculture des Etats-Unis (USDA), Le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), l'Union européenne (EU), et les Gouvernements d'Italie, de Belgique, du Royaume-Uni et des Pays-Bas, ont jusqu'à présent investi plus de 8 millions de dollars dans le CAP. Dr. Jorgen Hansen, Fonctionnaire principal du Service de santé animale de la FAO (AGAH), a noté l'importance du soutien accru de l'USDA. "Outre ses contributions annuelles, l'USDA a offert 1,9 million de dollars E.-U. supplémentaires qui sont arrivés à point pour la poursuite du programme d'éradication." Les 2,4 millions de dollars nécessaires pour achever le programme d'ici l'an 2001 et assurer la surveillance ont été demandés à l'UE. Les éleveurs prennent part au CAPLe programme prévoit une approche participative pour éradiquer le parasite. Les éleveurs locaux, sous la direction des responsables gouvernementaux, assument leurs responsabilités et appliquent les quantités d'acaricides nécessaires sur leurs animaux. A l'appui de ces activités de terrain, le CAP a lancé de vastes campagnes d'information du public pour encourager la participation de la communauté. Cette approche dans les îles anglophones des Caraïbes est en opposition avec les programmes traditionnels d'éradication des ravageurs où les opérations de terrain sont conduites par des équipes gouvernementales ou internationales. Le rôle clé des éleveurs dans l'éradication a contribué à réduire le coût des actions de terrain et à accroître les moyens techniques et opérationnels des pays. "Les succès initiaux, en particulier à St. Kitts et Ste Lucie, ont renforcé la confiance des secteurs privé et public dans les moyens de production animale et les services de santé animale", selon le Dr. Rupert Pegram, Directeur du Programme CAP. "Ces îles inscrivent désormais des programmes de développement de l'élevage dans leurs plans de diversification agricole et les gens se remettent à pratiquer l'élevage." Ces observations sont particulièrement encourageantes si l'on considère dans quelles conditions le programme a commencé à fonctionner; en effet, la communauté des Caraïbes et la communauté internationale avaient du mal à croire ou n'étaient pas disposés à accorder un soutien à une méthode qui donnait autant de responsabilités à des personnes qui n'étaient pas directement employées par le programme d'éradication. Comme il est résumé dans un examen à mi-parcours indépendant de 1997, "les réalisations du programme sont stupéfiantes vu les financements conditionnels, temporaires et faibles et les problèmes d'organisation et de gestion d'un programme unifié, tout en se conformant à des systèmes de gestion et des philosophies différents". Fort heureusement, cet examen s'est avéré un tournant pour les Caraïbes. Les premières îles achevaient la phase de traitement, le renforcement des capacités des deux années précédentes portait ses fruits, les financements des donateurs ont augmenté et venir à bout de la tique tropicale est désormais considéré comme un but réalisable. 7 octobre 1999 Voir l'article sur le travail du CAP
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