Selon un symposium de la FAO à Genève, commerce agricole et sécurité alimentaire sont liés


L'amélioration de la sécurité alimentaire devra être considérée comme un facteur clé du succès des réformes des échanges multilatéraux, ont déclaré les participants au Symposium de la FAO sur l'agriculture, le commerce et la sécurité alimentaire, qui a pris fin à Genève le 24 septembre. Le lien décisif entre commerce agricole, développement économique et sécurité alimentaire a été le thème principal du symposium, et les participants sont convenus que les négociations commerciales de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui démarreront à Seattle en novembre devront se pencher sérieusement sur toutes les questions liées au commerce international des aliments.

La crédibilité de l'OMC et du système d'échanges, et sa survie ou non comme système crédible, dépendront de la façon dont l'agriculture est traitée dans les nouvelles négociations, a déclaré Rubens Ricupero, Secrétaire général de la Commission des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) durant une allocution au Symposium de la FAO.

Enjeux des négociations commerciales multilatérales


Les exportations agricoles des pays en développement stagnaient...
FAO/19028/R. Fiadutti

Les participants du Symposium de Genève ont noté que des progrès avaient été accomplis dans la réduction des mécanismes intérieurs de soutien à l'agriculture, comme prévu par l'Accord sur l'Agriculture de l'OMC. Ils ont toutefois regretté que dans plusieurs grandes régions développées, il subsiste des niveaux élevés de soutien et de protection. Ils ont généralement condamné ces politiques, et le recours continu aux subventions à l'exportation était désigné comme la pratique la plus délétère de distorsion du commerce. Dans les pays en développement ayant un potentiel élevé d'exportations agricoles, les subventions à l'exportation des pays développés restreignent fortement la capacité des producteurs de rivaliser sur le marché international.

Durant le symposium, il est apparu clairement que pour de nombreux pays en développement, la transition vers des réformes commerciales axées sur le marché a été moins difficile que prévue. Ceci est dû en grande partie aux programmes d'ajustement structurel des années 80 réalisés en collaboration avec les institutions financières internationales, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qui avaient déjà donné lieu à une libéralisation généralisée des économies nationales. En conséquence, les pays en développement n'avaient pas besoin de procéder à des changements radicaux de leurs politiques agricoles pour répondre aux critères de réduction de l'OMC sur ces instruments de distorsion du commerce comme les tarifs douaniers, les mesures de soutien et les subventions à l'exportation. Autrement dit, les pays en développement ne connaissaient guère les instruments de soutien. Les réglementations commerciales de l'OMC ciblaient principalement les politiques des pays développés, qui disposent de systèmes de soutien à l'agriculture plus établis


...alors que leurs importations alimentaires avaient augmenté.
FAO/19029/R. Faidutti

Conformément à l'Accord sur l'agriculture, les Etats membres de l'OMC ont droit à une période de transition durant laquelle ils peuvent se préparer progressivement à répondre aux nouveaux critères de réglementation des échanges. Ceci a, jusqu'à présent, limité au minimum l'impact des réformes commerciales sur les marchés agricoles dans les pays en développement comme dans les pays développés. Néammoins, les participants étaient visiblement préoccupés par la stagnation des exportations agricoles des pays en développement, alors que leurs importations alimentaires avaient augmenté.

Possibilités d'action

Le secteur agricole étant généralement sous-développé dans les pays en développement et les producteurs agricoles ayant fait l'objet de discriminations dans les politiques passées, les participants ont généralement convenu que ces pays continueraient à requérir un traitement spécial et différencié durant les futures négociations de l'OMC, notamment un examen continu de la durée légitime de la période d'introduction. De nombreux producteurs intérieurs auront besoin d'un certain temps pour s'adapter avant de pouvoir tirer parti des nouvelles possibilités qu'offrira la libéralisation. Durant cet intervalle, ils auront à affronter d'énormes problèmes pour rivaliser avec les denrées importées.

Une des options de politique à l'étude est la création d'une "enveloppe de développement" semblable à "l'enveloppe verte", qui est une clause des accords de l'OMC permettant aux gouvernements nationaux d'instaurer des politiques de soutien nationales dans des domaines comme la recherche, la lutte contre les maladies, les infrastructures. L'enveloppe de développement permettrait aux pays en développement d'adapter leurs programmes nationaux aux buts fixés pour toute une gamme de questions, comme les disparités des revenus ruraux/urbains, le développement rural, l'ajustement structurel, l'environnement et la sécurité alimentaire. Comme dans le cas de "l'enveloppe verte", toute mesure de soutien comprise dans "l'enveloppe de développement" proposée serait dispensée des engagements de réduction, à condition que ces mesures n'aient aucun effet, sinon un effet minime, de distorsion du commerce ou de la production.

Petits producteurs et pays en développement importateurs nets de denrées alimentaires

Ainsi que l'a souligné après le symposium M. Hartwig de Haen, Sous-Directeur général du Département économique et social de la FAO, toutes les négociations commerciales impliquent des gagnants et des perdants, et, jusqu'à présent, les perdants ont été les petits producteurs. Les participants au symposium ont reconnu que dans de nombreuses régions, toute menace aux moyens d'existence des petits agriculteurs accroît le risque d'insécurité alimentaire locale. Ils ont constaté la nécessité de créer des mécanismes de soutien, soit pour tamponner les effets des réformes commerciales, soit pour dédommager les petits producteurs. Ces mécanismes pourraient comprendre des programmes ciblés destinés à accroître la productivité, la compétitivité et encourager la diversification économique rurale. Le symposium a également convenu que les filets de sécurité sociaux doivent être considérablement perfectionnés dans maints pays en développement.

A la clôture des négociations de l'Uruguay Round en 1994, les Ministres concernés avaient prévu que les réformes pourraient nuire aux économies de certains pays. Gardant ceci à l'esprit, ils sont arrivés à la "Décision sur les mesures concernant les effets négatifs possibles du programme de réformes sur les pays moins avancés et importateurs nets de nourriture". En vertu de cette décision, les Etats membres de l'OMC ont convenu d'examiner de près les demandes d'assistance technique et financière des pays moins avancés. Au symposium de Genève, de nombreux participants ont déploré le manque d'efficacité de cette assistance technique et financière aux pays moins avancés. Ils ont proposé que les négociations futures de l'OMC étudient de meilleurs moyens d'offrir ces types de programmes d'assistance.

L'Uruguay Round, cinq ans plus tard

Le Symposium a également examiné comment les négociations de l'Uruguay Round avaient influé sur les économies des pays en développement durant les cinq dernières années. Les participants ont jugé qu'il était difficile de distinguer les effets dus spécifiquement aux négociations de l'Uruguay Round et à d'autres événements, comme la crise financière asiatique et le phénomène météorologique El Niño, qui avaient pesé sur les résultats économiques. Néammoins, les indicateurs économiques laissent penser que jusqu'à présent, les effets sur les pays en développement des réformes actuelles des échanges ont été minimes.

Toutefois, si ces réformes ont eu un impact mineur du point de vue quantitatif, en revanche, leur impact qualitatif a été important. L'esprit des réformes basées sur le marché a profondément modifié l'approche des gouvernements envers les politiques de commerce agricole, de développement rural et de sécurité alimentaire, a déclaré M. de Haen.

19 octobre 1999

 

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